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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2201577

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2201577

vendredi 13 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2201577
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre
Avocat requérantSAS ITRA CONSULTING

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 16 février 2022, le 1er avril 2022 et le 29 juin 2022, M. B A, représenté par Me Traore, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 4 février 2022 par lesquelles le préfet de Seine-et-Marne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- le préfet s'est estimé en situation de compétence liée au regard du procès-verbal d'interpellation ;

- son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- le préfet a privé sa décision de base légale dès lors qu'il aurait dû se fonder sur la convention franco-ivoirienne relative à la circulation et au séjour des personnes du 21 septembre 1992, ainsi que sur les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; la substitution de base légale ne peut être envisagée dès lors que les conditions ne sont pas remplies ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des articles L. 412-3 et L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par exception tirée de l'illégalité de la décision portant retrait du titre de séjour sur laquelle elle est fondée ;

- cette décision est illégale dès lors qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 avril 2022, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une lettre du 4 juillet 2022, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience et que l'instruction pourrait être close à partir du 1er août 2022 sans information préalable.

Une ordonnance de clôture immédiate a été prise le 1er juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention franco-ivoirienne relative à la circulation et au séjour des personnes du 21 septembre 1992 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Senichault de Izaguirre a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien, titulaire d'un titre de séjour étudiant qui expirait le 5 janvier 2022, a sollicité son renouvellement. Par un arrêté du 4 février 2022, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de renouveler le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, il demande l'annulation des décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté en litige vise les textes dont il fait application, notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et celui des relations entre le public et l'administration. Il vise également les circonstances de faits propres à la situation de M. A, notamment qu'il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour mention " étudiant " mais que les dispositions de l'article L. 412-5 du code précité prévoit que la circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire ou de la carte de séjour pluriannuelle et que, en l'espèce, M. A a été interpellé le 29 septembre 2021 par le commissariat de Villeparisis pour des faits de proxénétisme. L'arrêté attaqué précise également qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à sa situation personnelle ainsi qu'à sa vie familiale et qu'il n'allègue pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dans son pays d'origine. Enfin, l'arrêté attaqué précise qu'il ne contrevient pas aux stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, l'arrêté litigieux comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de sa motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de Seine-et-Marne se serait cru en situation de compétence liée au regard du procès-verbal d'interpellation de M. A.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an ". Aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle () ".

5. Lorsque l'administration oppose à un ressortissant étranger un motif lié à la menace à l'ordre public pour refuser de faire droit à sa demande de titre de séjour, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision. La menace pour l'ordre public s'apprécie au regard de l'ensemble des éléments de fait et de droit caractérisant le comportement personnel de l'étranger en cause. Il n'est donc ni nécessaire, ni suffisant que le demandeur ait fait l'objet de condamnations pénales. L'existence de celles-ci constitue cependant un élément d'appréciation au même titre que d'autres éléments tels que la nature, l'ancienneté ou la gravité des faits reprochés à la personne ou encore son comportement habituel.

6. En l'espèce, pour rejeter sur le fondement des articles L. 412-5, L. 432-1 et L. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la demande de renouvellement de titre de séjour présentée par M. A, le préfet de Seine-et-Marne a estimé que la présence de l'intéressé en France présente une menace pour l'ordre public. Il ressort de l'arrêté attaqué et des pièces du dossier que, M. A a été interpellé le 29 septembre 2021 par le commissariat de Villeparisis pour des faits de proxénétisme dont il a reconnu la matérialité et que le 1er octobre 2021, le tribunal correctionnel de Meaux a reconnu le requérant coupable de ces mêmes faits et l'a condamné à huit mois d'emprisonnement avec sursis. Ainsi, eu égard à la gravité des faits reprochés au requérant et à leur caractère récent, c'est sans erreur d'appréciation que le préfet de Seine-et-Marne a pu estimer que la présence du requérant en France constitue une menace à l'ordre public.

7. En quatrième lieu, compte tenu du motif retenu à bon droit par le préfet pour fonder sa décision, M. A, qui fait valoir qu'il remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour mention étudiant, ne peut utilement soutenir que le préfet a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des articles L. 412-3 et L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En cinquième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le préfet de Seine-et-Marne, qui a refusé la délivrance du titre de séjour à M. A au motif que la présence de l'intéressé en France présentait une menace pour l'ordre public, n'a pas privé sa décision de base légale en ne se fondant pas sur les stipulations de la convention franco-ivoirienne relative à la circulation et au séjour des personnes du 21 septembre 1992, ainsi que sur les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. M. A soutient qu'il est inscrit dans un établissement pour la poursuite de ses études et qu'il dispose d'une vie privée et familiale en France, notamment par la présence de son frère sur le territoire. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant est présent en France depuis août 2019, qu'il a résidé en France sous couvert de titres de séjour mention étudiant qui ne lui donnaient pas vocation à s'installer durablement sur le territoire français et qu'il a terminé ses études en 2021. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier qu'il est sans enfant et n'est pas dépourvu d'attaches privées et familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 28 ans. Enfin, la décision attaquée est justifiée par l'atteinte portée par le requérant à l'ordre public. Par suite, la décision attaquée ne porte pas au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et le moyen tiré d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, le requérant ne peut se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour pour demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

12. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ".

13. M. A s'est vu refuser le renouvellement de son titre de séjour et entre ainsi dans le champ d'application de la disposition précitée du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile où le préfet peut prononcer une obligation de quitter le territoire français. Le moyen tiré du défaut de base légale ne peut qu'être écarté.

14. En troisième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10 du présent jugement, le moyen tiré de ce que le préfet de Seine-et-Marne aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 22 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Mullié, présidente,

Mme Blanc, conseillère,

Mme Senichault de Izaguirre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2023.

La rapporteure,

J. SENICHAULT DE IZAGUIRRELa présidente,

N. MULLIE

La greffière,

C. ROUILLARD

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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