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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2200498

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2200498

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2200498
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantHERVET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 12 janvier 2022, la présidente du tribunal administratif de Versailles a, en application des dispositions de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, transmis au tribunal la requête de la société Mon Petit Commerçant.

Par cette requête, enregistrée le 14 décembre 2021, et des mémoires enregistrés

les 24 mars et 25 mai 2022, la société Mon Petit Commerçant, représentée par Me Hervet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 13 octobre 2021 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis à sa charge la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail et la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement d'un étranger dans son pays d'origine pour un montant total de 199 492 euros ;

2°) à défaut, de minorer le montant de la contribution forfaitaire en fonction des frais réellement exposés pour procéder au réacheminement des étrangers concernés ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 400 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision en litige ne tient pas compte des observations qu'elle a formulées pendant la procédure contradictoire ;

- c'est à tort que le directeur général de l'OFII n'a pas pris en considération sa bonne foi ;

- les conditions prévues pour prononcer les sanctions en litige ne sont pas remplies en l'espèce ;

- les faits sont prescrits.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mai 2022, l'OFII, représenté par son directeur général, conclut au rejet de la requête

Il soutient que la requête est tardive et que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Dominique Binet, premier conseiller,

- et les conclusions de M. Cyril Dayon, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. A l'occasion d'un contrôle d'une épicerie située à Vaux-sur-Seine, exploitée par la société Mon Petit Commerçant, effectué le 17 mai 2021, les services de police ont constaté la présence en action de travail d'un ressortissant marocain dépourvu de titre l'autorisant à travailler et séjourner en France et non déclaré. L'enquête a révélé que la société avait employé neuf autres salariés étrangers dépourvus de titre les autorisant à travailler et séjourner en France. Un procès-verbal d'infraction a été établi et transmis à l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) en application de l'article L. 8271-17 du code du travail. Par une décision du 13 octobre 2021, dont la société Mon Petit Commerçant demande l'annulation, le directeur général de l'OFII a mis à sa charge la contribution spéciale mentionnée à l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 182 500 euros et la contribution forfaitaire prévue par l'article L. 822-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour un montant de 16 992 euros.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, contrairement à ce que soutient la société requérante, il ne résulte d'aucune disposition législative ou réglementaire, ni d'aucun principe qu'il appartenait au directeur général de l'OFII de viser ses observations émises au cours de la procédure dans la décision et de l'informer de l'appréciation portée sur ses observations.

3. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France () ". Aux termes de l'article L. 8253-1 du même code, dans sa rédaction applicable au présent litige : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. () ". Aux termes de l'article L. 5221-8 du code du travail : " L'employeur s'assure auprès des administrations territorialement compétentes de l'existence du titre autorisant l'étranger à exercer une activité salariée en France () ". Enfin l'article L. 822-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable en l'espèce, dispose que : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui pourront être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquitte une contribution forfaitaire représentative des frais d'éloignement du territoire français de cet étranger. " Aux termes de l'article L. 5221-8 du même code : " L'employeur s'assure auprès des administrations territorialement compétentes de l'existence du titre autorisant l'étranger à exercer une activité salariée en France, sauf si cet étranger est inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi tenue par l'institution mentionnée à l'article L. 5312-1. ".

4. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 8253-1 du code du travail et de l'article L. 822-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que les contributions qu'elles prévoient ont pour objet de sanctionner les faits d'emploi de travailleurs étrangers séjournant irrégulièrement sur le territoire français ou démunis de titre les autorisant à exercer une activité salariée, sans qu'un élément intentionnel soit nécessaire à la caractérisation des manquements. Toutefois, un employeur ne saurait être sanctionné sur le fondement de ces dispositions, lorsque tout à la fois, d'une part, il s'est acquitté des obligations qui lui incombent en vertu de l'article L. 5221-8 du code du travail et, d'autre part, il n'était pas en mesure de savoir que les documents qui lui étaient présentés revêtaient un caractère frauduleux ou procédaient d'une usurpation d'identité.

