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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2201752

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2201752

vendredi 31 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2201752
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantKAYA KAZIM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 février 2022 Mme C A, représentée par Me Kaya, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 février 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français sous un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de quinze jour à compter de la notification du présent jugement sous astreinte de 100 euros par jours de retard ou à défaut de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions d'astreinte, et de lui délivrer un autorisation provisoire de séjour pendant le réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- l'auteur de cette décision n'a pas justifié de sa compétence ;

- la décision attaquée est irrégulière, car elle a méconnu les dispositions de l'article L. 531-40 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle disposait de 9 mois avant que la clôture de son dossier ne soit définitive et qu'en ne lui permettant pas de solliciter une telle réouverture le préfet a méconnu les dispositions précitées ;

- elle est entachée d'erreur de droit, en ce que le préfet a méconnu l'étendue de son pouvoir d'appréciation ; la requérante a été persécutée en raison de son activité de journaliste et pour son militantisme au sein du parti démocratique des peuples HDP (direction provinciale d'Antalya) ; elle a fait l'objet de neuf procès, dont trois acquittements et deux condamnations pour offense au président de la République ;

- elle a méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne pour la sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays d'éloignement :

- La décision attaquée est illégale, en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- Elle est entachée d'erreur de droit au regard des dispositions de la directive n° 2008/115/CE du Parlement Européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;

- Elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de la situation de la requérante.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 février 2022, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. B pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les observations de Mme A, qui verse une décision portant reconnaissance de la qualité de réfugié établie par les services administratifs de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ;

- Le préfet de Seine-et-Marne n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A, ressortissante turque née le 19 janvier 1993 à Diyerbakir (Turquie) est entrée en France pour y solliciter l'asile. Le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a prononcé le 29 décembre 2021 la clôture de l'examen de sa demande d'asile sur le fondement des dispositions de l'article L. 531-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 2 février 2022, le préfet de Seine-et-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français sur le fondement des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lui a accordé un délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 611-1 de ce code prévoit que " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; (). ". Selon l'article L. 613-6 du même code : " Lorsque la qualité de réfugié ou d'apatride est reconnue ou le bénéfice de la protection subsidiaire accordé à un étranger ayant antérieurement fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, l'autorité administrative abroge cette décision. Elle délivre au réfugié la carte de résident prévue à l'article L. 424-1, au bénéficiaire de la protection subsidiaire la carte de séjour pluriannuelle prévue à l'article L. 424-9 et à l'étranger qui a obtenu le statut d'apatride la carte de séjour pluriannuelle prévue à l'article L. 424-18. ".

3. Postérieurement à l'introduction de sa requête devant le Tribunal, Mme A s'est vue reconnaître la qualité de réfugié par une décision du 30 septembre 2022 du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Cette décision, qui revêt un caractère recognitif, a eu pour effet de rétroagir à la date de la décision attaquée. Par suite, Mme A peut s'en prévaloir pour contester la légalité de l'obligation de quitter le territoire français prise antérieurement à son intervention. Dès lors, le préfet de Seine-et-Marne ne pouvait pas légalement prendre l'obligation de quitter le territoire français ni, par suite, la décision lui accordant un délai de départ volontaire de trente jour, ni celle fixant le pays de destination duquel elle pourra être éloignée d'office.

4. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 2 février 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français sous un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

5. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ". Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".

6. La décision du 30 septembre 2022 par laquelle le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a reconnu la qualité de réfugié de Mme A implique nécessairement, en application des dispositions précitées de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que soit délivrée à l'intéressée, sans délai à compter de la notification du présent jugement, la carte de résident prévue à l'article L. 424-1 du même code. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'à la date du présent jugement, le préfet de Seine-et-Marne lui aurait délivré un tel titre de séjour. Dans ces conditions, il y a lieu d'enjoindre au préfet de procéder à cette délivrance à compter de la réception du présent jugement. En revanche, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer une astreinte.

Sur les frais d'instance :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État (préfet de Seine-et-Marne), qui est, dans la présente instance, la partie perdante, une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.

D E C I D E

Article 1 : L'arrêté du 2 février 2022, par lequel le préfet de Seine-et-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français sous un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office, est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Seine-et-Marne de délivrer à Mme A la carte de résident prévue à l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sans délai à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État (préfet de Seine-et-Marne) versera à Mme A une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au préfet de Seine-et-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mars 2023.

Le magistrat désigné,

S. BLa greffière,

L. DARNAL

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°220175

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