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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2200641

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2200641

lundi 30 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2200641
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCABINET HUG & ABOUKHATER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 janvier 2022 sous le n° 2200641, Mme C B, se faisant domicilier par France Terre d'Asile (FTDA) au 11 rue Olof Palme à Créteil (94000), représentée par Me Hug, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 9 décembre 2021 notifié le 6 janvier 2023 par lequel la préfète du Val-de-Marne :

- l'a obligée à quitter le territoire français ;

- a fixé le pays de destination ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le reversement à son conseil de la somme de 1 400 euros au titre du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme B soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence de son auteur ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen personnel de sa situation ;

- elle méconnaît l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle méconnait les dispositions des articles L. 521-9 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile puisqu'il bénéficie d'un droit au maintien en France jusqu'à la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation en ce qu'elle vit en concubinage depuis plus d'un an avec une personne qui réside régulièrement en France sous couvert d'un titre de séjour salarié ;

- elle méconnaît l'intérêt supérieur de son enfant né le 16 août 2021 ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle viole l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur de droit en ce que la préfète s'est sentie liée par les décisions de l'OFPRA et de la CNDA.

Vu :

- l'arrêté litigieux de la préfète du Val-de-Marne en date du 9 décembre 2021 ;

- les pièces, présentées pour la préfète du Val-de-Marne par Me Termeau, enregistrées le 13 janvier 2023 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le

26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 portant application de cette loi ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. F pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions de l'article R. 776-10 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique tenue le 16 janvier 2023 en présence de Mme Aït Moussa, greffière d'audience :

* M. Freydefont, magistrat désigné, qui a présenté son rapport ;

* les observations de Me El Assad, substituant Me Termeau, représentant la préfète du Val-de-Marne, qui conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aux termes de l'article L. 521-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, devenu l'article L. 542-1 dans sa nomenclature applicable depuis le 1er mai 2021, le droit au maintien sur le territoire français prend fin à la date de lecture de la décision de la CNDA, et non à sa date de notification ; or, la décision de la CNDA confirmant celle de l'OFPRA relative au rejet de la demande d'asile de Mme B a été lue le 8 juillet 2021 ; en ce qui concerne le défaut allégué d'examen de la situation de la requérante, un tel moyen est infondé dans la mesure où Mme B n'a jamais informé la préfète de la naissance de son enfant ; enfin, le concubinage avec M. D A n'est pas démontré puisqu'il ressort des propres pièces produites par la requérante que son adresse est différente de celle de M. A ; par suite, aucune atteinte n'a été portée au respect de sa vie privée et familiale, pas plus qu'à l'intérêt supérieur de son enfant.

Mme B, requérante, n'est ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 10 heures 40.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et

L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () " ; aux termes de l'article L. 614-1 du même code : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. " ; aux termes de l'article L. 614-5 dudit code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 1°, 2° ou 4° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quinze jours suivant la notification de la décision. "

2. Par un arrêté en date du 9 décembre 2021 notifié le 6 janvier 2022, la préfète du Val-de-Marne a, sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, obligé Mme C B, ressortissante mauritanienne née le 5 mars 1987 à Nouakchott, à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à compter de la notification de l'arrêté et a fixé le pays de destination. Par la requête susvisée, enregistrée le 18 janvier 2022, Mme B demande l'annulation des décisions contenues dans cet arrêté préfectoral.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 62 du décret n°91-1266 du 19 décembre 1991 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire est demandée sans forme au président du bureau ou de la section ou au président de la juridiction saisie () / L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué. ". Mme B ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 16 février 2022, ses conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet ; il n'y a donc plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Or, par un arrêté n° 2021/3820 du 20 octobre 2021 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, la préfète du Val-de-Marne a donné à Mme G, adjointe à la cheffe du bureau de l'asile et signataire de l'arrêté litigieux, délégation pour signer les décisions contenues dans cet arrêté. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté contesté doit être écarté comme manquant en fait.

