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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2201695

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2201695

jeudi 11 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2201695
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantDRAIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 février 2022 et le 22 mai 2023, la société civile immobilière Arthéo (SCI Arthéo), représentée par Me Clavier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 14 février 2022 par laquelle la communauté d'agglomération de Melun - Val de Seine (CAMVS) a rejeté sa demande indemnitaire d'un montant de 50 000 euros relative à l'occupation illégale de son terrain par des gens du voyage ;

2°) de condamner la communauté d'agglomération de Melun - Val de Seine à lui verser une indemnité de 50 000 euros en réparation du préjudice subi, et la condamner en tous les frais et dépens.

Elle soutient que :

- elle avait consenti sur le terrain dont elle est propriétaire un bail commercial en date du 3 septembre 2021 moyennant un loyer mensuel hors taxes et hors charges de 2 500 euros ;

- l'installation de gens du voyage sur le terrain dont elle est propriétaire est en lien direct avec la carence de la CAMVS à respecter les dispositions de la loi en ce qui concerne l'accueil des gens du voyage ;

- la procédure d'expulsion des gens du voyage occupant illégalement son terrain a entraîné des coûts que le propriétaire n'est pas tenu de supporter ;

- le lien de causalité entre la carence de la CAMVS dans ses obligations légales et le préjudice anormal et spécial subi par la SCI Arthéo est établi.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 23 juin 2022 et le 15 juin 2023, la communauté d'agglomération de Melun - Val de Seine (CAMVS), représentée par Me Drain, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la SCI Arthéo au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par la SCI Arthéo ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pradalié,

- les conclusions de M. Allègre, rapporteur public,

- les observations de Me Drain, représentant la communauté d'agglomération de Melun - Val de Seine.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI Arthéo est propriétaire d'un terrain situé au 25 rue Benjamin Franklin à la Rochette (Seine-et-Marne). Entre le samedi 2 octobre 2021 à 21h30 et le 4 octobre 2021 à 07h30, un groupe de gens du voyage s'est installé illégalement sur ce terrain. Par une décision du

14 février 2022, la communauté d'agglomération de Melun - Val de Seine (CAMVS) a rejeté la demande indemnitaire d'un montant de 50 000 euros présentée pour la SCI Arthéo. La société requérante demande de condamner la communauté d'agglomération de Melun - Val de Seine à lui verser une indemnité de 50 000 euros en réparation du préjudice subi.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Aux termes de l'article 1er de la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage : " I. - Les communes participent à l'accueil des personnes dites gens du voyage et dont l'habitat traditionnel est constitué de résidences mobiles installées sur des aires d'accueil ou des terrains prévus à cet effet. () II. - Dans chaque département, au vu d'une évaluation préalable des besoins et de l'offre existante, notamment de la fréquence et de la durée des séjours des gens du voyage, de l'évolution de leurs modes de vie et de leur ancrage, des possibilités de scolarisation des enfants, d'accès aux soins et d'exercice des activités économiques, un schéma départemental prévoit les secteurs géographiques d'implantation et les communes où doivent être réalisés : 1° Des aires permanentes d'accueil, ainsi que leur capacité ; 2° Des terrains familiaux locatifs aménagés et implantés dans les conditions prévues à l'article L. 444-1 du code de l'urbanisme et destinés à l'installation prolongée de résidences mobiles, le cas échéant dans le cadre des mesures définies par le plan départemental d'action pour le logement et l'hébergement des personnes défavorisées, ainsi que le nombre et la capacité des terrains ; 3° Des aires de grand passage, destinées à l'accueil des gens du voyage se déplaçant collectivement à l'occasion des rassemblements traditionnels ou occasionnels, ainsi que la capacité et les périodes d'utilisation de ces aires. Le schéma départemental définit les conditions dans lesquelles l'Etat intervient pour assurer le bon déroulement des rassemblements traditionnels ou occasionnels et des grands passages () ". Aux termes de l'article 2 de la même loi : " I.-A.-Les communes figurant au schéma départemental et les établissements publics de coopération intercommunale compétents en matière de création, d'aménagement, d'entretien et de gestion des aires d'accueil des gens du voyage et des terrains familiaux locatifs définis aux 1° à 3° du II de l'article 1er sont tenus, dans un délai de deux ans suivant la publication de ce schéma, de participer à sa mise en œuvre ".

3. En premier lieu, si la SCI Arthéo soutient que la CAMVS n'a pas respecté ses obligations en ce qui concerne l'accueil des gens du voyage, il résulte de l'instruction que le schéma départemental d'accueil et d'habitat des gens du voyage de Seine-et-Marne, approuvé par l'arrêté du préfet de Seine-et-Marne n° 2020/DDT/SHRU/24 en date du 20 juillet 2020, détermine le nombre d'aires d'accueil existantes, le nombre de places réalisées et le nombre de places restant à réaliser. Ce schéma indique que la totalité des 116 places à réaliser par la CAMVS prévues par le schéma précité étaient déjà réalisées au jour de l'approbation du schéma, seules restant à transformer 8 places existantes en places de type " terrains familiaux locatifs ". Par suite, le moyen tiré de la carence fautive de la CAMVS à respecter ses obligations en ce qui concerne l'accueil des gens du voyage doit être écarté.

4. En second lieu, d'une part, il n'est pas établi qu'un manque de places d'accueil des gens du voyage aurait conduit à l'occupation du terrain de la SCI Arthéo, et, d'autre part, il n'est pas établi que le groupe de gens du voyage s'étant installé sur le terrain de la SCI Arthéo, représenté par M. A et M. B, utiliserait habituellement les aires d'accueil des gens du voyage quand elles existent et sont disponibles. Par suite, le lien de causalité entre les préjudices que la SCI Arthéo soutient avoir subis et l'absence de places disponibles pour l'accueil des gens du voyage n'est pas établi.

5. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la SCI Arthéo doit être rejetée en toutes ses conclusions.

Sur les frais liés au litige :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre de somme à la charge de la SCI Arthéo au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SCI Arthéo est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la CAMVS présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière Arthéo et à la communauté d'agglomération de Melun - Val de Seine.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Lalande, président,

M. Dumas, premier conseiller,

M. Pradalié, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 11 juillet 2024.

Le rapporteur,

G. PRADALIELe président,

D. LALANDE

La greffière,

C. KIFFER

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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