vendredi 9 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2200329 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | PALMIERI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 janvier 2022, M. B et Mme et C Lê, représentés par Me Pelloquin, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 juillet 2021 par lequel le maire de Thorigny-sur-Marne a délivré à M. D un permis de construire un bâtiment comprenant quatre logements d'une surface de plancher totale de 245 m² sur un terrain situé 16 rue Pasteur à Thorigny-sur-Marne, ensemble la décision implicite de rejet de leur recours gracieux ainsi que la décision du 10 novembre 2021 rejetant expressément ce recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Thorigny-sur-Marne et de M. D une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- le document graphique est insuffisant au regard des dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme ;
- le dossier de demande de permis de construire est incomplet au regard des dispositions du f) de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme dès lors qu'il ne comporte pas d'attestation établie par l'architecte du projet ou par un expert certifiant la réalisation d'une étude préalable permettant d'en déterminer les conditions de réalisation, d'utilisation ou d'exploitation et constatant que le projet prend en compte ces conditions au stade de la conception ;
- l'arrêté attaqué méconnaît l'article Up 2 du règlement du plan local d'urbanisme dès lors qu'aucun logement ne sera destiné à du locatif à loyer modéré ;
- l'arrêté attaqué méconnaît l'article Up 4 du règlement du plan local d'urbanisme dès lors, d'une part, que le dossier de permis de construire ne comporte aucune indication concernant les modalités d'infiltration des eaux pluviales sur le terrain d'assiette du projet, et d'autre part, qu'il est impossible de comprendre si l'élément identifié en tant qu'" ordure ménagère " constitue un système de " stockage des différentes catégories de déchets collectés sur la commune, des objets encombrants et des déchets verts " ;
- l'arrêté attaqué méconnaît l'article Up 10 du règlement du plan local d'urbanisme dès lors que la hauteur de la construction doit être déterminée en considération de la moyenne des hauteurs du terrain naturel mesurées aux angles de la construction en présence d'un terrain en pente ;
- l'arrêté attaqué méconnaît l'article Up 11 du règlement du plan local d'urbanisme dès lors que le projet autorisé prévoit un toit à la Mansart ;
- l'arrêté attaqué méconnaît l'article Up 12 du règlement du plan local d'urbanisme dès lors que le projet doit comporter cinq places de stationnement et que 3,68 m² doivent être affectés au stationnement des deux-roues et des poussettes ;
- l'arrêté attaqué méconnaît le plan de prévention des risques de mouvements de terrain révisé de Thorigny-sur-Marne dès lors qu'étant situé en zone bleue de ce plan, le dossier ne comporte aucune investigation géotechnique préalable.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 juillet 2022, la commune de Thorigny-sur-Marne, représentée par Me Ghaye, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de chacun des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable dès lors que les requérants n'ont pas intérêt à agir contre l'arrêté attaqué ;
- le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du c) de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme doit être écarté dès lors que la perspective d'insertion du projet, réalisée depuis la rue Pasteur, permet d'apprécier l'insertion du projet dans son environnement immédiat, ainsi que le traitement du terrain et des modalités d'accès au terrain, que les pièces du dossier de demande de permis de construire font état de la seule démolition du cabanon existant et que le projet ne prévoit pas la démolition du mur implanté en limite de propriété des requérants ;
- le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du f) de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme doit être écarté dès lors que le dossier de demande de permis de construire comporte l'attestation exigée par ces dispositions et qu'il est indifférent qu'elle soit signée par le pétitionnaire dans la mesure où l'étude de sol requise a bien été réalisée par un bureau d'études compétent ;
- le moyen tiré de la méconnaissance de l'article Up 2 du règlement du plan local d'urbanisme manque en fait et en droit dès lors que le pétitionnaire a simplement omis de faire état de l'affectation de deux des logements créés à des logements locatifs à loyer modéré, et cette omission est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué ;
- le moyen tiré de la méconnaissance de l'article Up 4 du règlement du plan local d'urbanisme doit être écarté dès lors que, d'une part, le projet est raccordé au réseau d'assainissement pluvial de la ville, ce qui a fait l'objet d'un avis favorable du service eau et assainissement de la communauté d'agglomération de Marne et Gondoire du 15 mars 2021, et d'autre part, que le projet prévoit la réalisation d'un système de stockage des ordres ménagères ;
