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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2201301

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2201301

jeudi 19 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2201301
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantINGELAERE AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 février 2022, M. B A, représenté par Me Ingelaere, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 décembre 2021 par lequel le maire de l'Haÿ-les-Roses lui a infligé la sanction d'exclusion temporaire de fonctions de deux ans ;

2°) de mettre à la charge de la commune de l'Haÿ-les-Roses la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la sanction est disproportionnée, en particulier au regard de la teneur du cumul d'activité qui lui a été reproché, de son impact modéré et des raisons pour lesquelles il y a recouru, et alors que la commune ne pouvait tenir compte de faits pour lesquels il a déjà été sanctionné.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mai 2022, la commune de l'Haÿ-les-Roses, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 23 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 23 octobre 2022 à 12 h 00.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- l'ordonnance n° 2021-1574 du 24 novembre 2021 ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Leconte, rapporteure,

- les conclusions de Mme Barruel, rapporteure publique,

- et les observations de Mme D, responsable des affaires juridiques de la commune de l'Haÿ-les-Roses et représentant celle-ci.

Considérant ce qui suit :

1. Titulaire du grade d'adjoint technique territorial, M. B A a été recruté par la commune de l'Haÿ-les-Roses le 1er juin 2013, pour assurer les fonctions de chauffeur-livreur, et affecté, jusqu'en juin 2020, au sein du service du Parc-Auto de la commune. Par un arrêté du 9 décembre 2021, dont le requérant demande l'annulation, le maire de l'Haÿ-les-Roses a prononcé à son encontre la sanction d'exclusion de ses fonctions, pour une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes des dispositions alors applicables de l'article 29 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, désormais codifiées à l'article L. 530-1 du code général de la fonction publique : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire (). ". Aux termes des dispositions alors applicables de l'article 89 de la loi susvisée du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, désormais codifiées à l'article L. 533-1 du code précité : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : () Troisième groupe : () l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de seize jours à deux ans () ".

3. D'autre part, aux termes des dispositions alors applicables de l'article 25 septies de la loi du 13 juillet 1983 précitée, abrogées par l'ordonnance du 24 novembre 2021, laquelle a simultanément créé les dispositions codifiées aux articles L. 123-1 et suivants du code général de la fonction publique : " I.- Le fonctionnaire consacre l'intégralité de son activité professionnelle aux tâches qui lui sont confiées. Il ne peut exercer, à titre professionnel, une activité privée lucrative de quelque nature que ce soit, sous réserve des II à V du présent article./ Il est interdit au fonctionnaire : / 1° De créer ou de reprendre une entreprise lorsque celle-ci donne lieu à immatriculation au registre du commerce et des sociétés ou au répertoire des métiers ou à affiliation au régime prévu à l'article L. 133-6-8 du code de la sécurité sociale, s'il occupe un emploi à temps complet et qu'il exerce ses fonctions à temps plein ; () / II.- Il est dérogé à l'interdiction d'exercer à titre professionnel une activité privée lucrative : / 1° Lorsque le dirigeant d'une société ou d'une association à but lucratif, lauréat d'un concours ou recruté en qualité d'agent contractuel de droit public, continue à exercer son activité privée pendant une durée d'un an, renouvelable une fois, à compter de son recrutement ; / 2° Lorsque le fonctionnaire, ou l'agent dont le contrat est soumis au code du travail en application des articles 34 et 35 de la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations, occupe un emploi permanent à temps non complet ou incomplet pour lequel la durée du travail est inférieure ou égale à 70 % de la durée légale ou réglementaire du travail. / La dérogation fait l'objet d'une déclaration à l'autorité hiérarchique dont l'intéressé relève pour l'exercice de ses fonctions. / III- Le fonctionnaire qui occupe un emploi à temps complet peut, à sa demande, être autorisé par l'autorité hiérarchique dont il relève à accomplir un service à temps partiel pour créer ou reprendre une entreprise et à exercer, à ce titre, une activité privée lucrative. / L'autorisation d'accomplir un service à temps partiel, qui ne peut être inférieur au mi-temps, est accordée, sous réserve des nécessités de la continuité et du fonctionnement du service et compte tenu des possibilités d'aménagement de l'organisation du travail, () ".

4. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes, en tenant compte de la manière de servir de l'intéressé et de ses antécédents disciplinaires.

5. Il ressort des pièces du dossier, en particulier de l'arrêté attaqué, que la sanction contestée a été édictée à raison du cumul par M. A de ses fonctions au sein de la commune de l'Haÿ-les-Roses, de chauffeur-livreur, avec une activité professionnelle privée, effectuée sans en avoir demandé l'autorisation, dans le cadre de la création par l'intéressé d'une entreprise le 1er mars 2019, de livraison en direction de particuliers. A cet égard, l'autorité territoriale a considéré que M. A a ainsi nuit à l'image du service public auprès des administrés de la commune, et relevé qu'il avait été reproché à l'intéressé différents manquements à compter de 2019, ayant donné lieu à plusieurs rappels à l'ordre et sanctions.

6. Tout d'abord, le cumul d'activité litigieux n'est pas contesté par le requérant, non plus que l'interdiction de ce cumul sur la période à laquelle il y a procédé. A cet égard, il résulte des dispositions citées au point 3 que M. A, qui occupait un emploi à temps complet et exerçait ses fonctions à temps plein, ne pouvait légalement exercer à titre professionnel une activité privée lucrative, dès lors qu'aucun des cas de dérogation prévus par la loi ne lui était applicable, en l'absence de toute demande préalable à sa hiérarchie pour accomplir son service à temps partiel et, ainsi, pouvoir exercer en parallèle une activité dans l'entreprise immatriculée au registre du commerce et des sociétés. En outre, eu égard à ses conditions d'emploi, il ne pouvait pas davantage légalement procéder à cette création. Dès lors, la méconnaissance des dispositions de l'article 25 septies de la loi du 13 juillet 1983 constitue une faute de nature à justifier une sanction disciplinaire.

7. Ensuite, le requérant soutient que le maire de l'Haÿ-les-Roses ne pouvait justifier la sévérité de la sanction d'exclusion de fonctions de deux ans en litige en s'appuyant sur les précédentes sanctions édictées à compter de 2019 à son encontre, en particulier eu égard au principe en vertu duquel un agent ne peut être sanctionné plusieurs fois pour les mêmes faits. Cependant, l'autorité territoriale a légalement pu, sans méconnaître ce principe, apprécier le degré de sanction à infliger en considération de sa manière de servir et de ses antécédents disciplinaires. N'y fait pas obstacle l'absence d'inscription à son dossier de fonctionnaire, conformément à l'article 89 de la loi du 26 janvier 1984, de l'avertissement prononcé à son encontre en mai 2019. Il en est de même de la circonstance alléguée que la nature des faits antérieurement sanctionnés est sans lien avec la faute en litige. En outre, l'autorité territoriale a pu, sans entacher sa décision d'illégalité, relever, pour apprécier la gravité de la faute en litige en elle-même, une dégradation de la manière de servir de M. A l'année même où celui-ci a commencé à cumuler ses fonctions à temps plein avec une seconde activité, privée.

