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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2200508

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2200508

mardi 7 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2200508
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantTROJMAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 18 janvier 2022 et le 8 février 2022, M. C, représenté par Me Trojman, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 20 décembre 2021 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre d'admission exceptionnelle au séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne, sous astreinte, de lui délivrer au titre de l'admission exceptionnelle au séjour un titre de séjour, ou à tout le moins de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'incompétence ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- la préfète a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant son admission exceptionnelle au séjour ;

- la décision attaquée viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par ordonnance du 6 juin 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 6 juillet 2023 à midi.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

M. Rehman-Fawcett a été entendu, en son rapport, au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant malien, né le 31 décembre 1987, à Bendougou (Mali), a déclaré être entré sur le territoire français le 13 mai 2015. Le 18 octobre 2021, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'admission exceptionnelle au séjour. Par une décision du 20 décembre 2021, notifiée le 12 janvier 2022, la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre et assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire dans un délai d'un mois. M. C demande au tribunal l'annulation de la décision du 20 décembre 2021.

Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

2. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaitre le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier.

3. Par un arrêté n° 2021/659 du 1er mars 2021 publié au recueil des actes administratifs du même jour, la préfète du Val-de-Marne a délégué à M. A B, sous-préfet de Nogent-sur-Marne, sa signature de l'ensemble des actes relatifs aux attributions de l'Etat dans l'arrondissement de Nogent-sur-Marne, au nombre desquels figure la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte, qui manque en fait, doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

5. La décision contestée comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Elle mentionne notamment les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8 sur lesquelles elle se fonde. En particulier, pour refuser de délivrer à l'intéressé un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète s'est fondée sur le motif tiré de ce qu'il ne justifiait pas d'une intégration professionnelle suffisante. Ainsi, alors que l'autorité administrative n'avait pas à mentionner de manière exhaustive l'ensemble des éléments de fait se rapportant à la situation du requérant et que la motivation de la décision ne dépend pas du bien-fondé de ses motifs, la décision contestée est motivée en droit et en fait. Il suit de là que le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ".

7. Pour soutenir qu'il pouvait cependant prétendre à un titre de séjour portant la mention " salarié " au titre des dispositions précitées, le requérant fait valoir qu'il justifie d'une présence continue sur le territoire français depuis 2015 et d'une activité professionnelle sous couvert d'un contrat de travail en qualité de vendeur dans le commerce du gros de février 2018 et jusqu'à juillet 2021, et produit notamment des bulletins de salaire sur une période de quarante et un mois à la date de l'arrêté attaqué ainsi que différents documents administratifs. Toutefois, en se prévalant de cette seule situation, M. C n'établit pas que la préfète du Val-de-Marne aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation des motifs exceptionnels qu'il aurait fait valoir. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Il résulte des énonciations de l'arrêté attaqué qui ne sont pas utilement contestées que M. C a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de 28 ans et n'a pas établi être dépourvu de toute attache familiale dans ce pays, où résident notamment son épouse et deux de ses enfants. Si le requérant soutient que l'ensemble de ses intérêts privés et son insertion professionnelle se trouvent en France, il ne l'établit pas dès lors que, ainsi qu'il l'a été dit au point 7, il ne produit aucune pièce à l'appui de ses allégations. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, que la requête de M. C doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles qui tendent à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C et à la préfète du Val-de-Marne.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 24 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Ghaleh-Marzban, présidente,

Mme Bourdin, première conseillère,

M. Rehman-Fawcett, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2023.

Le rapporteur,

C. REHMAN-FAWCETT

La présidente,

S. GHALEH MARZBAN

Le rapporteur,

C. REHMAN-FAWCETT

La présidente,

S. GHALEH MARZBAN

Le rapporteur,

C. REHMAN-FAWCETT

La présidente,

S. GHALEH MARZBAN La greffière,

Y. SADLI

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision ;

Pour expédition conforme,

La greffière

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