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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2200802

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2200802

lundi 30 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2200802
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBALGUY-GALLOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance datée du 25 janvier 2022, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au greffe du tribunal administratif de Melun le dossier de la requête, enregistrée le 4 janvier 2022, par laquelle M. D A, se faisant domicilier par Pada Coallia au 2 avenue Jean Jaurès à Melun (77000), représenté par Me Balguy-Gallois, demande au tribunal :

1°) d'être assisté d'un interprète en langue pachtoun ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 7 décembre 2021 par lequel le préfet de police de Paris :

- l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

- a fixé le pays de destination ;

3°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de l'arrêté jusqu'à la date de décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) ;

4°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le reversement à son conseil de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

M. A soutient que :

En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté litigieux :

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'insuffisance de motivation en violation des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle viole son droit d'être entendu avant l'adoption de l'arrêté litigieux garanti par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et les articles l. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'un défaut de prise en compte de sa situation personnelle, en particulier des risques qu'il encourt en cas de retour forcé dans son pays ;

- elle viole son droit à un recours effectif garanti par les articles 46.1 et 46.3 de la directive n° 2013/32/UE du 26 juin 2013 et par les articles L. 733-1 et L. 733-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'il a introduit le 30 décembre 2021 une demande de réexamen de sa demande d'asile ;

- elle viole l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales compte tenu des éléments nouveaux qui motivent sa demande de réexamen ;

- elle viole le principe de non-refoulement garanti aux articles L. 743-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi qu'à l'article 33 de la convention de Genève relative au statut des réfugiés ;

- elle est contraire à l'article 5 de la directive n° 2008/115/CE du 16 décembre 2008 et à l'article 9 de la directive n° 2013/32/UE du 26 juin 2013 ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle viole le principe de non-refoulement et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation des faits pertinents qui motivent sa demande de réexamen ;

- elle viole l'article 1er de la convention de Genève et l'article L. 712-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la demande de suspension de la mesure d'éloignement :

- il a présenté dans sa demande de réexamen des éléments nouveaux et sérieux de nature à justifier son maintien sur le territoire français en application des articles L. 541-2, L. 541-3, L. 542-2 et L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- afin de préserver ses droits fondamentaux, il est bien fondé, en application de l'article L. 752-5 de ce code, à demander la suspension de la mesure d'éloignement jusqu'à la décision de l'OFPRA.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 février 2022, le préfet de police de Paris, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu :

- l'arrêté litigieux du préfet de police de Paris en date du 7 décembre 2021 ;

- la pièce, enregistrée le 12 janvier 2023, présentée par le préfet de police de Paris ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 portant application de cette loi ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. E pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions de l'article R. 776-10 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique tenue le 16 janvier 2023 en présence de Mme Aït Moussa, greffière d'audience, M. Freydefont, magistrat désigné, qui a présenté son rapport.

Ni M. A, requérant, ni le préfet de police de Paris, défendeur, ne sont présents ou représentés.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 10 heures 40.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () " ; aux termes de l'article L. 614-1 du même code : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. " ; aux termes de l'article L. 614-5 dudit code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 1°, 2° ou 4° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quinze jours suivant la notification de la décision. "

2. D'autre part, aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. " ; aux termes de l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : / () b) une décision d'irrecevabilité en application du 3° de l'article L. 531-32, en dehors du cas prévu au b du 2° du présent article () / d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 () " aux termes de l'article L. 752-5 de ce code : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. "

3. Par un arrêté en date du 7 décembre 2021 notifié le 21 décembre, le préfet de police de Paris a, sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, obligé M. D A, ressortissant afghan né le 10 juin 1996, à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à compter de la notification de l'arrêté et a fixé le pays de destination. Par la requête susvisée, enregistrée le 4 janvier 2022, M. A demande, d'une part, sur le fondement de l'article 614-1 précité, l'annulation des décisions contenues dans cet arrêté préfectoral et, d'autre part, sur le fondement des articles L. 752-5 et suivants du même code, la suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

4. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 62 du décret n°91-1266 du 19 décembre 1991 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire est demandée sans forme au président du bureau ou de la section ou au président de la juridiction saisie () / L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué. ". M. A ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 20 avril 2022, ses conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet ; il n'y a donc plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin de suspension présentes sur le fondement des articles L. 752-5 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile:

5. Il ressort des pièces du dossier que, suite au rejet de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) par décisions successives des 24 novembre 2020 et 16 septembre 2021, notifiées respectivement les 15 décembre 2020 et 21 septembre 2021, M. A a introduit le 30 décembre 2021 une demande de réexamen de sa demande d'asile.

