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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2200700

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2200700

jeudi 30 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2200700
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantFAUVEAU IVANOVIC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 janvier 2022, M. A B, représenté par Me Faveau Ivanovic, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 septembre 2021 par lequel le préfet de Seine-et-Marne lui a opposé un refus au dépôt de sa demande de délivrance d'un titre de séjour au titre de son état de santé ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne d'enregistrer sa demande de délivrance de titre de séjour, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, en application de l'article L. 911-3 du code de justice administrative ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de réexaminer sa situation, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, en application des dispositions de l'article L. 911-2 du code précité ;

4°) de mettre à la charge du préfet de Seine-et-Marne le versement à son conseil, Me Faveau Ivanovic, de la somme de 1 800 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. B soutient que la décision attaquée :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale en l'absence d'examen particulier de sa situation par le préfet et d'irrégularité de la procédure ;

- méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Les éléments de la procédure ont été communiqués au préfet de Seine-et-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Potin, conseillère, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant malien né le 14 août 1989 à Bamako (Mali), est entré sur le territoire national au cours de l'année 2020 selon ses déclaration. Il a déposé une demande d'asile le 24 septembre 2020. A la suite de la procédure de détermination de l'Etat membre responsable de la demande d'asile de l'intéressé, le préfet de Seine-et-Marne a prononcé le transfert de l'intéressé aux autorités espagnoles. Cet arrêté a été confirmé par un jugement du tribunal administratif de Melun n° 2010779 du 20 janvier 2021. En l'absence d'exécution de l'arrêté de transfert, M. B été mis en possession d'une attestation de demande d'asile en procédure normale le 5 août 2021. Il a également sollicité le 8 septembre 2020 la délivrance d'un titre de séjour, sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un courriel adressé à M. B, le 10 septembre 2021, sur la plateforme en ligne " démarches simplifiées " du préfet de Seine-et-Marne, le bureau de l'accueil et du séjour de cette préfecture lui a notifié une décision de refus d'enregistrer sa demande de titre de séjour, dont il demande l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () " et en vertu de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. En l'espèce, la décision rejetant une demande de titre de séjour constitue une mesure de police au sens des dispositions citées au point 2 et doit, par suite, être motivée. Il ressort du message du 10 septembre 2021 que le dossier de M. B a été " refusé " au motif que l'intéressé n'a pas justifié " d'un an de présence sur le territoire français ". A supposer qu'en dépit de son caractère très général, ce motif de fait puisse être regardé comme permettant à M. B de contester utilement cette décision, celle-ci ne comporte aucun motif de droit en constituant le fondement. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que cette décision est insuffisamment motivée.

4. Il suit de là que la décision en litige doit, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. Aux termes des dispositions de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".

6. Eu égard au motif d'annulation retenu, ainsi qu'à l'objet même de la décision contestée, constituant un refus d'enregistrement de la demande de titre de séjour du requérant, le présent jugement n'implique pas qu'il soit enjoint au préfet de Seine-et-Marne, ou à tout préfet territorialement compétent, la délivrance d'un titre, mais seulement de réexaminer sa situation, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

8. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et, sous réserve que l'avocat de M. B renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros à verser à Me Fauveau Ivanovic.

D E C I D E :

Article 1 : La décision du préfet de Seine-et-Marne du 10 septembre 2021 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Seine-et-Marne, ou à tout préfet territorialement compétent, de procéder au réexamen de la situation de M. B dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera la somme de 800 euros à Me Faveau Ivanovic, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du

10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Faveau Ivanovic renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gracia, président,

M. Israël, premier conseiller,

Mme Potin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023.

La rapporteure,

M. Potin

Le président,

J-Ch. GraciaLa greffière,

C. Mahieu

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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