lundi 30 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2200645 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | NUNES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 janvier 2022 sous le n° 2200645, M. C F, demeurant 13, place Paul Eluard à Villejuif (94800), représenté par Me Nunes, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 19 janvier 2022 par lequel la préfète du Val-de-Marne :
- l'a obligé à quitter le territoire français sans délai ;
- a fixé le pays de destination ;
- l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
- l'a signalé au fichier du système d'information Schengen ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans le délai de 15 jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous une astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le reversement à son conseil de la somme de 1 600 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, à défaut, le versement à lui-même de cette même somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. F soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions contestées :
- elles sont entachées d'un défaut de motivation en violation des articles 1er et 3 de la loi du 11 juillet 1979 devenus articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elles sont entachées d'un défaut d'examen réel et complet des données propres à sa situation ;
- elles sont entachées d'incompétence de leur signataire faute de produire une délégation de signature régulière ;
- elles sont entachées d'un défaut de base légale en l'absence de décision de refus de titre ;
- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;
- elles portent une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale normale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation du risque qu'il encourt en cas de retour dans son pays ;
- elles sont entachées d'exception d'illégalité ;
- elles sont entachées d'erreur de fait et de droit ;
- elles violent l'article L. 612-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elles violent l'article 21 du règlement CE n°1987/2006 du 20 décembre 2006.
Vu :
- l'arrêté litigieux de la préfète du Val-de-Marne en date du 19 janvier 2022 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (CE) n° 1987/2006 du Parlement européen et du Conseil du 20 décembre 2006 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen de deuxième génération (SIS II) ;
- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 portant application de cette loi ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. H pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions de l'article R. 776-10 et suivants du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu, au cours de l'audience publique tenue le 16 janvier 2023 en présence de Mme Aït Moussa, greffière d'audience, M. Freydefont, magistrat désigné, qui a présenté son rapport et informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal est susceptible de soulever d'office deux moyens d'ordre public tirés de ce que :
- d'une part, les conclusions à fin d'annulation de son signalement au fichier du système d'information Schengen (SIS) sont irrecevables, cette mesure ne constituant pas une décision ;
- d'autre part, il y a lieu de substituer au 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, comme base légale de l'obligation de quitter le territoire français, son 2°.
Ni M. F, requérant, ni la préfète du Val-de-Marne, défendeur, ne sont présents ou représentés.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 10 heures 40.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () " ; aux termes de l'article L. 614-1 du même code : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. " ; aux termes de l'article L. 614-6 dudit code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure. "
2. Par un arrêté en date du 19 janvier 2022 notifié le même jour à 11 heures 30, la préfète du Val-de-Marne a, sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, obligé M. C F, ressortissant tunisien né le 6 décembre 1993, à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination, l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et l'a signalé dans le fichier du système d'information Schengen (SIS). Par la requête susvisée, enregistrée le 20 janvier 2022 à 19 heures 31, M. F demande l'annulation des décisions contenues dans cet arrêté préfectoral.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
3. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 62 du décret n°91-1266 du 19 décembre 1991 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire est demandée sans forme au président du bureau ou de la section ou au président de la juridiction saisie () / L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué. ". M. F ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 16 février 2022, ses conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet ; il n'y a donc plus lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision alléguée de signalement dans le fichier du système d'information Schengen (SIS) :
4. La mesure par laquelle l'autorité administrative demande l'inscription d'un étranger faisant l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire français dans le système d'information Schengen (SIS) n'est qu'une des modalités d'exécution de cette interdiction de retour et ne peut être regardée comme révélant une décision susceptible de recours ; par suite, les conclusions dirigées contre le signalement de M. F dans le fichier du SIS doivent être rejetées comme irrecevables.
En ce qui concerne les moyens communs aux autres décisions :
5. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Or, par un arrêté n° 2021/663 du 1er mars 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, la préfète du Val-de-Marne a donné à M. B G, adjoint à la cheffe du bureau de l'éloignement et du contentieux, délégation pour signer notamment les décisions litigieuses en cas d'absence ou d'empêchement de Mme E, cheffe de la direction des migrations et de l'intégration, et de Mme D A, cheffe du bureau de l'éloignement et du contentieux. Il n'est en l'espèce ni établi ni même allégué que Mmes E et A n'auraient, à la date de l'arrêté attaqué, pas été absentes ou empêchées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure de l'arrêté attaqué doit être écarté.
