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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2201520

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2201520

jeudi 13 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2201520
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantFALALA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 février 2022, Mme D B née C, représentée par Me Lerat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 décembre 2021 par lequel le maire de Tournan-en-Brie l'a placé en disponibilité d'office pour raisons de santé, à titre conservatoire ;

2°) d'enjoindre à la commune de Tournan-en-Brie de procéder, sans délai, au réexamen de sa situation individuelle, au paiement de son plein traitement et au retrait de l'arrêté litigieux de son dossier administratif ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Tournan-en-Brie une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation ;

- il est entaché d'erreur de droit, dès lors que son état de santé est imputable au service, au titre de l'accident de service survenu le 19 octobre 2018, et qu'elle était ainsi fondée à être maintenue en congé de maladie ordinaire à plein traitement.

Par un mémoire, enregistré le 1er février 2023, la commune de Tournan-en-Brie, représentée par Me Falala, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 500 euros soit mise à la charge de Mme B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ordonnance du 6 février 2023, la clôture d'instruction a été reportée au 2 mars 2023 à 12 h 00.

Un mémoire a été enregistré pour Mme B le 2 mars 2023 et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 86-68 du 13 janvier 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de Mme Mentfakh, rapporteure publique,

- et les observations de Me Lerat, représentant Mme B, et de Me Falala, représentant la commune de Tournan-en-Brie.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D B, titulaire du grade d'agent technique spécialisé des écoles maternelles principal de première classe depuis le 18 décembre 2017, exerçait ses fonctions auprès des services de la commune de Tournan-en-Brie. A la suite de difficultés survenues à compter de 2017 au sein de la crèche dans laquelle elle était affectée et d'un incident survenu le 19 octobre 2018, Mme B a développé un syndrome dépressif et a été placée en congé de maladie ordinaire à compter du 19 octobre 2018, puis à demi-traitement à compter du 5 janvier 2019. A la suite de procédures contentieuses, par arrêtés des 23 juin et 23 septembre 2020, le maire a reconnu l'imputabilité au service de la rechute de son accident de service à compter du 13 juin 2019 et l'a placé en congé d'invalidité temporaire imputable au service rémunéré à plein traitement du 13 juin 2019 au 11 avril 2020, puis du 12 mai au 20 octobre 2020. Par un arrêté n° 2020/78 du 15 mars 2021, le maire l'a maintenu en congé pour invalidité temporaire au service pour la période courant du 21 octobre au 13 décembre 2020. Par un arrêté du même jour n° 2021/79, le maire l'a placé en congé de maladie ordinaire à compter du 14 décembre 2020, date retenue de consolidation de son état, à plein traitement jusqu'au 13 mars 2021, puis à demi-traitement du 14 au 30 mars 2021. Puis, par un nouvel arrêté du 13 avril 2021, le maire l'a maintenu en congé de maladie ordinaire à demi-traitement du 30 mars au 6 juin 2021, puis, par un arrêté du 18 octobre 2021, du 5 octobre au 4 décembre 2021. Enfin, par un arrêté du 14 décembre 2021, dont Mme B demande l'annulation, le maire de Tournan-en-Brie l'a placé en disponibilité d'office pour raisons de santé, à titre conservatoire, à compter de cette même date.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. Il résulte de ses termes que l'arrêté attaqué mentionne l'ensemble des textes applicables à la situation de Mme B ainsi que, notamment, la circonstance qu'elle est placée en congé de maladie ordinaire depuis le 14 décembre 2020, compte tenu de l'épuisement de ses droits à congés à la date de l'arrêté attaqué et de la saisine du comité médical départemental. Ainsi, contrairement à ce que fait valoir Mme B, l'arrêté contesté comporte l'ensemble des considérations de de droit et de fait qui le fondent, de sorte que le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions relatives à la fonction publique territoriale, alors en vigueur, désormais codifié aux articles L. 822-1 et suivants du code général de la fonction publique : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. () Le bénéfice de ces dispositions est subordonné à la transmission par le fonctionnaire, à son administration, de l'avis d'arrêt de travail justifiant du bien-fondé du congé de maladie, dans un délai et selon les sanctions prévues en application de l'article 58. / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite, à l'exception des blessures ou des maladies contractées ou aggravées en service, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite () ". Il résulte de ces dispositions que doivent être pris en charge au titre de l'accident des service les arrêts de travail et les frais médicaux présentant un lien direct et certain avec l'accident initial y compris, le cas échéant, s'ils interviennent postérieurement à la date de consolidation constatée par l'autorité compétente.