5. En deuxième lieu, aux termes L. 613-1 de code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. " Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci comporte les considérations de droit et de fait de l'obligation faite à Mme B de quitter le territoire français puisqu'il vise l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et le 4° de l'article L. 611-1 précité et mentionne que la requérante a vu sa demande d'asile être rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) par décision du 7 janvier 2021 notifiée le 19 janvier suivant et que ce rejet a été confirmé par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) par décision du 8 juillet 2021. L'arrêté indique également que, dans les circonstances de l'espèce, il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale et que la décision qui lui est opposée ne contrevient pas aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il résulte de ce qui précède que, nonobstant l'emploi de quelques formules type, l'obligation de quitter le territoire français est suffisamment motivée en droit comme en fait conformément à l'obligation prévue à l'article L. 613-1 précité.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entré et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa nomenclature en vigueur depuis le 1er mai 2021 : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. " ; aux termes de l'article L. 542-1 de ce code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. " ; aux termes de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : () / 2° Lorsque le demandeur : / a) a informé l'office du retrait de sa demande d'asile en application de l'article L. 531-36 ; / b) a introduit une première demande de réexamen, qui a fait l'objet d'une décision d'irrecevabilité par l'office en application du 3° de l'article L. 531-32, uniquement en vue de faire échec à une décision d'éloignement () "

7. Mme B soulève la violation de ces dispositions en soutenant qu'elle bénéficie d'un droit au maintien en France jusqu'à la lecture en audience publique de la décision de la CNDA, qu'il appartient au préfet de prouver ; d'une part, il résulte du fichier Telemofpra produit par la préfecture en défense que la première demande de réexamen du 29 décembre 2020 de la demande d'asile de Mme B a été rejetée par l'OFPRA par ordonnance du 7 janvier 2021 pour irrecevabilité ; par suite, en application du b) du 2° de l'article L. 542-2 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cette première demande de réexamen n'a été introduite qu'en vue de faire obstacle à une décision d'éloignement ; le droit au maintien sur le territoire français a donc pris fin à la date d'introduction de sa demande de réexamen, soit le

7 janvier 2021. D'autre part, et en tout état de cause, il résulte de l'instruction que la lecture de la décision de la CNDA saisie suite au rejet de l'OFPRA du 7 janvier 2021 a été faite le 8 juillet 2021 ; par suite, à la date de l'arrêté contesté le 9 décembre 2021, Mme B ne bénéficiait plus du droit au maintien sur le territoire français ; il en résulte que le moyen susanalysé doit être écarté comme infondé.

8. En quatrième lieu, Mme B soutient que l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation en ce qu'elle vit en concubinage depuis plus d'un an avec M. D A qui réside régulièrement en France sous couvert d'un titre de séjour salarié et que de leur union est né un fils le 16 août 2021. Toutefois, d'une part, la durée de séjour en France de l'intéressée n'est que la résultante de la durée de traitement de sa demande d'asile par l'OFPRA et la CNDA en 2019 et de sa demande de réexamen en 2021, ce qui ne lui confère en elle-même aucun droit au séjour. D'autre part, la réalité de la communauté de vie alléguée entre la requérante et M. A n'est pas établie par les pièces du dossier puisqu'il ressort de l'acte de naissance que l'adresse de la requérante au 11 rue Olof Palme à Créteil (94000) est différente de celle de M. A au 63 rue Doudeauville à Paris (75018). Et c'est cette même adresse du 11 rue Olof Palme à Créteil que la requérante a mentionnée dans sa requête, de telle sorte que la requérante ne justifie pas d'une communauté de vie avec M. A. De plus, si Mme B se prévaut de la naissance de son fils, le jeune E A, le 16 août 2021, cette circonstance, même antérieure à la date de l'arrêté contesté, n'est pas de nature à démontrer l'intensité des liens avec M. A puisque la communauté de vie entre lui et la requérante n'a jamais existé ainsi qu'il a été dit plus haut. Par suite, Mme B ne démontre aucune vie privée et familiale en France inscrite dans la durée et la stabilité. En outre, elle ne peut se prévaloir d'aucune insertion professionnelle en France. Enfin, elle n'établit pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays qu'elle a quitté à l'âge de 31 ans. Il en résulte que le moyen susanalysé doit être écarté comme infondé.

