mardi 5 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2200301 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | GALL |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 7 janvier 2022, la présidente du tribunal administratif de Versailles a transmis au tribunal administratif de Melun le dossier de la requête de M. B A.
Par cette requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 26 novembre 2021 et 11 mars 2024, M. B A, représenté par Me Gall, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 29 septembre 2021 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) d'Evry-Courcouronnes a prononcé la cessation de ses conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre à l'OFII de lui rétablir le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil et de lui verser l'allocation de demandeur d'asile rétroactivement à compter de la décision litigieuse ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 400 euros, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à son conseil, ou à défaut d'admission à l'aide juridictionnelle, à lui-même.
Il soutient que :
- la décision a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors qu'il n'a pas été informé de l'intention de mettre fin aux conditions matérielles d'accueil et qu'il n'est pas démontré que les autorités roumaines avaient été informées de la prolongation du délai de transfert ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation, dès lors que sa vulnérabilité n'a pas été évaluée ;
- les dispositions visées par cette décision sont inconventionnelles et méconnaissent les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013, dès lors que la décision a pour conséquence de le placer en situation de grande précarité ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation, dès lors qu'il n'est pas démontré qu'il ne se serait pas rendu aux entretiens, qu'il aurait été informé des conséquences du refus de se soumettre à un test PCR et que ce dépistage était nécessaire à son transfert.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 février 2024, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 janvier 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Seignat, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant afghan né le 27 février 1998, a vu sa demande d'asile enregistrée en procédure Dublin le 5 novembre 2020. Il acceptait l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) le 6 novembre 2020. Le 18 décembre 2020, il faisait l'objet d'un arrêté de transfert aux autorités roumaines, responsables de sa demande d'asile. Le transfert n'a pu être exécuté en raison du refus de l'intéressé de se soumettre à un test PCR nécessaire à son réacheminement par avion. En conséquence, il a été placé en fuite le 20 juillet 2021 et le délai de transfert a été prolongé jusqu'au 20 juillet 2022. Informé par le directeur territorial de l'OFII de son intention de mettre fin aux conditions matérielles d'accueil le 1er septembre 2021, il était invité à présenter ses observations. Par décision du 29 septembre 2021, le directeur territorial de l'OFII a mis fin aux conditions matérielles d'accueil de M. A. Ce dernier a présenté une demande d'asile en procédure normale le 26 août 2022 et s'est vu accorder la qualité de réfugié par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 5 décembre 2023, confirmé par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 22 mai 2023. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler la décision du 29 septembre 2021 portant cessation de ses conditions matérielles d'accueil.
Sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 janvier 2022. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions à fin d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; () / La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. () ".
4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, d'une part, que par courrier du 1er septembre 2021, le directeur territorial de l'OFII a informé M. A de son intention de mettre fin aux conditions matérielles d'accueil et l'a invité à présenter ses observations ; et d'autre part, que les autorités roumaines ont été informées le 20 juillet 2021 du placement en fuite de l'intéressé et de la prolongation du délai de transfert. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse aurait été prise à l'issue d'une procédure irrégulière.
5. En deuxième lieu, il résulte des dispositions citées au point 3 que si tout demandeur d'asile doit bénéficier d'un entretien personnel, destiné à évaluer sa vulnérabilité, lors de la présentation de sa première demande d'asile, il n'est pas imposé qu'un tel entretien soit à nouveau mené préalablement à la décision de suspension des conditions matérielles d'accueil. Par suite, et alors qu'il ressort des pièces du dossier, et notamment de la capture d'écran relative à l'enregistrement de la demande d'asile de M. A produite en défense par l'OFII, que l'intéressé a bénéficié d'un tel entretien lors de l'enregistrement de sa demande d'asile, il ne peut utilement se prévaloir de l'absence d'entretien destiné à évaluer sa vulnérabilité avant que l'OFII n'édicte la décision attaquée. Au surplus, l'intéressé ne fait état d'aucune situation particulière de vulnérabilité. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de sa situation doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article 20 de la directive 2013/33/UE : " 5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil () sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée () compte tenu du principe de proportionnalité. Les États membres () garantissent un niveau de vie digne à tous les demandeurs. ".
7. Le requérant soutient que les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles se fonde la décision contestée sont incompatibles avec les objectifs de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013. Toutefois, à supposer le moyen dirigé contre l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il résulte des dispositions citées au point précédent que les Etats membres peuvent prévoir dans leur législation des cas qui permettent, sous certaines conditions et en considération de la situation de vulnérabilité de l'intéressé, la cessation des conditions matérielles d'accueil. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que ces dispositions méconnaissent les objectifs de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 en ce qu'elles permettent à l'autorité administrative de retirer à un demandeur d'asile le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, sans que ne soit garanti son accès à un niveau de vie digne. Enfin, si le requérant invoque la situation de précarité dans laquelle la décision litigieuse le place, sans apporter, au demeurant, de précisions sur ses conditions de vie, il n'est toutefois pas fondé à soutenir que la décision attaquée l'expose à des traitements prohibés par les stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, avec lequel les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas incompatibles.
8. En dernier lieu, si M. A soutient que la décision attaquée est entachée d'erreur d'appréciation, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a refusé, le 28 juin 2021, de se soumettre au test PCR covid-19 pour son transfert par avion à destination de la Roumanie prévu le 20 juillet suivant, préalable nécessaire à son éloignement et que, par conséquent, il a été regardé comme ayant pris la fuite à la date du 20 juillet 2021. En outre, l'intéressé ne se prévaut d'aucune raison médicale justifiant l'absence de consentement au test PCR. Enfin, il est constant que M. A avait accepté le 6 novembre 2020 de bénéficier des conditions matérielles d'accueil et avait certifié avoir été informé dans une langue qu'il comprenait, en l'espèce le pachto, des conditions et modalités de refus et de cessation des conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision de cessation des conditions matérielles d'accueil du 29 septembre 2021. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles relatives aux frais de l'instance.
D É C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'admission de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 22 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Freydefont, président,
M. Rehman-Fawcett, conseiller,
Mme Seignat, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 novembre 2024.
La rapporteure,
D. Seignat
Le président,
C. FreydefontLa greffière,
L. Sueur
La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026