jeudi 23 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2201102 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | SELARM SMETH |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 28 janvier 2022, enregistrée le 31 janvier 2022 au greffe du tribunal administratif de Melun, la présidente du tribunal administratif de Versailles a, en vertu des dispositions de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, transmis au tribunal la requête de M. A B.
Par cette requête et un mémoire complémentaire, enregistrés au greffe du tribunal administratif de Versailles le 11 janvier 2022, et deux mémoires, enregistrés les 2 mars et
19 avril 2023, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, M. A B, représenté par Me Samba, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 novembre 2021 en tant que le préfet des Yvelines a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;
2°) d'enjoindre, à titre principal, à l'administration territorialement compétente (préfet de la Seine-et-Marne) de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale ", sous astreinte de cinquante euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ou, à défaut, de lui enjoindre de réexaminer sa situation, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de cinquante euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- le préfet des Yvelines était territorialement incompétent pour statuer sur sa demande de séjour ;
- elle est insuffisamment motivée ; le préfet des Yvelines se fonde exclusivement sur un avis de la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités alors qu'il n'est pas en situation de compétence liée ; les erreurs et omissions commises corroborent manifestement le défaut d'examen ;
- la décision contestée méconnaît les dispositions de l'article L. 421-1 du code de justice administrative ; il n'a jamais sollicité d'autorisation de travail pour un emploi d'agent de sécurité incendie ; le préfet des Yvelines s'est borné à faire un copier-coller de l'avis de la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités sans se prononcer sur sa situation au regard du titre de séjour sollicité alors qu'il n'est pas lié par cet avis ; le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation sur l'adéquation entre les études et le poste proposé, sur la rémunération proposée ainsi que sur sa situation professionnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il remplit les conditions de fond pour une admission exceptionnelle au séjour ; le préfet a commis une erreur de fait manifeste ainsi qu'une erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les articles R. 613-1, L. 421-1, L. 423-23 et
L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet était territorialement incompétent pour prendre la décision attaquée sur le fondement des articles R. 431-20 et R. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les articles L. 613-1, L. 421-1, L. 423-23 et
L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité entachant la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle n'indique pas le pays à destination duquel il pourra être reconduit.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 janvier 2023, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 21 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 21 avril 2023 à 12 heures.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement est susceptible d'être fondé sur les moyens relevés d'office tirés :
- d'une part, de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué du 9 novembre 2021 en tant qu'il fixe le pays à destination duquel M. B peut être reconduit d'office, cette décision n'existant pas ;
- d'autre part, de la méconnaissance du champ d'application de la loi. Les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont inapplicables pour la délivrance d'un titre portant la mention " salarié " à un ressortissant marocain, dont la situation est régie par les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987. Il y a lieu donc lieu de substituer à l'article L. 421-1 de ce code les stipulations de l'article 3 de cet accord franco-marocain.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code du travail ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Luneau,
- et les conclusions de Mme Van Daële.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant marocain né en 1991 à Imider (Maroc), a sollicité, le 6 octobre 2020, le renouvellement de son admission au séjour en qualité de salarié sur le fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 9 novembre 2021, le préfet des Yvelines a rejeté sa demande de titre, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a abrogé son récépissé de demande de carte de séjour. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté en tant qu'il porte refus de titre de séjour, lui fait obligation de quitter le territoire français et fixe le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
Sur la recevabilité des conclusions aux fins d'annulation de la décision fixant le pays de destination :
2. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué du 9 novembre 2021 ne comporte aucune décision fixant le pays à destination duquel M. B pourra être reconduit d'office. Dans ces conditions, les conclusions tendant à l'annulation de cette décision inexistante sont irrecevables et doivent être rejetées.
Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve de l'exception prévue à l'article R. 426-3, le titre de séjour est délivré par le préfet du département dans lequel l'étranger a sa résidence et, à Paris, par le préfet de police. / () ".