5. Par ailleurs, aux termes de l'article 72 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée, alors en vigueur, désormais codifié aux articles L. 514-1 et suivants du code général de la fonction publique : " La disponibilité est la position du fonctionnaire qui, placé hors de son administration ou service d'origine, cesse de bénéficier, dans cette position, de ses droits à l'avancement et à la retraite. / () La disponibilité est prononcée, soit à la demande de l'intéressé, soit d'office à l'expiration des congés prévus aux 2°, 3° et 4° de l'article 57 () ". Aux termes de l'article 19 du décret du 13 janvier 1986 relatif aux positions de détachement, de disponibilité, de congé parental des fonctionnaires territoriaux et à l'intégration : " La mise en disponibilité peut être prononcée d'office à l'expiration des droits statutaires à congés de maladie prévus au premier alinéa du 2°, au premier alinéa du 3° et au 4° de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 () ".

6. Il ressort des pièces du dossier, notamment du rapport d'expertise médicale réalisée par un psychiatre agréé le 18 novembre 2020, que l'état de santé de Mme B a été considéré comme étant consolidé en date du 20 octobre 2020 et que les arrêts de travail postérieurs à cette date n'étaient plus imputables à cet accident. Le maire de Tournan-en-Brie a fixé in fine au 14 décembre 2020, la date de consolidation de son état, Mme B n'ayant pas contesté, de plus, ces conclusions médicales. Si Mme B conteste la date de consolidation ainsi retenue, elle ne fait état que d'une lettre de liaison rédigée par un médecin psychiatre, le 18 mars 2021, faisant état des troubles dépressifs à l'origine de son hospitalisation du 26 février au 17 mars 2021 et qui auraient été réactivés à la suite de sa consultation avec le médecin expert concluant à la consolidation de son état, le 18 novembre 2020. Toutefois, alors même qu'il est constant que Mme B fait encore l'objet de soins, la seule lettre de liaison du 18 mars 2021 dont elle se prévaut, au soutien de son moyen, est insuffisante d'une part pour remettre en cause sérieusement et de manière circonstanciée les conclusions du rapport d'expertise médicale du 18 novembre 2020, et d'autre part pour établir que les différents arrêts de travail dont elle a fait l'objet, préalablement à l'édiction de l'arrêté attaqué, présentent un lien avec l'accident survenu le 19 octobre 2018 et reconnu imputable au service. Dans ces conditions, en l'absence de tout élément apporté par Mme B a laquelle incombe la charge de la preuve, de nature à établir le lien entre ses arrêts de travail préalables à l'édiction de l'arrêté litigieux et son accident de service survenu le 19 octobre 2018, justifiant le maintien de son placement en congé de maladie, celle-ci n'est pas fondée à soutenir que le maire de Tournan-en-Brie aurait méconnu les dispositions précitées, ni davantage porté une appréciation erronée sur sa situation, en la plaçant en disponibilité d'office pour raisons de santé à compter du 14 décembre 2021, en raison de l'expiration de ses droits à congé de maladie ordinaire.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à sa charge la somme réclamée par la commune de Tournan-en-Brie sur le même fondement.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Tournan-en-Brie sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B née C et à la commune de Tournan-en-Brie.

Délibéré après l'audience du 30 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Lopa Dufrénot, présidente,

Mme Leconte, conseillère,

Mme Delon, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 avril 2023.

La rapporteure,

E. A

La présidente,

M. ELa greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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