vendredi 12 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2201460 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SEMAK |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 12 février 2022, le 25 janvier 2024 et le 29 février 2024, Mme B A, représentée par Me Semak, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 18 décembre 2020 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le rétablissement des conditions matérielles d'accueil qui lui avaient antérieurement été accordées en qualité de demandeuse d'asile ;
2°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de rétablir ses conditions matérielles d'accueil et de lui verser l'allocation de demandeur d'asile à titre rétroactif à compter du 11 décembre 2020 et jusqu'au 31 août 2022, dans un délai de dix jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 400 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 744-6 et R. 744-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en qu'elle n'a pas bénéficié d'une nouvelle évaluation de sa vulnérabilité ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation, notamment de sa condition de vulnérabilité ;
- c'est à tort que le directeur de l'OFII a retenu qu'elle ne présentait pas de facteurs de vulnérabilité et de besoins particuliers d'hébergement alors qu'elle a un enfant né en 2018, n'a pas d'hébergement et doit être considérée comme un parent isolé avec un enfant à charge mineur ;
- c'est à tort que le directeur de l'OFII a considéré qu'elle n'avait pas respecté ses obligations, en ce qu'il ne peut lui être reproché de ne pas s'être présentée pour prendre son vol vers l'Italie le 9 janvier 2019, dès lors que la décision de remise aux autorités italiennes était frappée d'un recours et qu'elle était illégale ;
- la décision attaquée procède d'une appréciation erronée de sa situation personnelle.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 16 décembre 2023 et le 1er février 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration, représenté par son directeur général, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision n° 2021/2224 du 25 octobre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Félicie Bouchet, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante ivoirienne, a présenté, le 14 septembre 2018, une demande d'asile et a accepté le même jour le bénéfice des conditions matérielles d'accueil qui lui ont été proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Par une décision du 12 avril 2019, le directeur général de l'OFII a suspendu les conditions matérielles d'accueil dont bénéficiait ainsi Mme A au motif qu'elle ne s'était pas présentée aux entretiens personnels concernant sa procédure d'asile. Le 11 décembre 2020, Mme A s'est vu délivrer une attestation de demande d'asile en procédure normale et a sollicité le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 18 décembre 2020 dont Mme A demande l'annulation, le directeur général de l'OFII a rejeté sa demande.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, la décision attaquée vise les textes applicables et mentionne que Mme A a accepté le 14 septembre 2018 les conditions matérielles d'accueil qui lui avait été proposées ainsi que leur suspension par une décision du directeur général de l'OFII au motif qu'elle n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile et enfin que les motifs qu'elle invoquait ne permettaient pas de justifier qu'elle n'ait pas respecté ces obligations. La décision précise en outre que l'évaluation de sa situation personnelle et familiale ne fait apparaître aucun facteur de vulnérabilité particulier. La décision, qui n'a pas à faire référence de l'ensemble des éléments caractérisant la situation de Mme A, comporte, ainsi, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée au sens des dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction résultant de la loi n° 2015-925 du 29 juillet 2015, applicable en l'espèce : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. "
4. Si les dispositions citées précédemment de l'article L. 744-6 imposent un entretien personnel lors de la présentation de la première demande d'asile permettant d'évaluer la vulnérabilité d'un demandeur d'asile, elles n'imposent pas à l'administration de procéder à un nouvel entretien lorsqu'elle examine une demande de rétablissement de conditions matérielles d'accueil qui ont été précédemment suspendues. Par suite, Mme A ne peut utilement se prévaloir de l'absence d'un nouvel entretien avant que le directeur général de l'OFII ne prenne la décision attaquée. Au demeurant, il ressort des pièces du dossier que la requérante a bénéficié le 11 décembre 2020 d'un nouvel entretien personnel en vue d'évaluer sa vulnérabilité à l'occasion de sa demande d'asile enregistrée en procédure normale.
5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier ni des termes de la décision attaquée, qui fait mention du fils de Mme A, que le directeur général de l'OFII n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de la requérante et notamment de sa vulnérabilité avant de prendre sa décision, alors qu'il disposait du compte rendu des évaluations de sa vulnérabilité réalisées le 14 mars 2018 et le 11 décembre 2020. Si Mme A allègue, au demeurant sans en justifier, qu'elle souffre d'un kyste au poignet nécessitant un suivi médical, cette dernière n'a ni fait état d'un problème de santé, ni remis de documents médicaux sous pli confidentiel lors de la seconde évaluation de sa vulnérabilité.
6. En quatrième lieu, Mme A soutient qu'elle est vulnérable par sa condition même de demandeuse d'asile, du fait qu'elle ne dispose pas d'un hébergement et parce qu'elle doit être regardée comme étant un parent isolé avec un mineur à charge. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la requérante vit en concubinage avec le père de son enfant et qu'elle n'a fait état d'aucun handicap ou problème de santé au sein de sa famille lors de l'évaluation de sa vulnérabilité. En outre, le seul fait que l'intéressée est demandeuse d'asile ne constitue pas un élément de nature à démontrer un état de particulière vulnérabilité au sens de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision en litige fait une inexacte application de ces dispositions.
7. En cinquième lieu, la décision par laquelle l'Office refuse à un demandeur d'asile le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil n'est pas prise pour l'application de la décision antérieure par laquelle l'Office a suspendu au demandeur le bénéfice desdites conditions matérielles d'accueil, laquelle ne constitue pas davantage sa base légale. Ainsi, à supposer que Mme A ait entendu contester la légalité, par la voie de l'exception, de la décision, devenue définitive, de suspension des conditions matérielles d'accueil, en soutenant que l'arrêté de remise aux autorités italiennes était illégal et que le directeur général de l'OFII a retenu dans sa décision de suspension un motif erroné tiré de ce qu'elle ne s'était pas rendue aux entretiens personnels relatifs à la procédure d'asile, un tel moyen est inopérant. Au surplus, Mme A ne peut utilement se prévaloir, au titre des motifs légitimes justifiant qu'elle ne se soit pas présentée pour le vol vers l'Italie pour lequel elle était convoqué, de la seule abrogation à compter du 11 décembre 2020 de l'arrêté du 13 novembre 2018 de remise aux autorités italiennes, dès lors que cette mesure n'a pas d'effet rétroactif.
8. En sixième et dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en estimant que sa situation personnelle et familiale ne faisait apparaître aucun nouveau facteur particulier de vulnérabilité et en refusant de rétablir les conditions matérielles d'accueil de l'intéressée, le directeur général de l'OFII ait fait une appréciation erronée de la situation particulière de celle-ci.
9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles qui tendent à l'application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E:
Article 1 : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 28 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Timothée Gallaud, président,
Mme Félicie Bouchet, première conseillère,
M. Dominique Binet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.
La rapporteure,
F. BouchetLe président,
T. Gallaud
La greffière,
L. Potin
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026