mercredi 22 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2201193 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | SELARL LEVY AVOCAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 janvier 2022 au greffe du tribunal administratif de Versailles et le 3 février 2022 au greffe du présent tribunal, M. E A, représenté par Me Lévy, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 24 janvier 2022 par lequel le préfet de l'Essonne lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et a prononcé à son encontre une interdiction de retour pour une durée d'un an ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat (préfet de l'Essonne) une somme de 1.500 euros en application des dispositions de l'article 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que cette décision a été signée par une personne ne disposant pas d'une délégation régulière, qu'elle est insuffisamment motivée dans tous ses éléments, que sa situation n'a pas été examinée au regard des stipulations de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 et qu'elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales car il est en France depuis plus de cinq ans, qu'il vit avec son père, titulaire d'une carte de résident, qu'il est marié avec une ressortissante française depuis le 22 mars 2019, qu'il travaille comme conducteur routier depuis le 26 juin 2019 et que les décisions portant refus de départ volontaire et interdiction de retour sont entachées d'illégalité au regard des articles L. 612-2 et L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire enregistré le 29 avril 2022, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.
Vu :
- l'arrêté attaqué ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987, publié par le décret n° 94-203 du 4 mars 1994 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- l'ordonnance de la présidente du tribunal administratif de Versailles en date du 2 février 2022 transmettant au tribunal administratif de Melun le recours de M. A au motif de la résidence déclarée de l'intéressé à Fresnes (Val-de-Marne) ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions de l'article R. 776-13-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir, au cours de l'audience publique du 7 février 2023, en présence de Mme Riellant, greffière d'audience, présenté son rapport et entendu les observations de Me Lin, représentant M. A, requérant, absent, qui indique qu'il est entré en France en 2016, qu'il a été arrêté en raison d'un permis de conduire falsifié, que le trouble à l'ordre public n'est pas établi, que l'interdiction de retour n'est pas motivée de même que le refus de délai de départ volontaire, qu'il n'y a aucune référence à l'accord franco-marocain, que son père est en France, qu'il est marié avec une ressortissante française depuis 2019 et que la décision est donc entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Le préfet de l'Essonne, dûment convoqué, n'était ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. E A, ressortissant marocain né le 12 février 1990 à Figuig (Région de l'Oriental), entré en France le 3 septembre 2016 muni d'un visa en qualité de travailleur saisonnier délivré par les autorités consulaires françaises à Casablanca, s'est maintenu sur le territoire français malgré la décision de refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire français prononcée contre lui par le préfet d'Eure-et-Loir le 15 mars 2018 et une obligation de quitter sans délai le territoire français prononcée par le préfet de police de Paris le 21 mai 2019, assortie d'une interdiction de retour pour une durée de douze mois, dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif d'Amiens le 20 septembre 2019. Il avait épousé le 22 mars 2019 à Gauchy (Aisne) une ressortissante française. Depuis le 1er décembre 2020, il est salarié de la société " Distribution Ile-de-France Transport " de Thiais (Val-de-Marne) en qualité de chauffeur poids lourds. Le 23 janvier 2022, il a été interpellé lors d'un contrôle routier à Chilly-Mazarin (Essonne) au volant d'un véhicule et n'a pu présenter d'un permis de conduire portugais et une attestation d'assurance falsifiés. Lors de son audition, il a indiqué être célibataire et sans enfant, ne pas disposer de permis de conduire et avoir obtenu son permis portugais moyennant la somme de 8.000 euros. Ne pouvant justifier de la régularité de son séjour en France, il a fait l'objet, le 24 janvier 2022, par le préfet de l'Essonne, d'une nouvelle obligation de quitter sans délai le territoire français assortie d'une interdiction de retour pour une durée d'un an. Sa requête demandant l'annulation de cette décision a été enregistrée au greffe du tribunal administratif de Versailles le 25 janvier 2022, transmise au présent tribunal en raison du domicile déclaré de l'intéressé à Fresnes (Val-de-Marne), 34 avenue du Parc des Sports.
2. D'une part, aux termes de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ". Aux termes de l'article L. 612-1 du même code : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. ()". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants :() 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; ()" . Aux termes enfin de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
4. En premier lieu, Mme D F, adjointe au chef du bureau de l'éloignement du territoire de la préfecture de l'Essonne, a reçu, par un arrêté n° 2021-PREF-DCPPAT-BCA-278 du 9 décembre 2021, régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de cette préfecture, délégation pour signer l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : - restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
6. La décision querellée du 24 janvier 2022 du préfet de l'Essonne mentionne de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement et notamment que l'intéressé avait fait l'objet de deux obligations de quitter le territoire français, qu'il travaillait illégalement et qu'il avait été interpellé pour des faits de conduite sans permis. L'autorité préfectorale n'étant pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments de la situation de l'intéressé, mais seulement ceux sur lesquels elle a fondé sa décision, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision en litige doit être écarté, la circonstance que l'arrêté en cause n'ait pas mentionné l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 étant sans incidence sur la régularité de cette motivation, dans la mesure où l'intéressé ne fait valoir aucune stipulation de cette convention dont il serait susceptible de bénéficier.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France, et le respect des droits de l'enfant, doit apporter tout élément permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
8. Si le requérant soutient qu'il est en France depuis septembre 2016, est marié avec une ressortissante française et que son père vit en France et dispose d'une carte de résident, il ne se prévaut d'aucune vie commune avec son épouse puisqu'il indique loger chez son père. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations mentionnées au point précédent et de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet de l'Essonne ne pourra donc qu'être écarté.
9. En quatrième lieu, ainsi qu'il l'a été dit plus haut, M. A s'est maintenu sur le territoire sans jamais avoir demandé de titre de séjour, n'a pas respecté deux précédentes obligations de quitter le territoire français y compris après le jugement du tribunal administratif d'Amiens du 20 septembre 2019, et a indiqué qu'il n'avait pas l'intention de quitter le territoire français. Dans ces conditions, c'est sans erreur manifeste d'appréciation que le préfet de l'Essonne lui a refusé un délai de départ volontaire et a prononcé contre lui une interdiction de retour pour une durée d'un an.
10. Dans ces conditions, la requête de M. A ne pourra qu'être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. E A, au préfet de l'Essonne et à la préfète du Val-de-Marne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mars 2023.
Le magistrat désigné, La greffière,
B : M. C B : N. Riellant
La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N. Riellant
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026