lundi 13 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2200948 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | MOULA |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance datée du 27 janvier 2022, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au greffe du tribunal administratif de Melun le dossier de la requête, enregistrée le 10 janvier 2022 par laquelle M. E A, demeurant 3 rue Pauline à Fontenay-sous-Bois (94120), demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 9 janvier 2022 par lequel le préfet de police de Paris :
- l'a obligé à quitter le territoire français ;
- lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire ;
- a fixé le pays de destination ;
- l'a interdit de circuler sur le territoire français pour une durée de 36 mois ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :
- elles sont entachées d'insuffisance de motivation ;
- elles sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
En ce qui concerne spécifiquement l'obligation de quitter le territoire français :
- elle viole les articles L. 233-1 et L. 251-1 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile puisqu'il dispose de ressources suffisantes ;
- elle viole le 2° de l'article L. 251-1 du même code et l'article 27 de la directive 2004/38/CE du 29 avril 2004 puisqu'il a été interpellé pour des faits n'ayant donné lieu à aucune poursuite pénale, faits qu'il conteste par ailleurs ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation compte tenu de sa situation ;
En ce qui concerne spécifiquement le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- il viole l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que le délai de départ volontaire doit rester le principe ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne spécifiquement l'interdiction de circuler sur le territoire français :
- elle viole le droit à la libre circulation garanti par la directive 2004/38/CE du 29 avril 2004, ainsi que les articles L. 232-1, L. 251-1 et L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 février 2022, le préfet de police de Paris conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu :
- l'arrêté litigieux du préfet de police de Paris en date du 9 janvier 2022 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 relative au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. D pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions de l'article R. 776-10 et suivants du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique tenue le 1er février 2023 en présence de Mme Darnal, greffière d'audience :
- M. Freydefont, magistrat désigné, qui a présenté son rapport ;
- les observations de Me Boujnah, représentant M. A, requérant absent, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens en soutenant, de plus, que l'obligation de quitter le territoire français est caduque puisqu'elle date de plus d'un an ; de plus, elle est entachée d'un défaut de motivation ; en outre, il n'a pas été définitivement condamné pour les faits que lui reproche le préfet qui ne peut donc affirmer que son comportement constitue une menace pour l'ordre public sans méconnaître le principe de la séparation des pouvoirs ; son casier judiciaire étant vierge, l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur d'appréciation quant à la menace réelle, actuelle et grave qu'il constituerait pour l'ordre public ; toute sa famille réside en France, à savoir ses frères, ses sœurs, sa mère, qui a déposé une demande de naturalisation, et sa grand-mère ; par suite, l'arrêté viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il viole également l'article 3 de la même convention.
Le préfet de police de Paris, défendeur, n'est ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 10 heures 40.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : () / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société () " ; aux termes de l'article L. 251-7 du même code : " Les décisions portant obligation de quitter le territoire français et les interdictions de circulation sur le territoire français prises en application du présent chapitre peuvent être contestées devant le tribunal administratif dans les conditions prévues au chapitre IV du titre I du livre VI. L'article L. 614-5 n'est toutefois pas applicable. " ; aux termes de l'article L. 614-1 dudit code : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. " ; aux termes de l'article L. 614-6 dudit code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure. "
2. Par un arrêté en date du 9 janvier 2022 notifié le même jour à 20 heures 07, le préfet de police de Paris a, sur le fondement du 2° de l'article L. 251-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, obligé M. E A, ressortissant italien né le 23 décembre 1987, à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et l'a interdit de circulation sur le territoire français pour une durée de 36 mois. Par la requête susvisée, enregistrée le 10 janvier 2022 à 16 heures 12, M. A demande l'annulation des décisions contenues dans cet arrêté préfectoral.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :
3. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Or, l'arrêté contesté a été signé par M. C B, attaché d'administration de l'Etat, qui bénéficiait d'une délégation de signature en vertu d'un arrêté n° 2020-00508 du 16 juin 2020, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, à l'effet de signer, notamment, les obligations de quitter le territoire français avec ou sans délai de départ volontaire, les décisions fixant le pays de destination ainsi que les décisions d'interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté.
