jeudi 19 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2201382 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | JASLET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 février 2022, M. C A, représenté par Me Jaslet, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéficie de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 4 novembre 2021 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé de renouveler son titre de séjour portant la mention " visiteur ", l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;
3°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " visiteur " sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
La décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour :
- a été signée par une autorité incompétente pour en connaître, faute de délégation de signature régulière ;
- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- méconnait les dispositions de l'article L. 426-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'il justifie de ressources mensuelles équivalentes au salaire minimum interprofessionnel de croissance ;
- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;
- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;
La décision portant fixation du pays de destination :
- est illégale en raison de l'illégalité des décisions lui refusant le renouvellement de son titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
- est insuffisamment motivée.
La requête a été communiquée au préfet de Seine-et-Marne, qui n'a pas produit d'observations en défense.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 janvier 2022.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de M. Philipbert, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant béninois né en 1975, est entré en France le 20 décembre 2018, muni d'un visa D " visiteur ", valable du 14 décembre 2018 au 14 décembre 2019. A l'expiration de ce visa, il a été mis en possession d'un titre de séjour portant la mention " visiteur ", valable jusqu'au 13 décembre 2020, puis a obtenu trois récépissés dont le dernier expirait le 21 décembre 2021. Par un arrêté du 4 novembre 2021, dont M. A demande l'annulation, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de procéder au renouvellement du titre de séjour portant la mention " visiteur " dont il bénéficiait, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné à l'issue de ce délai.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Par une décision du 19 janvier 2022, le bureau d'aide juridictionnelle a admis M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, ses conclusions tendant à ce qu'il soit admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet.
Sur la légalité de la décision portant refus de renouvellement d'un titre de séjour :
3. En premier lieu, M. A soutient que l'arrêté contesté, qui n'a pas été signé par le préfet, a été pris par une autorité incompétente. Cependant, l'arrêté du 4 novembre 2021 a été signé par le préfet de Seine-et-Marne, nommé par décret du président de la République du 30 juin 2021, publié le lendemain au Journal officiel de la République française (texte n° 62), et installé dans ses nouvelles fonctions à compter du 19 juillet 2021. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté contesté ne pourra qu'être écarté comme manquant en fait.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 426-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui apporte la preuve qu'il peut vivre de ses seules ressources, dont le montant doit être au moins égal au salaire minimum de croissance net annuel, indépendamment de l'allocation aux adultes handicapés mentionnée à l'article L. 821-1 du code de la sécurité sociale et de l'allocation supplémentaire mentionnée à l'article L. 815-24 du même code, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " visiteur " d'une durée d'un an. Il doit en outre justifier de la possession d'une assurance maladie couvrant la durée de son séjour et prendre l'engagement de n'exercer en France aucune activité professionnelle. Par dérogation à l'article L. 414-10, cette carte n'autorise pas l'exercice d'une activité professionnelle. Les conditions d'application du présent article sont précisées par décret en Conseil d'Etat. ".
5. Pour refuser le renouvellement de la carte de séjour temporaire portant la mention " visiteur " à M. A, le préfet de Seine-et-Marne s'est fondé sur le motif tiré de l'insuffisance des ressources de l'intéressé. Le requérant, qui officie en tant que pasteur, soutient que ses frais de transport, santé et logistique sont pris en charge depuis son entrée sur le territoire français par la mission évangélique, et se prévaut d'indemnités provenant du Bénin pour un salaire net de 352 090 francs CFA par mois (soit 536 euros), complétés par le versement mensuel, en espèces, de 700 euros pour charge pastorale. Cependant, ni le versement de ce dernier montant en liquide, ni la prise en charge de ses frais divers, ne sauraient être regardés comme établis par la seule production de deux attestations de la mission évangélique, lesquelles ne sont corroborées par aucun autre document retraçant le montant et la périodicité des versements. L'intéressé reconnait, par ailleurs, que le montant de ses ressources est inférieur au salaire minimum de croissance net annuel. Enfin, bien que M. A ait bénéficié d'une carte de séjour en qualité de " visiteur ", cette circonstance ne lui conférait pas, pour autant, un droit au renouvellement d'un tel titre. Dans ces conditions, en refusant de lui accorder le renouvellement de son titre de séjour au motif qu'il ne justifie pas de ressources propres suffisantes, lesquelles doivent être au moins égales au salaire minimum de croissance net annuel, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur de droit ni d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 426-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. Pour contester le refus opposé par le préfet à sa demande de renouvellement de titre de séjour, le requérant soutient qu'il réside avec son épouse de manière continue en France depuis son arrivée le 29 décembre 2018, où il officie depuis lors en tant que pasteur au sein d'une église évangélique et se prévaut des liens noués avec ses fidèles. Cependant, le requérant, présent en France depuis moins de trois ans à la date de la décision contestée, ne justifie pas, par ces seuls éléments, de l'intensité et l'ancienneté de son insertion en France, ni de l'existence de liens personnels et familiaux en France suffisamment anciens stables et durables à la date de la décision attaquée, de nature à établir que la décision porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale. M. A n'établit pas être dénué d'attaches dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de 43 ans avec son épouse, et ne conteste pas l'affirmation du préfet selon laquelle résident au Bénin ses trois enfants. Dans ces conditions, eu égard notamment aux conditions et à la durée de son séjour en France, le préfet de Seine-et-Marne n'a pas, en lui refusant le renouvellement d'un titre de séjour, porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs de son refus ou des buts qu'elle a poursuivis, et méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la décision contestée n'est pas entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.
8. En quatrième et dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de Seine-et-Marne n'aurait pas procédé à l'examen particulier de la situation personnelle du requérant.
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la décision refusant le renouvellement d'un titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, M. A ne saurait se prévaloir par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision, pour demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.
10. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux précédemment énoncés au point 7 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Le requérant n'est pas davantage fondé à soutenir que cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur la décision fixant le pays de destination :
11. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégales, M. A n'est pas fondé à demander l'annulation, par voie de conséquence de l'illégalité de ces décisions, de la décision fixant le pays de destination.
12. En second lieu, la décision attaquée, qui vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, mentionne que M. A n'établit pas être exposé à des peines ou des traitements contraires à cette convention. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 4 novembre 2021. Il convient également de rejeter, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire de M. A.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Jaslet et au préfet de Seine-et-Marne.
Copie en sera adressé au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 5 janvier 2023 à laquelle siégeaient :
Mme Billandon, présidente,
M. Meyrignac, premier conseiller,
Mme Van Daële, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 janvier 2023.
La rapporteure,
M. B
La présidente,
I. BILLANDON
La greffière,
C. BOURGAULT
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026