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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2201465

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2201465

vendredi 31 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2201465
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSAS ITRA CONSULTING

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 février 2022 M. A C, représenté par Me Traore, demande au tribunal :

1°) d'annuler à titre principal l'arrêté du 10 février 2022 par lequel la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français, lui a interdit de quitter le territoire français pour une durée de deux ans et a procédé à son signalement aux fins de non admission dans le système d'informations Schengen ;

2°) d'annuler à titre subsidiaire l'arrêté du 10 février 2022 par lequel la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français, lui a interdit de quitter le territoire français pour une durée de deux ans et lui enjoindre à réexaminer sa situation ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- cette décision n'est pas suffisamment motivée ;

- il pouvait prétendre à un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il pouvait bénéficier d'une admission exceptionnelle au séjour en application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté dans son ensemble méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne pour la sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et emporte des conséquences d'une exceptionnelle gravité au regard de la situation personnelle et individuelle du requérant ;

En ce qui concerne la décision portant refus de départ volontaire :

- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ; le délai de 48 heures est insuffisant, il convient de lui reconnaître un délai de départ de deux ans, en application des dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale, dès lors que la décision portant refus de délai de départ volontaire est illégale ;

- cette décision n'est pas suffisamment motivée ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il justifie de circonstance humanitaire impliquant que cette décision ne soit pas prononcée ;

- la durée de deux ans est disproportionnée et manifestement excessive, compte tenu de l'ancienneté de ses liens avec la France, de ce qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public.

La requête a été communiquée au préfet du Val-de-Marne, qui n'a pas produit de mémoire en défense ou de pièces.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. B pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, M. B a lu son rapport, et a précisé d'une part que le Tribunal était susceptible de relever d'office l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour et portant interdiction de quitter le territoire français en raison de l'inexistence matérielle et juridique de ces décisions et, d'autre part, que le présent jugement était susceptible de reposer sur la substitution des dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à celles du 1° de l'article L. 611-1 du même code.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D C, ressortissant algérien né le 28 août 2003 à El Biar (Algérie), est entré sur le territoire français, selon ses déclarations, le 5 décembre 2017. Par un arrêté du 10 février 2022, la préfète du Val-de-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par la requête susvisée, M. C demande l'annulation de l'arrêté de la préfète du Val-de-Marne.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour et la décision portant interdiction de quitter le territoire français :

2. Il ne ressort ni des motifs ni du dispositif de l'arrêté en litige qu'une décision portant refus de titre de séjour et qu'une décision portant interdiction de quitter le territoire français auraient été édictées à l'encontre de M. C. En outre, l'intéressé n'établit pas avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Enfin, il ressort des motifs et du dispositif de l'arrêté en litige que cet acte prescrit expressément à l'intéressé une interdiction de retourner sur le territoire français pendant deux années à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français et non une interdiction de quitter ce territoire. Ainsi, le tribunal ne peut que constater l'inexistence d'une décision de refus de séjour et d'une décision portant interdiction de quitter le territoire français. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 10 février 2022 en tant qu'il aurait refusé au requérant de lui délivrer un titre de séjour et lui aurait fait interdiction de quitter le territoire français doivent être rejetées comme étant irrecevables.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 de ce code prévoit que " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; () ".

4. M. C soutient que la décision en litige est entachée d'erreur manifeste d'appréciation compte tenu de ce qu'il est entré en France le 5 décembre 2017 sous couvert d'un passeport algérien revêtu d'un visa de type C, qu'il a un comportement exemplaire, qu'il est hébergé chez sa tante et qu'il est scolarisé depuis quatre ans. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a bénéficié d'un visa délivré par les autorités françaises à Alger valable du 12 juillet 2017 au 7 janvier 2018 sans qu'il soit possible de déterminer a date d'entrée sur le territoire français dès lors que le passeport n'a pas été présenté dans l'intégralité de ses feuillets. Dans ces conditions, aucun élément suffisamment probant du dossier ne permet de considérer que l'intéressé est entré régulièrement en France ou dans la zone Schengen. Par ailleurs et en tout état de cause, à supposer que l'intéressé soit considéré comme étant entré régulièrement sur le territoire français ou dans la zone Schengen, il est constant que M. C est demeuré sur le territoire français après la durée de validité de son visa en sorte que la décision en litige aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée. Par suite, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Ainsi, l'obligation de quitter le territoire français opposée à M. C peut trouver son fondement légal dans les dispositions précitées du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui peuvent être substituées aux dispositions du 1° du même article, dès lors que cette substitution de base légale, faite par le magistrat désigné à l'audience, ne prive l'intéressé. Par suite, la préfète du Val-de-Marne ne peut être regardée comme ayant commis une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En deuxième lieu, l'arrêté en litige vise la convention européenne pour la sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, il mentionne des éléments de la situation personnelle du requérant en précisant que la décision prise ne contrevient pas aux stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ainsi, l'arrêté en litige mentionne de façon suffisamment précise et non stéréotypée les motifs de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. M. C, né le 28 août 2003, soutient qu'il est présent en France depuis qu'il est présent en France depuis le 5 décembre 2017. Toutefois, le requérant n'apporte pas d'élément de nature à démontrer la continuité de sa présence en France depuis l'année 2017. En outre, la seule circonstance qu'il réside chez sa tante et qu'il est scolarisé ne permet pas d'établir qu'il a fixé en France le centre de ses intérêts privés. Enfin, M. C, qui est célibataire et sans enfant à charge, n'établit pas qu'il serait dépourvu de toute attache familiale ou privée dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à sa venue en France à l'âge de 14 ans. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que la préfète du Val-de-Marne aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour ces mêmes motifs, le moyen tiré de ce que la décision en litige serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.