4. En deuxième lieu, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci comporte les considérations de droit et de fait de l'obligation faite à M. A de quitter le territoire français puisqu'il vise l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et le 2° de l'article L. 251-1 précité et mentionne que le comportement personnel du requérant a été signalé le 8 janvier 2022 pour violences volontaires entraînant une ITT supérieure à 8 jours en état d'ivresse en raison de l'orientation sexuelle et menaces de mort en raison de l'orientation sexuelle, faits qui constituent une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à un intérêt fondamental de la société française. L'arrêté indique également que l'intéressé ne peut justifier de ressources suffisantes et se trouve en situation de complète dépendance vis-à-vis du système d'assistance sociale français. L'arrêté précise enfin que le requérant se déclare célibataire sans enfant à charge. Par suite, le préfet en déduit que la décision opposée au requérant ne contrevient pas aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales puisqu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à sa situation personnelle et familiale. Il résulte de ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire français est suffisamment motivée en droit comme en fait conformément à l'obligation prévue à l'article L. 613-1 précité.
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. / L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel. " En plus de ce qui a été développé au point précédent, l'arrêté vise également l'article L. 251-3 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que M. A a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de territoire français et ne présente pas de garanties de représentation suffisantes dans la mesure où il ne peut présenter de document d'identité ou de voyage en cours de validité et qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente. Par suite, la décision de refus de délai de départ volontaire est suffisamment motivée en droit comme en fait.
6. De plus, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci comporte les considérations de droit et de fait de la décision fixant le pays de destination puisqu'il vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales précise la nationalité de M. A, en l'espèce italienne, et indique que le requérant n'établit pas être soumis à des peines ou traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays. Ces considérations suffisent à établir une décision fixant le pays de destination motivée en droit comme en fait.
7. Enfin, aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. " Il résulte des dispositions précitées que, si une décision d'interdiction de circulation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des éléments relatifs à cette situation, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque élément.
8. Il résulte des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci comporte les considérations de droit et de fait fondement de l'interdiction faite à M. A de circuler sur le territoire français pour une durée de 36 mois puisqu'il vise l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 251-4 du code, précise sa situation personnelle et familiale telle que décrite au point 4 et rappelle qu'il a été interpellé pour les faits mentionnés au point 4. Si le requérant fait plus particulièrement valoir que le préfet n'a pas motivé son interdiction de circulation au regard de l'ensemble des éléments propres à sa situation, en n'indiquant pas sa date d'entrée en France ou s'il s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement, cette prise en compte n'est pas obligatoire ainsi qu'il a été dit au point précédent. Par suite, l'interdiction de retour sur le territoire français est suffisamment motivée conformément aux dispositions de l'article L. 613-2.
9. En troisième lieu, il résulte de ce qui précède sur la motivation de l'arrêté litigieux ainsi que de la situation personnelle et familiale de M. A que le préfet a suffisamment examiné cette situation avant de prendre l'arrêté contesté.
En ce qui concerne les moyens spécifiques à l'obligation de quitter le territoire français :
10. En premier lieu, le conseil de M. A soutient, lors de l'audience publique du 1er février 2023, que l'obligation de quitter le territoire français, qui date de plus d'un an, est désormais caduque. Toutefois, d'une part, le conseil de M. A ne précise pas le fondement légal ou réglementaire d'un tel moyen. D'autre part, s'il résulte des articles L. 731-1 et suivants et L. 741-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur nomenclature en vigueur depuis le 1er mai 2021, que le préfet ne pouvait plus assigner à résidence le requérant ou le placer dans un centre de rétention pour l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français prononcée le 9 janvier 2022, soit il y a plus d'un an, il ne résulte toutefois ni de ces textes, ni d'aucun autre, que cette obligation de quitter le territoire français est caduque. En tout état de cause, un tel moyen, qui se rapporte aux conditions d'exécution de la mesure d'éloignement, est donc sans incidence sur sa légalité ; par suite, il doit être écarté comme inopérant.
