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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2200347

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2200347

mardi 2 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2200347
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantFISCHEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 janvier 2022, la société A.O.C. représentée par Me Fischel, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision n°2021/12/005 du 15 novembre 2021 par laquelle le préfet de police lui a infligé une amende de 7 500 euros pour un manquement aux règles de sûreté aéroportuaire ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative et les dépens.

Elle soutient que la décision attaquée :

- est entachée d'un défaut de base légale ;

- est entachée d'une erreur de droit en ce que l'arrêté du 2 novembre 2006, qui est mentionné par le préfet de police, n'a pas été publié et ne lui est pas opposable ;

- procède d'une appréciation erronée des faits en ce que seul un défaut de transmission d'information peut lui être reproché et en ce que la procédure de filtrage ne permet pas d'éviter la fraude d'un passager.

Par une ordonnance du 23 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 23 février 2024.

Le préfet de police a présenté un mémoire en défense le 13 mars 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction.

Par une lettre du 12 mars 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de substituer d'office aux dispositions des arrêtés mentionnés dans l'article 1 de la décision attaquée, l'article 4.1.1.7 de l'annexe du règlement d'exécution (UE) 2015/1998 de la Commission du 5 novembre 2015 fixant des mesures détaillées pour la mise en œuvre des normes de base communes dans le domaine de la sûreté de l'aviation civile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (CE) n° 300/2008 du Parlement européen et du Conseil du 11 mars 2008 relatif à l'instauration de règles communes dans le domaine de la sûreté de l'aviation civile ;

- le règlement d'exécution (UE) 2015/1998 de la Commission du 5 novembre 2015 fixant des mesures détaillées pour la mise en œuvre des normes de base communes dans le domaine de la sûreté de l'aviation civile ;

- le code des transports ;

- le code de l'aviation civile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Dominique Binet, premier conseiller,

- les conclusions de M. Cyril Dayon, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Le 21 janvier 2020, des agents de la police aux frontières de l'aéroport de Paris-Orly ont procédé à un contrôle du respect de la réglementation des vols sensibles à destination d'Israël et notamment du vol TO 3938 à destination de Tel Aviv de la compagnie Transavia, au cours duquel ils ont constaté un manquement aux règles de sûreté aéroportuaire dont ils ont estimé qu'il était imputable à la société A.O.C., qui exerce, sous le nom commercial " Alyzia Orly Check ", une activité d'assistance aux compagnies aériennes. Au regard du manquement constaté, le préfet de police a infligé à cette société une amende de 7 500 euros par une décision n° 2021/12/005 du 15 novembre 2021. La société A.O.C. demande au tribunal d'annuler cette décision.

2. Aux termes du II de l'article R. 217-3 du code de l'aviation civile : " En cas de manquement constaté aux dispositions : () d) Du règlement (CE) n° 300/2008 du Parlement européen et du Conseil du 11 mars 2008 relatif à l'instauration de règles communes dans le domaine de la sûreté de l'aviation civile, de son annexe et des règlements et leurs annexes pris par la Commission en application de son article 4 ; () le préfet peut, en tenant compte de la nature et de la gravité des manquements et éventuellement des avantages qui en sont tirés, après avis de la commission instituée à l'article R. 217-3-3, prononcer à l'encontre de la personne morale responsable une amende administrative d'un montant maximal de 7 500 euros () ". Aux termes de l'article 4.1.1.7. de l'annexe de ce règlement d'exécution (UE) 2015/1998 de la commission du 5 novembre 2015 : " L'autorité compétente peut établir des catégories de passagers qui, pour des raisons objectives, doivent faire l'objet de procédures spéciales d'inspection/filtrage ou qui peuvent en être exemptées () ".

3. En premier lieu, les dispositions de l'arrêté interministériel du 12 novembre 2003 relatif aux mesures de sûreté du transport aérien, modifiées par les arrêtés ultérieurs cités dans l'article 1 de l'arrêté attaqué, ainsi que d'éventuelles dispositions prises pour son application, ne sont pas applicables au manquement reproché à la société requérante dès lors que le dit arrêté avait été abrogé antérieurement à la date du constat de ce manquement. Par suite la décision en litige ne pouvait légalement être prise sur le fondement de ces dispositions.

4. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, sous réserve d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

5. En l'espèce, la décision attaquée trouve son fondement légal dans l'article 4.1.1.7. de l'annexe de ce règlement d'exécution (UE) 2015/1998 de la commission du 5 novembre 2015 fixant des mesures détaillées pour la mise en œuvre des normes de base communes dans le domaine de la sûreté de l'aviation, qui peut être substitué aux dispositions citées au point 3 dès lors que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'un ou l'autre de ces deux textes et que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressé d'aucune garantie. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision en litige repose sur une base légale erronée et est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle s'appuie sur un arrêté pris pour l'application de cette base légale erronée doivent être écarté.

6. En second lieu, il est constant que, le 21 janvier 2020, les agents de la police aux frontières ont procédé à un contrôle de la réglementation des vols sensibles à destination d'Israël, en l'espèce du vol n° 3938 à destination de Tel Aviv de la compagnie Transavia. Ils ont constaté que la société ICTS, chargée du ciblage, avant l'enregistrement, des passagers devant faire l'objet d'une inspection renforcée, avait ciblé 10 passagers en apposant l'autocollant prévu à cet effet sur les passeports, alors que la liste des passagers recensés par la société City One, chargée du contrôle d'accès aux postes d'inspection filtrage, ne dénombrait que 9 passagers ciblés. L'enquête menée par les agents de police a révélé que cette discordance était liée à un défaut d'apposition du signe distinctif par l'agent de la société A.O.C., chargé de l'enregistrement des passagers pour le compte de la compagnie Transavia, sur la carte d'embarquement d'un passager ciblé par la société ICTS, et le représentant de la société A.O.C., présent sur place, a reconnu, que l'un des agent chargé de l'enregistrement avait omis d'apposer ce signe distinctif adéquat sur la carte d'embarquement du passager. Il résulte de ces éléments que la société A.O.C. a été sanctionnée à bon droit par le préfet de police pour un manquement dans l'exécution de la procédure d'enregistrement dont elle était chargée pour le compte de la compagnie aérienne assurant le vol concerné, constitué par le défaut de renseignement d'une carte d'embarquement, sans qu'ait d'incidence sur la matérialité de ce manquement les circonstances que cette procédure ne permettrait pas d'empêcher une éventuelle autre fraude de passagers et que les passagers éditant leur carte d'embarquement et ne transportant pas de bagages pourraient échapper à ce contrôle.

7. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de la société A.O.C. doit être rejetée, y compris les conclusions qui tendent à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de la société A.O.C. est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société A.O.C. et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera transmise au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 15 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Timothée Gallaud, président,

Mme Félicie Bouchet, première conseillère,

M. Dominique Binet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2024.

Le rapporteur,

D. BinetLe président,

T. Gallaud

La greffière,

L. Potin

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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