- le moyen tiré de la méconnaissance de l'article Up 10 du règlement du plan local d'urbanisme doit être écarté dès lors que la hauteur au faîtage de la construction projetée est de 8,5 mètres en façade nord et 9,5 mètres en façade sud, cette hauteur étant calculée par rapport au terrain naturel avant travaux et que la hauteur moyenne est de 9 mètres ;
- le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article Up 11 du règlement du plan local d'urbanisme doit être écarté dès lors que si le projet indique la réalisation d'un toit à la Mansart, ce qui est interdit par ces dispositions, il ne prévoit pas en réalité un toit avec quatre versants, huit pans et terrassons avec ligne de bris ;
- le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article Up 12 du règlement du plan local d'urbanisme doit être écarté dès lors que le projet prévoit la création de six places dont deux sont situées dans des garages au rez-de-chaussée de la construction, ainsi que cela est précisé par la notice architecturale du projet, et que la création d'un espace de stationnement pour les deux roues et les poussettes de 3,68 m² peut être aisément intégrée au projet ;
- le moyen tiré de la méconnaissance du plan de prévention des risques de mouvements de terrain révisé de Thorigny-sur-Marne doit être écarté dès lors que l'étude de sol a bien été réalisée par un bureau d'étude compétent et que cela ressort de l'attestation versée au dossier de permis de construire et produite par les requérants eux-mêmes.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 juillet 2022, M. A D, représenté par Me Palmieri, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 4 500 euros soit mise à la charge solidaire des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le moyen tiré de l'insuffisance du document graphique doit être écarté dès lors que le dossier comporte un photomontage d'insertion ainsi qu'un plan de masse permettant de visualiser le projet à son achèvement ;
- le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-16 f) du règlement du plan local d'urbanisme doit être écarté dès lors que le pétitionnaire a attesté de la réalisation d'une étude par la société ISROG le 10 novembre 2020 et qu'il s'est engagé à prendre en compte cette étude par courrier du 30 juin 2021 ;
- le moyen tiré de la méconnaissance de l'article Up 2 du règlement du plan local d'urbanisme doit être écarté dès lors que le code de l'urbanisme n'exige aucunement la mention d'une information sur les futurs loyers du projet et que les pièces pouvant être limitativement exigées sont prévues à l'article R. 431-4 du code de l'urbanisme ;
- le moyen tiré de la méconnaissance de l'article Up 4 du règlement du plan local d'urbanisme doit être écarté dès lors que, d'une part, l'affirmation selon laquelle le dossier ne comporte aucune indication quant aux modalités d'infiltration des eaux pluviales sur le terrain d'assiette du projet n'est assortie d'aucune démonstration et que le terrain d'assiette du projet est majoritairement laissé en espace vert et, d'autre part, que le code de l'urbanisme n'exige aucunement la production d'une pièce explicitant le système de stockage des différentes catégories de déchets et une telle interprétation de l'article Up 4 serait illégale ;
- le moyen tiré de la méconnaissance de l'article Up 10 du règlement du plan local d'urbanisme doit être écarté dès lors que la hauteur de la façade atteint 9,50 mètres au point le plus bas du terrain naturel, la moyenne n'excède donc pas le maximum autorisé de 10 mètres ;
- le moyen tiré de la méconnaissance de l'article Up 11 du règlement du plan local d'urbanisme doit être écarté dès lors qu'il ne s'agit en réalité pas d'un toit de type à la Mansart qui est prévu mais une toiture qui monte à l'aplomb, verticalement et sans inclinaison, sur ces quatre pans, seule la couverture du toit étant inclinée pour l'écoulement des eaux ;
- le moyen tiré de la méconnaissance de l'article Up 12 du règlement du plan local d'urbanisme doit être écarté dès lors que le projet prévoyant la création de 245 m² de surface d'habitation, 4 places de stationnement automobiles et 3,67 m² de surface deux-roues/poussettes doivent être créées ; la surface des deux-rouettes/poussettes n'est pas matérialisée sur le plan mais elle peut être aisément réalisée en application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme ;
- le moyen tiré de la méconnaissance du plan de prévention des risques de mouvements de terrain révisé de Thorigny-sur-Marne doit être écarté dès lors que le code de l'urbanisme n'impose pas de produire cette étude au dossier et que le pétitionnaire atteste l'avoir réalisée.
