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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2201024

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2201024

jeudi 20 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2201024
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantEL AMINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er février 2022, Mme C A, représentée par Me El Amine, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 octobre 2021 par lequel la préfète du Val-de-Marne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour pendant l'examen de sa situation à fin de délivrance de la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision de refus de séjour :

- la décision attaquée a été prise au terme d'une procédure irrégulière, en l'absence de justification de la régularité formelle des avis médicaux pris par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), notamment qu'ils ont été rédigés par les autorités médicales compétentes ;

- elle est entachée d'insuffisance de motivation et de défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 décembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A, ressortissante guinéenne, est entrée en France le

21 octobre 2018 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa Schengen de court séjour à entrées multiples, en qualité d'ascendant non à charge. Elle a sollicité le 31 juillet 2020 son admission au séjour dans le cadre des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 25 octobre 2021, la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer le titre sollicité, a obligé Mme A à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué a été pris après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) en date du 4 juin 2021, qui a été émis conformément à l'article R. 425-11 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et dont la requérante n'apporte aucun élément ni aucune précision de nature à remettre en cause la régularité. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision attaquée a été prise au terme d'une procédure irrégulière doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui vise l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et indique que la requérante peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivé. Par ailleurs, il ne ressort pas de la décision en cause, ni des autres pièces du dossier, que la préfète du Val-de-Marne n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de la requérante.

5. En troisième lieu, Mme A soutient avoir le canal lombaire rétréci, souffrir de douleur du membre inférieur gauche, d'une arthrose lombaire ainsi que d'une sciatique, et être suivie régulièrement au centre hospitalier universitaire du Kremlin-Bicêtre par un rhumatologue et un kinésithérapeute. Elle soutient que ses pathologies nécessitent des infiltrations régulières aux niveaux des lombaires et des genoux afin de soulager sa douleur, et qu'à cause de ces pathologies, elle est limitée fonctionnellement puisqu'elle ne peut marcher plus de cinq minutes. Elle indique avoir été hospitalisée durant quatre jours en France en février 2020. Il ressort toutefois des pièces du dossier, et notamment de l'avis du collège de médecins de l'OFII du

4 juin 2021, sur lequel s'est fondée l'autorité administrative pour refuser de délivrer un titre de séjour à Mme A, que la préfète a considéré qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle est originaire, Mme A peut bénéficier effectivement pour sa prise en charge d'un traitement approprié en Guinée. Les pièces médicales que Mme A verse au dossier, en particulier la confirmation de ses rendez-vous pour une consultation de rythmologie le 25 janvier 2022 ou un scanner cardiaque avec injection le

7 juin 2022, ainsi que les certificats médicaux adressés au médecin de l'OFII que la requérante a versés au dossier, ne sont pas de nature à remettre en cause l'appréciation portée par le collège de médecins du service médical de l'OFII quant à la possibilité pour elle de bénéficier d'un traitement approprié en Guinée. Par ailleurs, en se bornant à se référer à des documents généraux sur la situation sanitaire en Guinée, la requérante ne démontre pas que, comme elle le soutient, le suivi médical de ses pathologies ne puisse être effectué en Guinée. La circonstance que le collège des médecins de l'OFII avait préalablement estimé qu'elle ne pouvait bénéficier d'un traitement approprié en Guinée n'est pas suffisante, par elle-même, pour infirmer le sens de l'avis du 4 juin 2021. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision de refus de séjour méconnaitrait les dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Si Mme A soutient qu'elle est entrée sur le territoire français en 2018 à l'âge de 66 ans, que son mari est décédé en 1995 et que " trois de ses frères " habitent en France, il ressort toutefois des pièces du dossier que la requérante, qui n'indique pas où habitent le ou les autres membres de sa fratrie, ne conteste pas avoir vécu plusieurs années en Guinée à la suite du décès de son époux, et n'établit pas qu'elle serait dépourvue d'attaches en dehors de la France, alors notamment que son fils vit aux Etats-Unis. Dès lors, au vu de ces éléments et eu égard à la durée de présence de l'intéressée sur le territoire, la décision litigieuse ne peut être regardée comme ayant porté une atteinte disproportionnée au droit de Mme A au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention précitée. Mme A n'est pas non plus fondée à soutenir que la décision de refus de séjour attaquée serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision de refus de titre de séjour doit être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié./ () ".

9. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus concernant le refus de titre de séjour que le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

10. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus concernant le refus de titre de séjour que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit, pour les motifs précédemment exposés, être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et à la préfète du Val-de-Marne.

Délibéré après l'audience du 6 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Lalande, président,

M. Allègre, premier conseiller,

M. Pradalié, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 avril 2023.

Le rapporteur,

G. PRADALIE Le président,

D. LALANDE

La greffière,

C. KIFFER

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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