11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; / 3° Ils sont inscrits dans un établissement fonctionnant conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur pour y suivre à titre principal des études ou, dans ce cadre, une formation professionnelle, et garantissent disposer d'une assurance maladie ainsi que de ressources suffisantes pour eux et pour leurs conjoints ou descendants directs à charge qui les accompagnent ou les rejoignent, afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale ; / 4° Ils sont membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ; / 5° Ils sont le conjoint ou le descendant direct à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées au 3°. " ; aux termes de l'article L. 251-1 du même code : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 () " M. A soulève la violation de ces dispositions en faisant valoir qu'il dispose de ressources suffisantes ; toutefois, il n'en justifie pas par les pièces qu'il joint à sa requête ; au surplus, il ressort de ses déclarations relevées sur procès-verbaux du 8 janvier 2022 de 15 heures 40 et 17 heures 24 que s'il est préparateur en commandes, il n'a aucune ressource. Par suite, ce moyen sera écarté comme infondé.
12. En troisième lieu, aux termes de l'article 27 de la directive 2004/38/CE du 29 avril 2004 : " 2. Les mesures d'ordre public ou de sécurité publique doivent respecter le principe de proportionnalité et être fondées exclusivement sur le comportement personnel de l'individu concerné. L'existence de condamnations pénales antérieures ne peut à elle seule motiver de telles mesures. Le comportement de la personne concernée doit représenter une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société. Des justifications non directement liées au cas individuel concerné ou tenant à des raisons de prévention générale ne peuvent être retenues. " M. A soulève la violation de ces dispositions, ainsi que celles du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile cité au point 1 en faisant valoir qu'il a été interpellé pour des faits n'ayant donné lieu à aucune poursuite pénale, faits qu'il conteste par ailleurs. Toutefois, il ressort du procès-verbal d'interpellation du 8 janvier 2022 à 6 heures 35 que les policiers ont été requis par une personne transgenre victime d'agression et de menaces de la part de M. A qui a déclaré : " C'est pas une meuf, c'est un sale trans, un travelo de merde " et a ajouté : " Nous les musulmans, on aime pas ça, on va te décapiter, je vais te décapiter " avant de lui porter deux coups de poing à l'épaule gauche. Si l'intéressé fait valoir que ces faits n'ont pas donné lieu à poursuites pénales, il n'en demeure pas moins qu'ils sont caractérisés et extrêmement graves, qu'ils ont d'ailleurs donné à un dépôt de plainte de la victime et constituent bien une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société, en l'espèce le bien vivre ensemble et le respect des autres, quelle que soit leur orientation sexuelle ou leur religion. Par suite, le moyen susanalysé sera écarté comme infondé.
13. Pour les mêmes raisons, M. A n'est pas fondé à soutenir que son casier judiciaire étant vierge, l'obligation de quitter le territoire français serait entachée d'erreur d'appréciation quant à la menace réelle, actuelle et suffisamment grave qu'il constituerait, du point de vue de l'ordre public, à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société.
14. Enfin, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile combinées avec celles de l'article 27 de la directive 2004/38/CE du 29 avril 2004 que l'autorité administrative peut, sans méconnaître le principe de la séparation des pouvoirs, apprécier si le comportement d'un individu représente une menace réelle, actuelle et suffisamment grave, du point de vue de l'ordre public, à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; par suite, eu égard à la nature des faits reprochés à M. A reproduits au point 12, et quand bien même l'intéressé n'a pas fait l'objet d'une condamnation pénale définitive pour ces faits, le préfet de police pouvait estimer que le requérant représente une menace réelle, actuelle et suffisamment grave, du point de vue de l'ordre public, à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société.
15. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales relatif au droit au respect de la vie privée et familiale : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () " M. A soulève la violation de ces stipulations ; toutefois, il n'est pas contesté que M. A est célibataire sans enfant à charge, qu'il ne travaille pas et qu'il s'est manifesté de manière violente e menaçante envers une personne transgenre le 8 janvier 2022. S'il se prévaut de la présence en France des membres de sa famille, à savoir ses frères, ses sœurs, sa mère, qui a déposé une demande de naturalisation, et sa grand-mère, cette circonstance, à la supposer établie, n'est pas de nature à démontrer que le requérant, âgé de 34 ans à la date de l'arrêté contesté, et qui n'a donc plus vocation à vivre avec ses frères, ses sœurs, sa mère et sa grand-mère, a établi en France le centre de ses intérêts personnels et familiaux. Il résulte de ce qui précède que le préfet n'a porté aucune atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale et que, par suite, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté comme infondé.