Par lettre du 21 juillet 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de ce que l'instruction était susceptible d'être close par l'émission d'une ordonnance de clôture à compter du 26 septembre 2022.
Une ordonnance de clôture immédiate de l'instruction a été émise le 29 septembre 2022.
Les parties ont été informées, le 11 octobre 2022, qu'en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, le tribunal est susceptible de surseoir à statuer sur la demande tendant à l'annulation du permis de construire du 13 juillet 2021 pour les motifs tenant en la méconnaissance du f) de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme, en la méconnaissance de l'article Up 2 du règlement du plan local d'urbanisme en raison de l'absence de logement locatif à loyer modéré, en la méconnaissance de l'article Up 11 du règlement du plan local d'urbanisme en raison du toit à la Mansart projeté et en la méconnaissance de l'article Up 12 du règlement du plan local d'urbanisme en raison de l'absence d'espace de stationnement deux-roues et poussettes.
Des observations ont été enregistrées pour le pétitionnaire le 13 octobre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Blanc, conseillère,
- les conclusions de M. Grand, rapporteur public,
- et les observations de Me Guillou, représentant la commune de Thorigny-sur-Marne.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 13 juillet 2021, le maire de Thorigny-sur-Marne a délivré à M. D un permis de construire un bâtiment comprenant quatre logements d'une surface de plancher totale de 245 m² sur un terrain situé 16 rue Pasteur à Thorigny-sur-Marne. Par un courrier du 11 septembre 2021, les requérants ont exercé contre cet arrêté un recours gracieux, qui a été implicitement rejeté puis expressément rejeté par une décision du 10 novembre 2021 du maire de Thorigny-sur-Marne. Dans la présente instance, ils demandent l'annulation de cet arrêté et de ces décisions.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code l'urbanisme : " Une personne autre que l'État, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation () ".
3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.
4. Il ressort des pièces du dossier que les requérants sont propriétaires d'une maison d'habitation située sur la parcelle voisine immédiate du terrain d'assiette du projet, terrain qui n'est actuellement pas construit, que le projet autorise, sur la limite séparative située du côté de la maison des requérants, la construction d'un bâtiment comportant quatre logements, qui auront des vues directes sur leur terrain et que la construction litigieuse est susceptible de créer une perte d'ensoleillement. La construction projetée, eu égard à sa nature et à sa localisation, est ainsi de nature à affecter directement les conditions de jouissance du bien des requérants. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de ce que les requérants seraient dépourvus de qualité leur donnant intérêt pour agir doit donc être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la complétude du dossier :
5. La circonstance tirée de ce que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
6. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également : / () / c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; / () ".
7. Il ressort des pièces du dossier de demande de permis de construire que le document d'insertion paysagère représente une partie du projet visible depuis la voie publique permettant d'apprécier l'insertion du projet par rapport aux parcelles qui sont situées en limite séparative. En outre, l'angle de vue retenu est suffisamment large pour apprécier le traitement des accès et les distances avec les constructions voisines, notamment celle des requérants. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du c) de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme doit être écarté.