4. M. B, qui fait valoir qu'il ne réside pas dans le département des Yvelines et soutient que le préfet des Yvelines n'était pas compétent territorialement pour statuer sur sa demande de titre de séjour, doit être regardé comme invoquant la méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers. Si le requérant produit la copie de plusieurs documents (contrat de location d'un appartement situé à Moissy-Cramayel, dans le département de Seine-et-Marne, signé le 29 septembre 2020, quittances de loyer du mois d'octobre 2020 au mois de décembre 2021, factures de téléphonie mobile pour les mois de février à mai 2021, de juillet à septembre 2021 et de novembre 2021 à janvier 2022, avis d'impôt sur le revenu 2020, correspondance de l'Assurance maladie, attestation d'immatriculation au consulat général du Maroc à Orly du 22 juillet 2021, passeport valable du 22 juillet 2021 au 22 juillet 2026) portant mention de sa nouvelle adresse en Seine-et-Marne, il ne démontre pas avoir effectivement informé les services de la préfecture des Yvelines de son changement d'adresse. La circonstance que le ministre de l'intérieur ait, par une décision du 20 juillet 2021, rejeté le recours hiérarchique présenté par M. B et fait mention de sa nouvelle adresse n'est pas davantage suffisante pour établir qu'il aurait préalablement porté à la connaissance des services de la préfecture son adresse en Seine-et-Marne alors que le ministre de l'intérieur a noté une incohérence entre l'adresse communiquée aux services de la préfecture des Yvelines et celle indiquée sur le recours hiérarchique et lui a rappelé l'obligation pesant sur lui en application de l'article R. 321-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, M. B devait, en l'état des informations qu'il avait transmises, être regardé, à la date à laquelle le préfet des Yvelines s'est prononcé sur sa demande de titre de séjour, comme ayant sa résidence à Chatou. Le préfet des Yvelines était donc compétent pour rejeter la demande de M. B.
5. En deuxième lieu, d'une part, M. B a, à l'appui des conclusions d'annulation qu'il a dirigées contre la seule décision portant refus de titre de séjour, invoqué, sous l'intitulé
" A - Sur l'illégalité externe ", le moyen tiré de " 2. Sur l'insuffisance de motivation " sans l'assortir d'un 3. Si M. B indique que, d'une part, " le préfet doit démontrer avoir effectivement pris connaissance du dossier, l'avoir étudié, et pris en compte [sa] situation personnelle " et, d'autre part, les " erreurs et omissions corroborent manifestement le défaut d'examen ", il n'a pas " indexé " le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation dans le plan de son argumentation. Dans ces conditions, M. B doit être regardé comme ayant seulement invoqué le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée.
6. D'autre part, la décision attaquée portant refus de séjour, qui fait mention des considérations de droit qui en constituent le fondement, précise les principaux éléments de la situation administrative, personnelle et familiale de M. B. D'une part, et en tout état de cause, le préfet des Yvelines n'était pas tenu de mentionner tous les éléments caractérisant la situation de l'intéressé en France. D'autre part, la circonstance alléguée que le préfet des Yvelines aurait entaché sa décision d'erreurs et d'omissions est sans incidence sur la motivation de la décision en litige. Par suite, la décision attaquée comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et satisfait ainsi aux exigences de motivation résultant des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de l'accord franco-marocain du
9 octobre 1987 : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " éventuellement assortie de restrictions géographiques ou professionnelles. / () ". Aux termes de l'article 9 du même accord : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux États sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord. / () ". Aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. / () ".
8. Aux termes de l'article R. 5221-1 du code du travail : " I.- Pour exercer une activité professionnelle salariée en France, les personnes suivantes doivent détenir une autorisation de travail lorsqu'elles sont employées conformément aux dispositions du présent code : / 1° Etranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse ; / () ". Aux termes de l'article R. 5221-2 du même code : " Sont dispensés de l'autorisation de travail prévue à l'article R. 5221-1 : / () ; / 13° Le titulaire de la carte de séjour temporaire " recherche d'emploi ou création d'entreprise " délivrée en application des articles L. 422-10 et L. 422-14 du même code ou le visa de long séjour valant titre de séjour portant la même mention, mentionné au 14° de l'article R. 431-16 du même code ; / () ". Aux termes de l'article R. 5221-15 de ce code : " La demande d'autorisation de travail mentionnée au I de l'article R. 5221-1 est adressée au moyen d'un téléservice au préfet du département dans lequel l'établissement employeur a son siège ou le particulier employeur sa résidence ". Aux termes de l'article R. 5221-17 de ce code : " La décision relative à la demande d'autorisation de travail mentionnée au I de l'article R. 5221-1 est prise par le préfet. Elle est notifiée à l'employeur ou au mandataire qui a présenté la demande, ainsi qu'à l'étranger ".
9. D'une part, il ressort des pièces du dossier que pour refuser de délivrer à M. B un titre de séjour, le préfet des Yvelines s'est fondé sur les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cependant, cet article n'est pas applicable au litige dès lors que la situation des ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France est régie par les stipulations précitées de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987.
10. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.
11. Il y a donc lieu de substituer aux dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, dès lors que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver M. B d'aucune garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre des disposition et stipulation en cause.