6. En deuxième lieu, aux termes L. 612-12 de code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office. " ; aux termes de aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. " ; aux termes de l'article L. 613-2 dudit code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. "
7. D'une part, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci comporte les considérations de droit et de fait de l'obligation faite à M. F de quitter le territoire français puisqu'il vise l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et le 1° de l'article L. 611-1 précité et mentionne que le requérant a déclaré être entré en France en janvier 2019 sans justifier de la régularité de cette entrée et qu'il se maintient irrégulièrement en France depuis cette date sans être titulaire d'un titre de séjour valide. L'arrêté précise également que l'intéressé est célibataire sans charge de famille, que ses liens personnels et familiaux en France ne sont pas intenses et stables eu égard à sa date d'entrée sur le territoire en janvier 2019 et qu'il n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays ; par suite, la préfète en déduit que la décision opposée au requérant ne contrevient pas aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales puisqu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à sa situation personnelle et familiale. Il résulte de ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire français est suffisamment motivée en droit comme en fait conformément à l'obligation prévue à l'article L. 613-1 précité.
8. D'autre part, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet.) " ; aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour () " En plus de ce qui a été développé au point précédent, l'arrêté vise également les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que M. F est entré irrégulièrement en France et se maintient sur le territoire sans être titulaire d'un titre de séjour régulièrement délivré. Par suite, la décision de refus de délai de départ volontaire est suffisamment motivée en droit comme en fait conformément aux dispositions de l'article L. 613-2 du même code.
9. De plus, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci comporte les considérations de droit et de fait de la décision fixant le pays de destination puisqu'il vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 modifié et l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, précise la nationalité de M. F, en l'espèce tunisienne et indique que l'intéressé n'établit pas être exposé à des traitements contraires à cet article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ces considérations suffisent à établir une décision fixant le pays de destination motivée en droit comme en fait.
10. Enfin, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. " ; aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. "
11. Il résulte des dispositions précitées que, si une décision d'interdiction de retour doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger ; elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
12. Il résulte des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci comporte les considérations de droit et de fait fondement de l'interdiction faite à M. F de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans puisqu'il vise l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code, précise sa situation personnelle et familiale telle que décrite au point 7 et rappelle qu'il a déclaré être entré en France en janvier 2019. Si le requérant fait plus particulièrement valoir que la préfète n'a pas motivé son interdiction de retour au regard des quatre critères énoncés à l'article L. 612-10 précité du code, en n'indiquant pas s'il s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement ou s'il constitue une menace pour l'ordre public, cette prise en compte n'est pas obligatoire ainsi qu'il a été dit au point précédent. Par suite, l'interdiction de retour sur le territoire français est suffisamment motivée conformément aux dispositions de l'article L. 613-2.
13. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré () ". Ainsi qu'il a été dit au point 1, l'obligation de quitter le territoire français a pour fondement le 1° de cet article L. 611-1 puisque la préfète reproche à M. F de ne pouvoir justifier être entré régulièrement sur le territoire français ; or, l'intéressé produit une copie de son passeport supportant son visa d'entrée Schengen valable du 5 novembre au 5 décembre 2019 et supportant un tampon horodateur de son arrivée à Orly le 9 novembre de cette année. Ainsi, l'obligation de quitter le territoire français ne pouvait être prise sur le fondement des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mais sur celles du 2° précité du même article qui peuvent être substituées à celles du 1°, dès lors que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressé d'aucune garantie, que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces deux dispositions et que le requérant et son conseil ont été mis à même, au cours de l'audience publique, de présenter des observations sur ce point. Dès lors, le moyen tiré de ce que la préfète du Val-de-Marne aurait commis une erreur de fait en obligeant M. F à quitter le territoire français doit ainsi être écarté comme infondée.
14. En quatrième lieu, il ressort des dispositions précitées des 1° et 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité administrative peut prendre à l'encontre d'un étranger, dont la situation correspond aux cas prévus par ces dispositions, une obligation de quitter le territoire français " sèche ", c'est-à-dire sans que celle-ci n'assortisse un refus de titre ; par suite, le moyen tiré de ce que les décisions litigieuses seraient entachées d'un défaut de base légale en l'absence de décision de refus de titre doit être écarté comme infondé.