5. Il résulte de l'instruction, en particulier du procès-verbal d'infraction, que le 17 mai 2021, les policiers ont constaté la présence, en situation de travail, dans l'établissement exploité par la société Mon Petit Commerçant d'un salarié de nationalité marocaine qui n'a pas été en mesure de présenter une pièce d'identité ou un titre de séjour. Entendu par les services de police, ce salarié a déclaré avoir été recruté par l'intermédiaire de connaissances familiales et pour travailler sept jours sur sept de 8 heures à 19 heures et avoir commencé la veille du contrôle. Il a précisé n'avoir présenté aucun document pour être embauché et que le gérant était informé qu'il n'avait pas de titre l'autorisant à séjourner en France. Par ailleurs, au cours d'un autre contrôle effectué le 19 juin 2021 dans une autre épicerie exploitée par la requérante, les policiers ont constaté la présence, en situation de travail, d'un autre salarié de nationalité marocaine dépourvu de titre de séjour. Entendu par les services de police, ce salarié, qui ne connaissait pas le nom de la société pour laquelle il travaillait, a déclaré être embauché depuis quatre mois, avoir présenté une fausse carte d'identité italienne et ne pas avoir dit au gérant qu'il était en situation irrégulière. Les investigations menées sur les documents de la société et les informations détenues par l'URSSAF relatives aux déclarations préalables à l'embauche actives au jour du contrôle, ont révélé que huit autres salariés, dépourvus de titre de séjour, avaient été employés depuis le 1er mars 2020. L'enquête a permis de constater que les titres d'identité de pays de l'Union européenne dont se prévalaient sept d'entre eux étaient faux et que le huitième de ce salarié ne justifiait d'aucun document d'identité. Au cours de son audition du 30 juin 2021, le gérant de la société a déclaré que les intéressés lui avaient tous présenté des photocopies de titre de séjour. Par suite, alors qu'elle n'a pas sollicité la communication des originaux des documents produits par ses salariés, la société ne peut soutenir qu'elle a accompli toutes les diligences et qu'elle n'a pas été en mesure de savoir qu'il s'agissait de documents falsifiés, la circonstance que ces documents faisaient état d'une nationalité d'un Etat de l'Union européenne n'étant pas de nature à exonérer l'employeur de ses obligations. En lui infligeant les contributions spéciale et forfaitaire, le directeur de l'OFII n'a dès lors pas méconnu les dispositions citées au point 4.

6. En troisième lieu, la société requérante ne peut utilement se prévaloir de sa bonne foi pour se voir décharger de la contribution spéciale dès lors que le manquement visé à l'article L. 8251-1 du code du travail est constitué du seul fait de l'emploi d'un travailleur étranger démuni de titre l'autorisant à exercer une activité salariée sur le territoire français, l'élément intentionnel étant sans influence sur le bien-fondé de la contribution spéciale mise à la charge de l'employeur qui a contrevenu à ces dispositions.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 8115-5 du code du travail : " () Le délai de prescription de l'action de l'autorité administrative pour la sanction du manquement par une amende administrative est de deux années révolues à compter du jour où le manquement a été commis. "

8. Il résulte de l'instruction que le procès-verbal du 17 mai 2021 constatant les infractions reprochées à la requérante vise les dix salariés ne disposant pas de titre pour travailler en France qu'elle a embauchés entre le 1er mars 2020 et le 16 mai 2021. La décision de mise en œuvre de la contribution spéciale du 13 octobre 2021 a donc été prise dans le délai de deux années fixé dans les dispositions citées au point précédent. Pat suite, la société requérante ne saurait se prévaloir de ce que les faits qui lui sont reprochés seraient prescrits.

9. En cinquième et dernier lieu, si la société requérante demande au tribunal de minorer le montant de la contribution forfaitaire mise à sa charge, en fonction des frais réellement exposés pour procéder au réacheminement des étrangers concernés, les dispositions de l'article L. 822-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne subordonnent pas la mise à la charge de l'employeur de la contribution forfaitaire représentative des frais d'éloignement des étrangers dans leur pays d'origine à la justification par l'administration du caractère effectif de cet éloignement.

10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la société Mon Petit Commerçant n'est fondée à demander ni l'annulation de la décision en litige ni la minoration des sanctions mises à sa charge. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par l'OFII, sa requête doit être rejetée, y compris les conclusions qui tendent à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de la société Mon Petit Commerçant est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Mon Petit Commerçant, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 12 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Timothée Gallaud, président,

Mme Félicie Bouchet, première conseillère,

M. Dominique Binet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.

Le rapporteur,

D. BinetLe président,

T. Gallaud

La greffière,

L. Potin

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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