8. Il ressort des pièces du dossier, et n'est pas précisément contesté par le requérant, qu'à compter de mai 2019, soit environ un mois et demi après la création de son entreprise, il a été reproché à M. A une pluralité de manquements dans l'accomplissement de ses fonctions. Celui-ci a ainsi, le 10 mai 2019, quitté son poste sans autorisation et sans en informer son supérieur, a eu un accrochage avec un véhicule de location le 13 septembre 2019, puis a conduit de façon inappropriée le véhicule de service et utilisé son téléphone portable au volant, engendrant un risque d'accident sur la voie publique. Enfin, faute de maîtrise de son véhicule et de tenir compte des remarques répétées de son supérieur hiérarchique, il a détérioré des équipements publics, plus particulièrement le véhicule de livraison municipal, en tentant ensuite de dissimuler à son supérieur l'ampleur des détériorations occasionnées. Alors que précédemment, la manière de servir de M. A apportait pleine satisfaction, sa motivation et son investissement ayant encore été salués au titre des années 2017 et 2018, son évaluation professionnelle au titre de l'année 2019, réalisée le 20 janvier 2020, a été l'occasion pour sa hiérarchie de l'inviter à demeurer mobilisé sur ses missions et vigilant vis-à-vis des consignes données. Il ressort également des pièces du dossier que, pour préserver le bon fonctionnement du service du Parc-Auto de la commune, et assurer la livraison des repas dans les écoles dans de bonnes conditions, l'autorité territoriale a été contrainte de changer d'affectation le requérant, pour le positionner au service Voierie et propreté, par arrêté du 9 juin 2020. Dans ces conditions, et quand bien même les nombreuses absences qui lui ont également été reprochées sont, quant à elles, contestées par le requérant, celui-ci n'est pas fondé à soutenir que le cumul d'activités en litige, concomitante à une dégradation notable de sa manière de servir, n'aurait pas affecté celle-ci.

9. Enfin, contrairement à ce que soutient le requérant, eu égard à ce qui a été dit aux points 3 et 5 et notamment aux fonctions exercées à temps plein par le requérant, il ne ressort pas des pièces du dossier que la faute en litige réside uniquement dans l'omission à demander une dérogation pour mener la double activité en litige, dont il allègue qu'il remplissait les conditions légales pour l'obtenir. L'intéressé ne saurait davantage utilement faire valoir qu'il aurait légalement pu y être autorisé si sa situation avait été régie par les dispositions résultant de l'ordonnance du 24 novembre 2021, précitée, notamment celles de l'article L. 123-7 du code général de la fonction publique, entrées en vigueur postérieurement à la date de la décision en litige, à laquelle s'apprécie sa légalité. De plus, il n'est pas contesté que M. A avait été sensibilisé au principe d'interdiction de cumul d'activité à plusieurs reprises, dès 2013 et à nouveau en septembre 2017, à l'occasion de sa formation d'intégration lors de sa titularisation. En outre, alors qu'il a résulté du cumul d'activité en litige, effectivement exercé durant un an et demi aux dires du requérant, une manière de servir inadéquate et plusieurs incidents, des problèmes d'organisation du service, des risques en terme de sécurité publique et une détérioration d'équipements publics, ce qui lui a été signifié à plusieurs reprises, y compris par des rappels à l'ordre et sanctions, il ne ressort d'aucun élément du dossier que l'intéressé en ait tiré les conséquences, ni davantage exprimé le souhait de régulariser sa situation lors de l'engagement de la procédure disciplinaire en litige. Dans ces conditions, le requérant ne saurait utilement faire valoir les éléments de sa situation personnelle l'ayant conduit au comportement reproché, notamment pas la nécessité de subvenir aux besoins de sa mère, au surplus mentionné sans la moindre précision.

10. Il suit de là que, alors même qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le cumul d'activité en litige ait porté atteinte à l'image de la commune, eu égard à la nature du manquement reproché, à la durée du cumul d'activités proscrit, à la gravité des répercussions sur la qualité du service public, ainsi qu'à l'inaction du requérant, alors récemment titularisé, pour y mettre un terme, la sanction contestée, d'exclusion temporaire de fonctions d'une durée de deux ans, n'est pas disproportionnée. Ce moyen doit, par suite, être écarté dans toutes ses branches.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du maire de l'Haÿ-les-Roses du 9 décembre 2021. Les conclusions du requérant à fin d'annulation de cet arrêté doivent, par suite, être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions présentées par celui-ci sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

12.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de l'Haÿ-les-Roses.

Délibéré après l'audience du 5 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Lopa Dufrénot, présidente,

Mme Mentfakh, première conseillère,

Mme Leconte, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 19 janvier 2023.

La rapporteure,

S. LECONTELa présidente,

M. CLa greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne, en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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