8. En quatrième lieu, indépendamment de l'énumération donnée par l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile des catégories d'étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une mesure d'éloignement, l'autorité administrative ne saurait légalement prendre une mesure de reconduite à la frontière à l'encontre d'un étranger que si ce dernier se trouve en situation irrégulière au regard des règles relatives à l'entrée et au séjour. Lorsque la loi prescrit que l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une mesure de reconduite à la frontière.

9. D'une part, M. C ne saurait utilement de prévaloir à l'encontre de la décision attaquée lui faisant obligation de quitter le territoire français de ce qu'il pourrait prétendre à un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que ces dispositions n'ouvrent pas droit à la délivrance d'un titre de séjour de plein droit.

10. D'autre part, eu égard aux énonciations citées au point 7 du présent jugement, M. C n'est pas fondé à soutenir qu'il pouvait prétendre de plein droit au bénéfice d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 10 février 2022 lui faisant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

12. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () ".

13. Pour refuser à M. C le bénéfice d'un délai de départ volontaire, la préfète du Val-de-Marne s'est fondé sur les dispositions du point 1° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en raison de ce que le requérant ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Toutefois, et ainsi qu'il a été dit plus haut, à supposer que M. C soit entré sur le territoire français pendant la période de validité de son visa de court séjour, il s'est nécessairement maintenu sur le territoire français plus au-delà de la durée de validité de son visa sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour au sens du point 2° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le risque de fuite pouvant être regardé comme établi au sens du point 2° de l'article L. 612-3 du code, la préfète du Val-de-Marne a pu légalement lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire. En ne retenant pas de circonstances particulières de nature à renverser cette présomption, cette autorité n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation eu égard aux considérations qui précèdent sur la durée et les conditions de séjour en France, ainsi que sur la situation familiale de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré de ce qu'en accordant pas à M. C un délai de départ volontaire demandeurs d'emploi de deux ans, la préfète du Val-de-Marne aurait commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article l ; 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

14. En second lieu, pour les mêmes motifs de fait que ceux énoncés au point 7 du présent jugement, la préfète du Val-de-Marne ne saurait être regardée comme ayant porté une atteinte disproportionnée au respect du droit à la vie privée et familiale de M. C garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne pour la sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.

15. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 10 février 2022 en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

16. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

17. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire ne peut qu'être écarté.

18. En deuxième lieu, il résulte des dispositions précitées que l'autorité compétente doit, en cas de refus de délai de départ volontaire, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf circonstances humanitaires. La motivation de la durée de l'interdiction doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi. Il incombe ainsi à l'autorité compétente de faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe la durée de sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifient sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

19. En l'espèce, l'arrêté en litige fait référence aux dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que M. C séjourne en France depuis 2017, qu'il est célibataire, sans charge de famille et que des liens personnels et familiaux en France ne sont ni intenses ni stables. Si l'arrêté en litige ne se prononce pas sur ce qu'il se serait soustrait ou non à une précédente mesure d'éloignement et qu'il ne se prononce pas davantage sur l'existence de menace pour l'ordre public, cette double circonstance est sans incidence sur la motivation de la décision en litige dès lors que la préfète ne s'est pas fondée sur cette considération pour édicter une telle mesure. Par suite, l'arrêté en litige atteste de la prise en compte par l'autorité préfectorale, au vu de la situation de l'intéressé, des quatre critères énoncés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision en litige doit être écarté comme manquant en fait.

20. En troisième lieu, si M. C est hébergé en France par sa tante et serait scolarisé, il n'apporte toutefois aucun élément permettant d'établir qu'en ne retenant pas de circonstances humanitaires justifiant qu'elle ne prononce pas d'interdiction de retour à l'encontre du requérant, la préfète du Val-de-Marne aurait commis une erreur manifeste d'appréciation eu égard aux considérations qui précèdent sur la durée et les conditions de séjour en France, ainsi que sur la situation familiale de l'intéressé.

21. En quatrième lieu, en fixant la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français à deux ans, la préfète du Val-de-Marne n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation eu égard aux considérations citées au point précédent.

22. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 10 février 2022 portant interdiction de retour sur le territoire français.

23. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 10 février 2022. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction, ainsi que celles présentées en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D C et à la préfète du Val-de-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mars 2023.

Le magistrat désigné,

S. BLa greffière,

L. DARNAL

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2201465

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