8. En second lieu, aux termes de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme : " Le dossier joint à la demande de permis de construire comprend en outre, selon les cas : () / f) Lorsque la construction projetée est subordonnée par un plan de prévention des risques naturels prévisibles ou un plan de prévention des risques miniers approuvés, ou rendus immédiatement opposables en application de l'article L. 562-2 du code de l'environnement, ou par un plan de prévention des risques technologiques approuvé, à la réalisation d'une étude préalable permettant d'en déterminer les conditions de réalisation, d'utilisation ou d'exploitation, une attestation établie par l'architecte du projet ou par un expert certifiant la réalisation de cette étude et constatant que le projet prend en compte ces conditions au stade de la conception ; / () ".
9. L'article 9 du règlement de prévention des risques de mouvements révisé de Thorigny-sur-Marne relatif aux dispositions applicables en zone bleue prévoit que " pour tous les biens futurs () situés dans cette zone, une investigation géotechnique est obligatoire ".
10. Il est constant que le bâtiment projeté est situé en zone bleue du plan de prévention des risques de mouvements de terrain de la commune de Thorigny-sur-Marne. Cette zone concerne les secteurs urbanisés ou non, soumis à un aléa modéré, exposés à un risque de tassement et/ou de fontis lié à la dissolution naturelle susceptible de se produire dans les formations gypseuses faiblement recouvertes ou affleurantes. Il en résulte qu'il est exigé, pour toutes les constructions nouvelles situées dans cette zone, une investigation géotechnique. Il ressort des pièces du dossier que le pétitionnaire a produit dans le cadre de l'instruction de sa demande une attestation du 30 juin 2021 indiquant qu'une " étude de sol a été réalisée le 10/11/2020 par l'entreprise ISROG pour le projet de la demande de permis de construire n° 0774642100008, et certifie que ses conclusions seront prises en compte dans la conception et la réalisation du projet ". Cette seule attestation signée par le pétitionnaire seul n'établit pas que l'étude a été menée et que ses résultats ont été pris en compte au stade de la conception, en l'absence d'attestation établie par l'architecte du projet ou par un expert. Cette circonstance est donc de nature à avoir faussé l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable et à entacher d'incomplétude le dossier de permis de construire. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du f) de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme doit être accueilli.
En ce qui concerne la méconnaissance des dispositions du règlement du plan local d'urbanisme :
11. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 151-15 du code de l'urbanisme : " Le règlement peut délimiter, dans les zones urbaines ou à urbaniser, des secteurs dans lesquels, en cas de réalisation d'un programme de logements, un pourcentage de ce programme est affecté à des catégories de logements qu'il définit dans le respect des objectifs de mixité sociale. ". Aux termes de l'article R. 431-16-1 du code de l'urbanisme : " Lorsque la demande de permis de construire porte sur des constructions situées dans un emplacement réservé à la réalisation d'un programme de logements en application du 4° de l'article L. 151-41 ou dans un secteur délimité en application du d de l'article L. 123-2 dans sa rédaction antérieure à la loi n° 2009-323 du 25 mars 2009 ou en application de l'article L. 151-15, le dossier de la demande est complété par un tableau indiquant la surface de plancher des logements créés correspondant aux catégories de logements dont la construction sur le terrain est imposée par le plan local d'urbanisme ou le document d'urbanisme en tenant lieu ".
12. D'autre part, aux termes de l'article Up 2 du règlement du plan local d'urbanisme : " Sont autorisées sous réserve de conditions particulières les occupations et utilisations du sol suivantes : / dans le secteur de mixité sociale identifié sur les documents graphiques, les constructions neuves destinées à l'habitation ou issues du changement de destination comprenant 4 logements ou plus, à condition de réserver, a minima, 30 % du nombre de logements pour du logement locatif à loyer modéré ; () ".
13. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet en litige se situe au sein du secteur de mixité sociale identifié sur le document graphique du plan local d'urbanisme. Contrairement à ce que fait valoir le pétitionnaire, ces dispositions n'imposent pas des informations supplémentaires non prévues par les dispositions de l'article R. 431-4 du code de l'urbanisme. En outre, et alors que le projet du pétitionnaire constitue une construction neuve comprenant quatre logements, il ne ressort pas des pièces du dossier que 30 % du nombre de logements, a minima, soit du logement locatif à loyer modéré. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article Up 2 du règlement du plan local d'urbanisme doit être accueilli.
14. En deuxième lieu, aux termes de l'article Up 4. 4 du règlement du plan local d'urbanisme : " Le rejet des eaux pluviales dans le réseau d'eaux usées est interdit. / () Toute construction ou installation nouvelle ne doit pas avoir pour conséquence, a minima, d'accroître les débits d'eaux pluviales par rapport à la situation résultant de l'état actuel d'imperméabilisation des terrains. Les eaux pluviales doivent être prioritairement infiltrées si le sol et le substrat le permettent. () ".
15. D'une part, il ressort des pièces du dossier, et notamment du plan de masse, que le raccordement au réseau collectif d'assainissement se fait sous la chaussée de la rue Pasteur et que le service eau et assainissement de Marne et Gondoire a rendu un avis favorable sur ce projet le 15 mars 2021. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le projet, dont la superficie du terrain s'élève à 850 m², prévoit une surface totale d'espaces verts de 433 m² soit une superficie supérieure à la surface d'espaces verts requise par les dispositions de l'article Up 13 du règlement du plan local d'urbanisme qui impose une superficie d'au moins 50 % du terrain traitée en espaces verts dont 80 % en pleine terre. Dans ces conditions, il n'est pas établi que le débit d'eaux pluviales sera accru par rapport à la situation résultant de l'état actuel d'imperméabilisation du terrain. Par suite, la première branche du moyen tiré de la méconnaissance de l'article Up 4 du règlement du plan local d'urbanisme doit être écartée.
16. En troisième lieu, aux termes de l'article Up 4. 5 du règlement du plan local d'urbanisme : " Les constructions nouvelles doivent obligatoirement prévoir des systèmes de stockage des différentes catégories de déchets collectés sur la commune, des objets encombrants et des déchets verts. / () / Le système de stockage choisi doit être conforme au règlement sanitaire départemental et techniquement compatible avec le matériel utilisé par l'autorisation compétente en matière de collecte. / () ".
17. Il ressort du plan de masse que le projet prévoit un système de stockage des ordures ménagères et il n'est pas établi ni même allégué par les requérants que ce système de stockage des ordures ménagères ne respecterait pas le règlement sanitaire départemental. La circonstance que le plan de masse n'indique pas qu'il s'agit d'un " système de stockage des différentes catégories de déchets collectés sur la commune, des objets encombrants et des déchets verts " est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué. Par suite, la seconde branche du moyen tiré de la méconnaissance de l'article Up 4 du règlement du plan local d'urbanisme doit être écartée.
18. En quatrième lieu, aux termes de l'article Up 10 du règlement du plan local d'urbanisme : " 10. 1. Dispositions générales : La hauteur maximale des constructions nouvelles est limitée à 10 mètres au faîtage ou à l'acrotère. / (). 10. 2. Dispositions particulières : En cas de terrains en pente, la hauteur H prise en considération est la moyenne des hauteurs du terrain naturel mesurées aux angles de la construction. / () ".
19. Il ressort des pièces du dossier que la moyenne des hauteurs du terrain naturel mesurées aux angles de la construction mesure 9 mètres conformément aux dispositions précitées de l'article Up 10 du règlement du plan local d'urbanisme. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article Up 10 du règlement du plan local d'urbanisme doit être écarté.
20. En cinquième lieu, aux termes de l'article Up 11 du règlement du plan local d'urbanisme : " Les toits à la Mansart sont interdits ".
21. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des plans de coupe produits dans le dossier de demande de permis de construire, que le toit projeté comporte quatre versants composés de huit pans, ce qui caractérise des " toits à la Mansart " en méconnaissance de l'article Up 11 du règlement du plan local d'urbanisme. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article Up 11 du règlement du plan local d'urbanisme doit être accueilli.
22. En sixième lieu, aux termes de l'article Up 12 du règlement du plan local d'urbanisme : " Les aires de stationnement et leurs zones de manœuvre, y compris pour les deux-roues, doivent être réalisées en dehors des voies publiques ouvertes à la circulation, sur le terrain d'assiette du projet. / () / Le nombre de place doit être arrondi à l'entier supérieur et ne peut en aucun cas être inférieur à une place. / Destination : Habitation / Norme de stationnement automobile : 1 place par tranche de 50 m² de surface de plancher () / Norme de stationnement deux-roues et poussettes : 1,5% de la surface de plancher pour toute opération de plus de 200 m² de surface de plancher / () ".
23. D'une part, il ressort des pièces du projet que six places de stationnement sont projetées pour un projet de création de 245 m² de surface de plancher, conformément à ce que prévoient les dispositions de l'article Up 12 du règlement du plan local d'urbanisme qui imposent qu'une place de stationnement soit réalisée par tranche de 50 m² de surface de plancher et que le nombre de place soit arrondi à l'entier supérieur. Par suite, la première branche du moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écartée.
24. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'un emplacement soit prévu pour les poussettes et les deux-roues en application de ces mêmes dispositions. Par suite, la seconde branche du moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être accueillie.
En ce qui concerne la méconnaissance du plan de prévention des risques de mouvements de terrain révisé de Thorigny-sur-Marne :
25. En septième lieu, aux termes de l'article 9 de ce plan : " Pour tous les biens futurs () situés dans cette zone, une investigation géotechnique est obligatoire ".
26. Si les requérants se bornent à soutenir que ce plan est méconnu dès lors, qu'alors que le terrain d'assiette du projet est situé en zone bleue, le dossier de demande de permis de construire ne comporte aucune investigation géotechnique préalable, il ressort des pièces du dossier, et notamment des pièces produites en défense, qu'une telle investigation a été conduite en novembre 2020. Par suite, ce moyen doit être écarté.
Sur l'application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :
27. Aux termes de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé ".
28. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants sont seulement fondés à soutenir que le projet autorisé méconnaît le f) de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme, les dispositions des articles Up 2, Up 11 et Up 12 du règlement du plan local d'urbanisme, pour les motifs énoncés aux points 10, 13, 21, 24. Les parties ayant été informées de ce que le tribunal était susceptible de surseoir à statuer en application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, il y a lieu de surseoir à statuer jusqu'à l'expiration d'un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement, dans l'attente de la notification au tribunal d'un permis de construire modificatif délivré au pétitionnaire par le maire de Thorigny-sur-Marne régularisant les vices précités. Il y a lieu de réserver tous droits et moyens des parties, sur lesquels il n'a pas été expressément statué par ce jugement, jusqu'en fin d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : Avant de statuer sur les conclusions des requérants tendant à l'annulation de l'arrêté du 13 juillet 2021 du maire de Thorigny-sur-Marne, il est sursis à statuer jusqu'à l'expiration du délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement, dans l'attente de la notification au tribunal d'un permis de construire modificatif délivré à M. E le maire de Thorigny-sur-Marne régularisant les vices tenant à la méconnaissance du f) de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme, des dispositions des articles Up 2, Up 11 et Up 12 du règlement du plan local d'urbanisme.
Article 2 : Tous droits et moyens des parties, sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement, sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B et Mme C Lê, à la commune de Thorigny-sur-Marne et à M. A D.
Délibéré après l'audience du 18 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Mullié, présidente,
Mme Jeannot, première conseillère,
Mme Blanc, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 décembre 2022.
La rapporteure,
T. BLANCLa présidente,
N. MULLIE
La greffière,
H. KELI
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026