12. D'autre part, l'accord franco-marocain renvoie, sur tous les points qu'il ne traite pas, à la législation nationale, en particulier aux dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du code du travail pour autant qu'elles ne sont pas incompatibles avec les stipulations de l'accord et nécessaires à sa mise en œuvre. Il en va notamment ainsi, pour le titre de séjour " salarié " mentionné à l'article 3 de l'accord précité, délivré sur présentation d'un contrat de travail " visé par les autorités compétentes ", des dispositions des articles
R. 5221-17 et suivants du code du travail, qui précisent les modalités selon lesquelles et les éléments d'appréciation en vertu desquels le préfet se prononce, au vu notamment du contrat de travail, pour accorder ou refuser une autorisation de travail.
13. Pour refuser de délivrer à M. B le titre de séjour sous la qualité désormais revendiquée de salarié, le préfet des Yvelines a relevé que la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE) avait, le
5 février 2021, refusé la délivrance d'une autorisation de travail, que son employeur n'établissait pas avoir déposé une offre d'emploi pour recruter un candidat sur le marché local et que, par ailleurs, il n'apportait aucun justificatif d'un éventuel recours dirigé contre le refus de la DIRECCTE. Il ressort des pièces du dossier et, notamment, des termes de la décision attaquée que ce n'est que le 6 octobre 2020, et ce n'est pas contesté, que M. B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié soit postérieurement à l'expiration du titre de séjour dont il était titulaire. Dans ces conditions, le préfet des Yvelines doit être regardé comme ayant examiné la situation de M. B en qualité de primo demandeur. Or, et contrairement à ce que semble soutenir le requérant, dans la mesure où il ne disposait pas d'une autorisation de travail, le préfet des Yvelines pouvait légalement refuser de lui délivrer le titre de séjour demandé en qualité de salarié. Les circonstances, à les supposer établies, que le préfet des Yvelines aurait commis des erreurs de fait, de droit et une erreur manifeste d'appréciation sont sans incidence dès lors que le préfet des Yvelines aurait pris la même décision.
14. En quatrième et dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". L'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article L. 435-1 du ce code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". Conformément aux stipulations précitées au point 7. de l'article 9 de l'accord franco-marocain, les dispositions de l'article L. 435-1 sont applicables aux ressortissants marocains en tant qu'elles prévoient l'admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale du demandeur.
15. M. B soutient, après avoir cité l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'il vit régulièrement en France, où il a suivi ses études supérieures et où il dispose d'attaches privées et familiales, depuis près de cinq ans et qu'il y est pleinement intégré professionnellement. Il allègue, en outre, que sa situation répond à des circonstances exceptionnelles et humanitaires et que le préfet des Yvelines a commis une erreur manifeste d'appréciation. Il peut ainsi être regardé comme ayant entendu invoquer le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, si le préfet des Yvelines ne conteste pas, dans son mémoire en défense, qu'il est entré en France le 27 août 2017 sous couvert d'un visa long séjour valant titre de séjour étudiant valable jusqu'au 23 août 2018, qu'il s'est maintenu en France depuis cette date, puis a été muni d'un titre de séjour étudiant valable du 1er octobre 2018 au
3 octobre 2020, la durée de son séjour n'est pas suffisante pour estimer que le préfet des Yvelines aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Il n'est, par ailleurs, pas contesté qu'il est célibataire et sans enfant à charge et que, nonobstant la présence de son frère en France, ainsi que le relève le préfet des Yvelines, dans son mémoire en défense, il ne peut être regardé comme isolé et dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses parents. Enfin, il ne peut justifier d'une intégration particulière en France en faisant valoir qu'il a été bénévole et en se prévalant d'un contrat de travail à durée indéterminée prenant effet à compter du 24 juillet 2020. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Yvelines aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels la décision critiquée a été prise et méconnu, ainsi, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes raisons, M. B n'est pas davantage fondé à soutenir que le préfet des Yvelines aurait commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
16. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant refus de séjour.
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
17. D'une part, la décision portant refus séjour n'étant pas entachée d'illégalité, ainsi que cela a été dit aux points 3. à 16. du présent jugement, M. B n'est pas fondé à invoquer à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision.
18. D'autre part, M. B ne peut utilement invoquer la méconnaissance de l'article R. 431-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable à la délivrance du titre de séjour. En outre, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Yvelines aurait méconnu les dispositions de l'article R. 613-1 de ce code dès lors que seul le préfet de département est compétent pour prendre la décision portant obligation de quitter le territoire français.
19. Enfin, compte tenu des considérations énoncées aux points 7. à 15. du présent jugement, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles L. 421-1, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peuvent qu'être écartés. Il en va de même du moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
20. Il suit de là que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
21. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B ne peuvent qu'être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Yvelines.
Délibéré après l'audience du 21 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Bonneau-Mathelot, présidente,
Mme Réchard, première conseillère,
Mme Luneau, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 novembre 2023.
La rapporteure,
F. LUNEAU
La présidente,
S. BONNEAU-MATHELOTLa greffière,
S. SCHILDER
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°220110
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026