15. En cinquième lieu, si M. F soulève une erreur de fait en ce qu'il n'est pas entré irrégulièrement sur le territoire français, contrairement à ce qu'indique l'arrêté, il ressort des termes de l'arrêté contesté que ce que lui reproche la préfète, c'est de ne pouvoir justifier être entré régulièrement en France, ce qui était bien le cas au moment de la prise de l'arrêté litigieux, puisque le requérant, faute de produire son passeport supportant son visa d'entrée, ne pouvait démontrer être entré régulièrement en France. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait quant aux modalités d'entrée de M. F sur le territoire français sera écarté comme infondé.
16. En sixième lieu, il résulte de ce qui précède sur la motivation des décisions contestées que la préfète a suffisamment examiné la situation de M. F avant de prendre à son encontre l'arrêté litigieux ; si l'intéressé fait valoir que ce défaut d'examen découle de l'erreur de droit et de l'erreur de fait analysées aux points précédents, il résulte de ce qui précède que l'intéressé n'a pas été en mesure de justifier aux autorités son entrée régulière en France au moment de la prise de l'arrêté querellé, faute de produire son passeport. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de la situation du requérant doit être écarté comme infondé.
17. En septième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales relatif au droit au respect de la vie privée et familiale : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () " M. F soulève la violation de ces stipulations ; toutefois, sa durée de présence en France, qui ne peut remonter au-delà de janvier 2019, date de son entrée alléguée sur le territoire français, était donc inférieure à trois ans la date de l'arrêté contesté, ce qui est insuffisant pour démontrer que l'intéressé y a développé le centre de ses intérêts personnels et familiaux. Et ce d'autant qu'il n'est pas contesté que l'intéressé est célibataire sans enfant à charge à France. Si le requérant se prévaut de son insertion professionnelle depuis 2020 par la production de deux contrats de travail à durée indéterminée signés avec la société GE Distribution et la société Boulangerie du Quartier, cette insertion a été hachée puisque le requérant ne produit des bulletins de paie que de décembre 2020 à avril 2021 et à partir de novembre 2021. Enfin, M. F n'établit pas être isolé dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 26 ans. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté comme infondé.
18. Pour les mêmes raisons que celles qui viennent d'être développées, M. F n'est pas davantage fondé à soutenir que les décisions contenues dans l'arrêté contesté seraient entachées d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.
19. En huitième lieu, il résulte de ce qui précède sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français que M. F n'est pas fondé à soutenir que les décisions de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français seraient illégales par voie de conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet.
20. En neuvième lieu, si M. F soulève la violation des articles L. 612-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ce moyen est développé de manière extrêmement confuse et embrouillée dans la requête ce qui ne permet pas au magistrat désigné d'en apprécier le bien-fondé.
21. En dixième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. " Il est constant que depuis son arrivée en France en novembre 2019, M. F n'a jamais sollicité l'asile depuis son entrée en France en 9 novembre 2019 ; par suite, il ne saurait faire aujourd'hui état de craintes de persécutions et de mauvais traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour en Tunisie. Si l'intéressé fait valoir que ses craintes sont fondées car l'état d'urgence a été décrété dans son pays et est toujours en vigueur, il ne démontre pas en quoi cette mesure le concernerait personnellement et directement. Par suite, il ne démontre pas de manière probante qu'il serait directement et personnellement exposé à des risques de traitements inhumains et dégradants en cas de retour forcé dans son pays d'origine, soit du fait des autorités de cet Etat, soit même du fait de personnes ou de groupes de personnes ne relevant pas des autorités publiques, dès lors que, dans ce dernier cas, les autorités de l'Etat de destination ne sont pas en mesure de parer à un tel risque par une protection appropriée. Il s'ensuit que le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sera écarté comme infondé.
22. Pour les mêmes raisons que celles qui viennent d'être développées, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des risques encourus en cas de retour forcé en Tunisie doit également être écarté comme infondé.
23. En dernier lieu, si M. F soulève la violation de l'article 21 du règlement CE n°1987/2006 du 20 décembre 2006, un tel moyen ne peut se rapporter qu'au signalement de l'intéressé dans le fichier du système d'information Schengen (SIS) dont on a dit au point 4 qu'il ne constituait pas une décision faisant grief. Par suite, un tel moyen sera écarté comme inopérant.
24. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté préfectoral du 19 janvier 2022 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent également être rejetées les conclusions à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles tendant au bénéfice de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. F est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C F et à la préfète du Val-de-Marne.
Lu en audience publique le 30 janvier 2023.
Le magistrat désigné,
Signé : C. HLa greffière,
Signé : S. Aït Moussa
La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
S. Aït Moussa
N°2200645
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026