6. Il résulte de l'instruction, et notamment de la pièce communiquée par le préfet de police le 12 janvier 2023 et communiquée au requérant qui n'y a pas répondu, que ce recours a été rejeté par ordonnance d'irrecevabilité de l'OFPRA du 18 janvier 2022 notifiée le 28 janvier suivant, et que ce rejet a été lui-même confirmé par la CNDA par décision du 24 août 2022 notifiée le 23 septembre suivant. Par suite, à la date de la présente décision, les conclusions à fin de suspension contenues dans la requête de M. A sont devenues sans objet ; il n'y a donc dès lors plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Or, l'arrêté attaqué du 7 décembre 2021 portant obligation de quitter le territoire français et décision fixant le pays de renvoi a été signé par Mme C B, adjointe au chef du 12ème bureau du service de l'administration des étrangers de la préfecture de police de Paris, qui disposait d'une délégation de signature à cet effet consentie par un arrêté en date du 27 septembre 2021 du préfet de police, publié le 1er octobre 2021 au bulletin officiel de la Ville de Paris. Dès lors, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été signé par une autorité incompétente manque en fait.

8. En deuxième lieu, aux termes L. 613-1 de code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. " Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci comporte les considérations de droit et de fait de l'obligation faite à M. A de quitter le territoire français puisqu'il vise l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et le 4° de l'article L. 611-1 précité et mentionne que le requérant a vu sa demande d'asile être rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) par décision du 24 novembre 2020 notifiée le 15 décembre suivant et que ce rejet a été confirmé par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) par décision du 16 septembre 2021. L'arrêté indique également que, dans les circonstances de l'espèce, il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale et que la décision qui lui est opposée ne contrevient pas aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il résulte de ce qui précède que, nonobstant l'emploi de quelques formules type, l'obligation de quitter le territoire français est suffisamment motivée en droit comme en fait conformément à l'obligation prévue à l'article L. 613-1 précité.

9. En troisième lieu, si M. A soulève la violation de l'article L. 743-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, devenu dans sa nomenclature en vigueur depuis le 1er mai 2021, l'article L. 542-2 cité au point 2 et relatif aux conditions de fin du droit au maintien sur le territoire français d'un demandeur d'asile, il ressort de ce qui a été développé au point 5 que ce droit au maintien a pris fin, en application des dispositions précitées, à la lecture de la décision de la CNDA du 16 septembre 2021, soit le même jour. Au surplus, si le requérant se prévaut de sa demande de réexamen du 30 décembre 2021, il a pu, sur le fondement de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile cité au point 2, présenter une demande de suspension de l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. Par suite, ce moyen sera écarté comme infondé. Il en est de même du moyen tiré de la violation de l'article 33 de la convention de Genève relative au statut des réfugiés, ainsi que du moyen tiré de la violation de l'article 9 de la directive n° 2013/32/UE du 26 juin 2013 relatif au droit du demandeur d'asile de rester dans l'Etat membre pendant l'examen de sa demande.

10. En quatrième lieu, M. A ne saurait utilement soulever la violation de son droit à un recours effectif garanti par les articles 46.1 et 46.3 de la directive n° 2013/32/UE du 26 juin 2013 et par les articles L. 733-1 et L. 733-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, devenus les articles L. 532-2 et suivants du code dans sa nomenclature en vigueur depuis le 1er mai 2021, en ce qu'il a introduit le 30 décembre 2021 une demande de réexamen de sa demande d'asile, puisqu'en application des dispositions de l'article L. 752-5 du code de l'entrée e du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point 2, il a pu présenter une demande de suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet. Ce moyen sera donc écarté comme inopérant.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. " M. A ne peut utilement se prévaloir, s'agissant de l'obligation de quitter le territoire français, de la violation de ces stipulations puisque cette mesure d'éloignement ne fixe pas en elle-même le pays de destination. Ce moyen sera donc écarté comme inopérant.