9. En cinquième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

10. Si Mme B se prévaut de l'intérêt supérieur de son fils E né le 16 août 2021, il résulte de ce qui a été développé au point 8 que la communauté de vie entre la requérante et M. A n'est pas établie ; par suite, l'arrêté litigieux n'a pas pour effet de séparer l'enfant de l'un de ses parents puisque celui-ci est déjà séparé de son père eu égard aux adresses différentes de Mme B et de M. A. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant sera écarté comme infondé.

11. En sixième lieu, Mme B soulève la méconnaissance de son droit d'être entendu consacré à l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne aux termes duquel : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () " Or, d'une part, il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux États membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de sa méconnaissance par une autorité d'un État membre est inopérant.

12. D'autre part, et en tout état de cause, si le droit d'être entendu en tant qu'il fait partie intégrante du respect des droits de la défense, lequel constitue un principe général du droit de l'Union européenne, se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts, un tel droit ne saurait toutefois être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente serait tenue, dans tous les cas, d'entendre de façon spécifique l'intéressé. Notamment, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision. Or, il ne ressort pas des pièces du dossier, pas plus que de la situation personnelle, familiale et professionnelle de Mme B décrite au point 8, qu'à supposer que celle-ci ait détenu des informations relatives à sa situation personnelle, de telles informations, si elles avaient pu être communiquées à l'autorité préfectorale avant que ne soit pris l'arrêté litigieux, auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction des décisions qu'il contient. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté comme infondé ainsi que comme manquant en fait.

13. En cinquième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté contesté, ni de sa motivation, ni d'aucune des pièces du dossier, que la préfète n'aurait pas suffisamment examiné la situation de Mme B avant de prendre à son encontre la mesure d'éloignement contenue dans l'arrêté litigieux. Si la requérante précise que l'arrêté ne mentionne pas son concubinage avec M. A, il a été dit plus haut que la réalité de celui-ci n'était pas avérée ; si elle soulève également l'absence de mention dans l'arrêté litigieux de la naissance de son fils E le

16 août 2021, elle ne démontre pas avoir informé de cette naissance la préfète qui ne pouvait donc la deviner, sauf à lui prêter des pouvoirs surnaturels de divination, ce qu'elle n'a pas.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

14. En premier lieu, il résulte de la légalité de l'obligation de quitter le territoire français que Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet.

15. En deuxième lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. " ; aux termes de cet article 3 : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. " Mme B soulève la violation de ces dispositions et stipulations ; toutefois, elle ne démontre pas de manière probante qu'elle serait directement et personnellement exposée à des risques de traitements inhumains et dégradants en cas de retour forcé dans son pays d'origine, soit du fait des autorités de cet Etat, soit même du fait de personnes ou de groupes de personnes ne relevant pas des autorités publiques, dès lors que, dans ce dernier cas, les autorités de l'Etat de destination ne sont pas en mesure de parer à un tel risque par une protection appropriée ; de plus, il convient de garder à l'esprit que la demande d'asile de Mme B a été rejetée par l'OFPRA puis par la CNDA en juillet et novembre 2019 et que sa demande de réexamen a subi le même sort en janvier et juillet 2021 ; or, l'intéressée ne fait état d'aucun élément nouveau sur lequel ces instances ne se seraient pas déjà prononcées.

16. En dernier lieu, si Mme B soulève une erreur de droit tirée de ce que la préfète se serait sentie à tort liée par les décisions de l'OFPRA et de la CNDA, une telle erreur de droit ne ressort ni des termes de l'arrêté litigieux, qui vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ce qui manifeste de la part de la préfète une appréciation portée par elle sur les risques encourus par la requérante en cas de retour en Mauritanie, ni d'aucune des pièces du dossier. Par suite, ce dernier moyen sera écarté comme infondé.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté préfectoral du 9 décembre 2021 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, il convient également de rejeter les conclusions tendant au bénéfice de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus de la requête de Mme B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et à la préfète du Val-de-Marne.

Lu en audience publique le 30 janvier 2023.

Le magistrat désigné,

Signé : C. FLa greffière,

Signé : S. Aït Moussa

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

S. Aït Moussa

N°2200641

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