vendredi 31 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2201699 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | GONZALEZ AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 18 février 2022 et le 4 mars 2022 , Mme B C Le, représentée par Me Gonzalez, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 février 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son égard une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de condamner l'Etat aux entiers frais et dépens ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé en droit et en fait ; il est stéréotypé ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne pour la sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle dispose de la totalité de ses centres d'intérêt en France ;
- il est entachée d'erreur manifeste d'appréciation compte tenu de son insertion dans le monde du travail ; elle est employée polyvalente au sein de la société Lise Beauté et elle justifie de fiches de paie ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 avril 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
La présidente du Tribunal a désigné M. D pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, M. D a lu son rapport en l'absence des parties qui n'étaient ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. 1. Mme B C Le, ressortissante vietnamienne né le 7 mai 1996 à Ha Tinh (Vietnam) est entrée en France le 13 janvier 2019 en possession d'un passeport vietnamien revêtu d'un visa de courte durée. Mme Le a été interpellée le 17 février 2022 dans le cadre d'une opération de contrôle réalisée au sein du salon d'esthétique " Lise Beauté " au 134 rue de la Piazza à Noisy-le-Grand (93160) sur réquisition du procureur de la République de Bobigny. Par un arrêté du 17 février 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son égard une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne le moyen tiré de l'insuffisance de motivation :
2. En premier lieu, l'arrêté en litige vise les dispositions de l'article L. 611-1 à L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne pour la sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et mentionne que Mme Le s'est maintenue sur le territoire français après l'expiration de son visa valable du 10 janvier 2019 au 24 février 2019. Par suite, la décision faisant obligation à Mme A de quitter le territoire français comporte les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement.
3. En deuxième lieu, l'arrêté en litige vise expressément les dispositions de l'article L. 612-2 à L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que la requérante n'apporte pas la preuve qu'elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour après l'expiration de son visa et que si elle a déclaré un lieu de résidence, elle ne justifie pas d'une résidence stable et effective dans un local affecté à son habitation principale. Par suite, la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire comporte les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement.
4. En troisième lieu, l'arrêté en litige vise les dispositions de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 3 de la convention européenne pour la sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et mentionne la nationalité vietnamienne de la requérante en précisant que l'intéressée n'établit pas être exposée à des peines ou traitement contraires à la convention européenne pour la sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, la décision fixant le pays de renvoi comporte les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement.
5. En quatrième lieu, l'arrêté en litige fait référence aux dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que Mme Le déclare être entrée en France le 13 janvier 2019, et qu'elle ne justifie pas de l'ancienneté de liens personnels et familiaux en France. Si l'arrêté en litige ne se prononce pas sur l'existence de menace pour l'ordre public ou sur celle d'une précédente mesure d'éloignement, ces circonstances sont sans incidence sur la motivation de la décision en litige dès lors que le préfet ne s'est pas fondé sur de telles considérations pour édicter une telle mesure. Par suite, l'arrêté en litige atteste de la prise en compte par l'autorité préfectorale, au vu de la situation de l'intéressée, des quatre critères énoncés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision en litige doit être écarté comme manquant en fait.
6. Il résulte de ce qui a été dit du point 2 au point 5 du présent jugement que les moyens tirés de ce que les décisions contenues dans l'arrêté en litige seraient entachées d'insuffisance de motivation ne peuvent qu'être écartés.
En ce qui concerne la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne pour la sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales :
7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
8. Mme Le, née le 7 mai 1996, soutient qu'elle est présente en France depuis janvier 2019, que par sa présence sur le territoire français et par son insertion dans l'emploi, elle doit être regardée comme y ayant fixé le centre de ses intérêts privés. Toutefois, la requérante n'apporte pas d'élément de nature à justifier de son insertion dans la société française en dehors de son activité professionnelle. En outre, Mme Le, célibataire et sans enfant à charge en France, n'établit pas être dépourvue d'attaches familiale dans son pays d'origine où il n'est pas contesté qu'elle a vécu jusqu'à son départ pour la France à l'âge de 22 ans. Dans ces conditions, Mme Le n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français a été prise. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision faisant obligation à Mme A de quitter le territoire français aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. En outre, pour ces mêmes motifs de fait, les décisions portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français pendant douze mois ne méconnaissent pas davantage les stipulations de l'article 8 de la convention européenne pour la sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Enfin, dans les circonstances de l'espèce, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi méconnaîtrait de telles stipulations est inopérant.
9. Il résulte de ce qui précède que les moyens tirés de ce que les décisions contenues dans l'arrêté en litige méconnaîtraient les stipulations de l'article 8 de la convention européenne pour la sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.
En ce qui concerne le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation :
10. Mme Le verse aux débats un contrat à durée indéterminée conclu le 1erdécembre 2020 pour un salaire brut de 1 055,60 euros sur la base d'une quotité de travail de 104 heures par mois, ainsi que trente-trois bulletins de salaire montrant une progression de salaire de 528 euros par mois à 1 358 euros par mois sur presque trois ans. En outre, la requérante produit deux avis d'imposition aux montants croissants de revenus déclarés, aboutissant à une imposition encore nulle, mais révélant une volonté d'honorer ses obligations fiscales. Enfin, la requérante produit une demande d'autorisation de travail établie par son employeur afin de régulariser sa situation auprès des services de la préfecture et de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi, ainsi qu'une déclaration à l'Union de recouvrement des cotisations de sécurité sociale et d'allocations familiales. Si ces éléments traduisent une volonté réelle d'insertion professionnelle et manifestent une aspiration à la régularité, ils ne suffisent pas en l'état pour établir qu'en lui faisant obligation de quitter le territoire français le préfet de la Seine Saint Denis aurait commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle et professionnelle. Pour ces mêmes motifs de fait, le préfet ne saurait être regardé comme ayant commis une erreur manifeste d'appréciation en prononçant une décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, d'interdiction de retour sur le territoire français et de fixation du pays de renvoi.
11. Il résulte de ce qui précède que les moyens tirés de ce que les décisions contenues dans l'arrêté en litige seraient entachées d'erreur manifeste d'appréciation au regard de la situation personnelle et professionnelle de Mme Le ne peuvent qu'être écartés.
12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme Le n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 17 février 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E
Article 1er : La requête de Mme Le est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C Le et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mars 2023.
Le magistrat désigné,
S. DLa greffière,
L. DARNAL
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2201699
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026