12. Pour les mêmes raisons, doit également être écarté comme inopérant le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français serait entachée d'un défaut de prise en compte de sa situation personnelle, en particulier des risques qu'il encourt en cas de retour forcé dans son pays.

13. En sixième lieu, aux termes de l'article aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : () 3° Aux décisions pour lesquelles des dispositions législatives ont instauré une procédure contradictoire particulière () ". Enfin, aux termes de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne aux termes duquel : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () "

14. D'une part, il ressort des dispositions du titre chapitre III du titre I du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des obligations de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté comme inopérant.

15. D'autre part, M. A soulève la méconnaissance de son droit d'être entendu consacré à Or, d'une part, il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux États membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de sa méconnaissance par une autorité d'un État membre est inopérant.

16, En tout état de cause, si le droit d'être entendu en tant qu'il fait partie intégrante du respect des droits de la défense, lequel constitue un principe général du droit de l'Union européenne, se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts, un tel droit ne saurait toutefois être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente serait tenue, dans tous les cas, d'entendre de façon spécifique l'intéressé. Notamment, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision. Or, il ne ressort pas des pièces du dossier, pas plus que de la situation personnelle, familiale et professionnelle de M. A, qu'à supposer que celui-ci ait détenu des informations relatives à sa situation personnelle, de telles informations, si elles avaient pu être communiquées à l'autorité préfectorale avant que ne soit pris l'arrêté litigieux, auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction des décisions qu'il contient. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté comme infondé ainsi que comme manquant en fait.

17. En septième lieu, si M. A soulève la violation de l'article 5 de la directive n° 2008/115/CE du 16 décembre 2008 dite " directive retour ", celle-ci a été transposée par la loi n°2011-672 du 16 juin 2011 ; par suite, M. A ne peut utilement se prévaloir des dispositions de cette directive. Il s'ensuit que ce moyen sera écarté comme inopérant.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

18. En premier lieu, il résulte de la légalité de l'obligation de quitter le territoire français que M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet.

19. En deuxième lieu, M. A soulève la violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales relatives à l'interdiction de la torture et citées au point 11 ; toutefois, il ne démontre pas de manière probante qu'il serait directement et personnellement exposé à des risques de traitements inhumains et dégradants en cas de retour forcé dans son pays d'origine, soit du fait des autorités de cet Etat, soit même du fait de personnes ou de groupes de personnes ne relevant pas des autorités publiques, dès lors que, dans ce dernier cas, les autorités de l'Etat de destination ne sont pas en mesure de parer à un tel risque par une protection appropriée ; de plus, il convient de garder à l'esprit que la demande d'asile de M. A a été rejetée par l'OFPRA puis par la CNDA en novembre 2020 et septembre 2021 et que sa demande de réexamen a subi le même sort en janvier et août 2022 ; or, l'intéressée ne fait état d'aucun élément nouveau sur lequel ces instances ne se seraient pas déjà prononcées. Le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales relatives sera donc écarté comme infondé. Il en est de même du moyen tiré de la violation de l'article 1er de la convention de Genève et de l'article L. 712-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile devenu l'article L. 512-1 du même code dans sa nomenclature en vigueur depuis le 1er mai 2021.

20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté préfectoral du 7 décembre 2021 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, il convient également de rejeter les conclusions tendant au bénéfice des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire, pas plus que sur les conclusions à fin de suspension présentées sur le fondement des articles L. 752-5 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet de police de Paris.

Lu en audience publique le 30 janvier 2023.

Le magistrat désigné,

Signé : C. ELa greffière,

Signé : S. Aït Moussa

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

S. Aït Moussa

N°2200802

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