16. Pour les mêmes raisons M. A n'est pas davantage fondé à soutenir que l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.
En ce qui concerne les moyens spécifiques au refus de délai de départ volontaire :
17. En premier lieu, s'il résulte des termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile cité au point 5 que le délai de départ volontaire doit rester le principe et qu'il ne peut être refusé qu'en cas d'urgence, il ressort de ce qui a été développé au point 11 sur les faits graves commis par M. A que l'urgence à l'éloigner du territoire français est avérée. Par suite, ce moyen sera écarté comme infondé.
18. En second lieu, le moyen tiré de ce que le refus de délai de part volontaire serait entaché d'erreur manifeste d'appréciation sera écarté pour les mêmes motifs que ceux développés au point 11.
En ce qui concerne le moyen spécifique à la décision fixant le pays de destination :
19. Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. " ; aux termes de cet article 3 : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. " Le conseil de M. A soulève à l'audience la violation de ces dispositions et stipulations ; toutefois, il n'assortit ce moyen d'aucune précision permettant au magistrat désigné d'en apprécier le bien-fondé ; en effet, il ne démontre pas de manière probante qu'il serait directement et personnellement exposé à des risques de traitements inhumains et dégradants en cas de retour forcé dans le pays dont il a la nationalité, soit du fait des autorités de cet Etat, soit même du fait de personnes ou de groupes de personnes ne relevant pas des autorités publiques, dès lors que, dans ce dernier cas, les autorités de l'Etat de destination ne sont pas en mesure de parer à un tel risque par une protection appropriée. De plus, M. A est de nationalité italienne et l'Italie, Etat fondateur de l'Union européenne, est un Etat partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, il ne saurait être sérieusement soutenu qu'il existerait en cas de retour dans ce pays un risque de traitements inhumains et dégradants contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne le moyen spécifique à l'interdiction de circulation sur le territoire français :
20. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de la directive 2004/38/CE du 29 avril 2004 : " 1. Les citoyens de l'Union ont le droit de séjourner sur le territoire d'un autre État membre pour une période allant jusqu'à trois mois, sans autres conditions ou formalités que l'exigence d'être en possession d'une carte d'identité ou d'un passeport en cours de validité. " ; aux termes de l'article L. 232-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tant qu'ils ne deviennent pas une charge déraisonnable pour le système d'assistance sociale mentionné par la directive 2004/38 du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 relatif au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des Etats membres, les citoyens de l'Union européenne ainsi que les membres de leur famille, tels que définis aux articles L. 200-4 et L. 200-5 et accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne, ont le droit de séjourner en France pour une durée maximale de trois mois, sans autre condition ou formalité que celles prévues pour l'entrée sur le territoire français. "
21. A soutient que l'interdiction de circulations sur le territoire français viole le droit à la libre circulation garanti par l'article 6 de la directive 2004/38/CE du 29 avril 2004, ainsi que les articles L. 232-1, L. 251-1 et L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, compte tenu, d'une part, de la situation de M. A, qui ne dispose d'aucune ressource et constitue donc bien une charge déraisonnable pour le système social français, et d'autre part, de la gravité des faits qu'il a commis le 8 janvier 2022 en menaçant de mort par décapitation et en violentant une personne transgenre à raison de son orientation sexuelle, le préfet était bien fondé à assortir son obligation de quitter le territoire français d'une mesure d'interdiction de circulation de trois ans sans erreur d'appréciation ni sur le fondement de cette mesure, ni sur sa durée.
22. En dernier lieu, et pour les mêmes raisons, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction de circulation serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
23. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté préfectoral du 9 janvier 2022 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent également être rejetées les conclusions tendant au bénéfice de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A et au préfet de police de Paris.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2023.
Le magistrat désigné,
Signé : C. DLa greffière,
Signé : L. Darnal
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2200948
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026