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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2200506

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2200506

jeudi 5 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2200506
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantLEXIALIS MELUN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 janvier 2022, Mme A C, représentée par Me Nardeux :

1°) forme opposition à la contrainte émise le 30 décembre 2021 par la directrice de la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne en tant qu'elle tend au recouvrement des indus de prime d'activité pour la période du 1er novembre 2018 au 31 mars 2019 et du 1er janvier 2019 au 31 mars 2020 et d'allocation de logement familiale pour la période du 1er février 2019 au 31 novembre 2020 ;

2°) demande au tribunal de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la caisse d'allocations familiales n'a jamais notifié le rapport d'enquête où est soulevée sa mauvaise foi ;

- elle n'a vécu maritalement avec son compagnon qu'à compter du mois de janvier 2020.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 août 2022, la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Avirvarei, conseillère ;

- et les observations de Me Martigny, représentant de Mme C.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. La directrice de la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne a délivré le 30 décembre 2021 une contrainte à l'encontre de Mme C en vue du recouvrement d'un montant de 13 440,31 euros correspondant à des indus de prime d'activité pour la période du 1er novembre 2018 au 31 mars 2019 et du 1er janvier 2019 au 31 mars 2020, d'allocation de logement familiale pour la période du 1er février 2019 au 31 novembre 2020 et de complément de libre choix du mode de garde pour la période du 1er novembre 2019 au 31 janvier 2021. Par la présente requête, Mme C forme opposition à cette contrainte uniquement en tant qu'elle tend au recouvrement des indus de prime d'activité et d'allocation de logement familiale.

2. En premier lieu, la requérante soutient que le rapport d'enquête de la caisse d'allocations familiales du 7 décembre 2020 n'a pas été porté à sa connaissance. Toutefois, aucune disposition législative ou réglementaire, ni aucun principe, n'impose la communication à l'allocataire du rapport d'enquête rédigé par l'agent assermenté de l'organisme payeur en vue d'une procédure de récupération d'indus. Par suite, le moyen doit être écarté comme inopérant.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 842-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés d'une activité professionnelle a droit à une prime d'activité, dans les conditions définies au présent titre ". Aux termes de l'article L. 842-3 du même code : " La prime d'activité est égale à la différence entre : / 1° Un montant forfaitaire dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, augmenté d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer () ".

4. Aux termes de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation : " Les aides personnelles au logement ainsi que les primes accordées aux bénéficiaires de ces aides afin qu'ils déménagent pour s'assurer des conditions de logement plus adaptées sont régies par le présent livre. Les aides personnelles au logement comprennent : 1° L'aide personnalisée au logement ; 2° Les allocations de logement : a) L'allocation de logement familiale ; b) L'allocation de logement sociale ". Aux termes de l'article L. 823-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le montant des aides personnelles au logement est calculé en fonction d'un barème défini par voie réglementaire. / Ce barème est établi en prenant en considération : / 1° La situation de famille du demandeur et le nombre de personnes à charge vivant habituellement au foyer ; /

2° Ses ressources et la valeur en capital de son patrimoine et, s'il y a lieu, de son conjoint et des personnes vivant habituellement à son foyer, telles que définies aux articles L. 822-5 à

L. 822-8 () ".

5. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'enquête du 7 décembre 2020, que les indus de prime d'activité et d'allocation de logement familiale mis à la charge de Mme C trouvent leur origine dans la prise en compte de la vie commune de celle-ci avec son compagnon, M. B, à compter du 29 décembre 2018 au lieu du 3 janvier 2020 tel qu'ils l'ont déclaré auprès des services de la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne. Mme C soutient que si, à cette date, M. B a effectivement signé le bail de location pour le logement situé à Bannost Villegagnon, elle ne vivait pas maritalement avec son compagnon au cours de la période litigieuse à cet endroit puisque celui-ci vivait à une autre adresse. Toutefois, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'enquête établi le 7 décembre 2020 par l'agent assermenté de la caisse d'allocations familiales et du jugement du juge des affaires familiales du

3 janvier 2020 concernant la garde de la fille de M. B issue de sa précédente relation, qu'à compter du mois de février 2019 M. B a déménagé à 65 kilomètres du domicile de son ancienne épouse se trouvant à Villeparisis, soit vraisemblablement à Bannost Villegagnon, et qu'à la date de la naissance du premier enfant de Mme C et M. B, soit le 9 juin 2019, ils sont tous les deux identifiés sur l'acte de naissance comme ayant le domicile à la même adresse à Bannost Villegagnon. Si l'avis d'imposition de M. B sur les revenus de l'année 2019 l'identifie avec un logement au 1er janvier 2020 à Claye-Souilly et non à Bannost Villegagnon, cette circonstance est en contradiction avec les allégations de Mme C dans la présente instance selon lesquelles il habitait à cette date chez son père à Chelles. Par ailleurs, il est constant que M. B et Mme C ont deux enfants en commun nés respectivement en juin 2019 et juin 2020, soit pendant la période en litige. De plus, il résulte de l'instruction que le couple a ouvert pendant cette même période un compte joint auprès de la banque CIC. Ainsi, il existe un faisceau d'indices suffisamment précis et concordants d'une communauté de vie et d'intérêts à compter du 29 décembre 2018, au nombre desquels figure la circonstance que M. B et Mme C mettent en commun leurs ressources et partagent une adresse commune, qui permet de conclure à une vie de couple stable et continue. L'attestation d'hébergement du père de M. B datée du 17 septembre 2019 est à elle seule, insuffisante pour contredire l'ensemble de ces éléments. Dès lors, c'est à bon droit que la caisse d'allocations familiales a pris en compte les ressources de l'ensemble des membres du foyer à compter de cette date pour calculer les droits de la requérante à la prime d'activité au titre de la période du 1er novembre 2018 au 31 mars 2019 et du 1er janvier 2019 au 31 mars 2020 et à l'allocation de logement familiale au titre de la période du 1er février 2019 au 31 novembre 2020. Par suite, la requérante n'est pas fondée à former opposition à la contrainte émise le 30 décembre 2021 par la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne, au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Xavier Pottier, président,

Mme Andreea Avirvarei, conseillère,

Mme Jeanne Darracq-Ghitalla-Ciock, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2023.

La rapporteure,

A. Avirvarei

Le président,

X. PottierLa greffière,

C. Mahieu

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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