jeudi 30 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2201507 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | OUKHELIFA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 14 février 2022 et le 1er mars 2022, M. E A, représenté par Me Oukhelifa, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision en date du 8 décembre 2021 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a rejeté sa demande de regroupement familial sur place au bénéfice de son épouse,
Mme C D ;
2°) à titre principal d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer une autorisation de regroupement familial au bénéfice de son épouse dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, au besoin sous astreinte ;
3°) à titre subsidiaire d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de réexaminer sa demande dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les stipulations des articles 4 et 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen attentif et circonstancié de sa situation personnelle et familiale ;
- elle est entachée d'illégalité en tant que la préfète du Val-de-Marne s'est crue en situation de compétence liée, ce qui a pour conséquence de ne pas conduire à un examen circonstancié et détaillé de la situation du couple ;
- elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant ;
- les éléments liés au travail de Mme D ne peuvent être opposés à M. A puisqu'ils constituent des conditions supplémentaires non prévues par l'accord franco-algérien modifié ;
- Mme D disposait d'un titre de séjour d'une validité d'un an lors du dépôt de la demande de regroupement familial.
La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne qui n'a pas produit d'observations en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles et ses avenants ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Pradalié,
- les observations de Me Oukhelifa, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien né le 22 mai 1981 à Alger (Algérie) est titulaire d'un certificat de résidence algérien valable du 4 juillet 2019 au 3 juillet 2029. Il a déposé une demande tendant au bénéfice du regroupement familial au profit de son épouse, Mme D, avec laquelle il s'est marié le 22 juillet 2018 à la mairie d'Ighil Ali (Algérie). Par une décision en date du 8 décembre 2021, la préfète du Val-de-Marne a rejeté sa demande.
2. En premier lieu, la décision attaquée mentionne l'article 4 de l'accord franco-algérien dans sa version alors en vigueur, qui en constitue le fondement, ainsi que les éléments relatifs à la situation familiale et personnelle des intéressés, en France et dans leur pays d'origine. Elle comporte ainsi les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
3. En deuxième lieu, la décision attaquée précise que M. A et Mme D se sont mariés le 22 juillet 2018 et que cette dernière était à cette date enceinte ; qu'elle a conservé de solides attaches familiales en Algérie, en l'occurrence sa mère et l'intégralité de sa fratrie, et que M. A y a également des attaches familiales, en l'occurrence sa mère et une sœur ; que les deux époux possèdent la même nationalité algérienne et ne sont dès lors pas dans l'impossibilité de s'établir hors de France avec leur enfant à naître, et d'y poursuivre leur vie privée et
familiale ; que Mme D a travaillé en contrat à durée déterminée du 16 novembre 2020 au 31 mars 2021, suivi d'un contrat à durée indéterminée à compter du 1er avril 2021, sans cependant qu'il y ait eu de demande d'autorisation de travail auprès de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen attentif et circonstancié de sa situation personnelle et familiale doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 4 de l'accord franco-algérien : " Les membres de la famille qui s'établissent en France sont mis en possession d'un certificat de résidence de même durée de validité que celui de la personne qu'ils rejoignent. / Sans préjudice des dispositions de l'article 9, l'admission sur le territoire français en vue de l'établissement des membres de famille d'un ressortissant algérien titulaire d'un certificat de résidence d'une durée de validité d'au moins un an, présent en France depuis au moins un an sauf cas de force majeure, et l'octroi du certificat de résidence sont subordonnés à la délivrance de l'autorisation de regroupement familial par l'autorité française compétente. () Peut être exclu de regroupement familial : () / 2 - un membre de la famille séjournant à un autre titre ou irrégulièrement sur le territoire français ".
5. Il ressort des pièces du dossier que l'épouse de M. A a séjourné sur le territoire français sous couvert d'un certificat de résidence algérien portant la mention " étudiant - élève " valable du 4 février 2020 au 3 février 2021, puis s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire français à l'expiration de la durée de validité de son certificat de résidence. Mme D n'était donc pas régulièrement autorisée à séjourner sur le territoire national à la date de la décision attaquée. Il résulte de ce qui précède que, pour opposer un refus à la demande présentée par M. A, la préfète du Val-de-Marne a pu, sans méconnaitre l'article 4 de l'accord franco-algérien, retenir le caractère irrégulier de la présence en France de son épouse. Il ne ressort par ailleurs pas des pièces du dossier, et en particulier de la décision attaquée elle-même, que la préfète du Val-de-Marne se serait crue en situation de compétence liée en l'espèce, la préfète ayant notamment motivé sa décision au terme d'un examen de la situation personnelle et familiale de M. A, de Mme D et de leur enfant à naitre.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Lorsqu'il se prononce sur une demande de regroupement familial, le préfet est en droit de rejeter la demande dans le cas où l'intéressé ne justifierait pas remplir l'une ou l'autre des conditions légalement requises notamment, comme en l'espèce, en cas de présence anticipée sur le territoire français du membre de la famille bénéficiaire de la demande. Il dispose toutefois d'un pouvoir d'appréciation et n'est pas tenu par les dispositions précitées, notamment dans le cas où il est porté une atteinte excessive au droit de mener une vie familiale normale tel qu'il est protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
7. Il ressort des pièces du dossier, d'une part, que l'épouse de M. A réside sur le territoire français en situation irrégulière après avoir poursuivi ses études sur le territoire national sous couvert d'un certificat de résidence algérien portant la mention " étudiant - élève " valable du 4 février 2020 au 3 février 2021, puis s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire français à l'expiration de la durée de validité de son certificat de résidence. S'il ressort de la décision attaquée elle-même que Mme D a travaillé dans le cadre d'un contrat à durée déterminée du 16 novembre 2020 au 31 mars 2021, suivi d'un contrat à durée indéterminée à compter du
1er avril 2021, sans cependant qu'il y ait eu de demande d'autorisation de travail auprès de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette circonstance ait été prise en considération par la préfète comme une condition supplémentaire à celles définies par l'accord franco-algérien. Par suite, ce moyen doit être écarté.
8. D'autre part, il ressort également des pièces du dossier qu'à la date de la décision litigieuse, M. A et Mme D étaient mariés depuis un peu plus de trois ans, et que leur enfant n'était pas encore née. En outre, M. A et Mme D, qui sont tous deux de nationalité algérienne, disposent d'attaches familiales en Algérie. Ainsi, à la date de la décision qui est contestée, la séparation de la famille durant la période nécessaire à l'instruction d'une demande régulière de regroupement familial n'apparaissait pas, compte tenu des circonstances de l'espèce, excessive. Par suite, eu égard à ses effets, la décision contestée refusant d'accorder à M. A le bénéfice du regroupement familial au profit de son épouse n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme doit donc être écarté. Pour les mêmes motifs, M. A n'est pas davantage fondé à soutenir que la préfète du Val-de-Marne aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
9. En cinquième lieu, aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
10. Il ressort des pièces du dossier que M. A et Mme D sont parents d'une jeune B née le 17 février 2022 à Montreuil (Seine-Saint-Denis), qui n'était pas encore née à la date de la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ne peut être accueilli, alors au demeurant que la décision n'implique pas, par elle-même, une séparation de la famille au-delà de la période nécessaire à l'instruction d'une demande régulière de regroupement familial.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A et à la préfète du Val-de-Marne.
Délibéré après l'audience du 9 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Lalande, président,
M. Dumas, premier conseiller.
M. Pradalié, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition du greffe le 30 novembre 2023.
Le rapporteur,
G. PRADALIELe président,
D. LALANDE
La greffière,
C. BOURGAULT
La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026