mercredi 12 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2201805 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | TAJ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 février 2022, M. C B, représenté par Me Taj, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 août 2021 par lequel la préfète du Val-de-Marne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne, ou à tout autre autorité compétente, à titre principal de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, le tout dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et de lui délivrer durant le réexamen de sa situation une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur le refus de titre de séjour :
- la décision attaquée est entachée d'incompétence, à défaut de preuve de la délégation de signature régulière dont bénéficiait son signataire ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation en fait ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la Convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'erreurs de faits ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision attaquée est entachée d'incompétence, à défaut de preuve de la délégation de signature régulière dont bénéficiait son signataire ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation en fait ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur la décision fixant le pays de destination :
- la décision attaquée est illégale du fait de l'illégalité entachant, par voie d'exception, les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français.
La préfète du Val-de-Marne, à qui la requête a été communiquée le 28 février 2022, n'a pas produit d'observations.
Une mise en demeure a été adressée le 22 novembre 2022 à la préfète du Val-de-Marne.
Par ordonnance du 14 décembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 14 janvier 2023 à 12 h 00.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la Convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Delon.
Considérant ce qui suit :
1. M. C B, ressortissant indien né le 18 mars 1989, est entré sur le territoire français le 26 novembre 2011, muni d'un visa puis, après être reparti en Inde, est revenu en France le 13 mars 2018, muni d'un visa délivré par les autorités espagnoles, et s'est maintenu sur le territoire depuis lors. Le 13 juillet 2021, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour, sur le fondement de son insertion professionnelle. Par un arrêté du 2 août 2021, notifié le 25 janvier 2022 et dont il demande l'annulation, la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de séjour :
2. En premier lieu, par un arrêté du 1er mars 2021, publié au recueil des actes administratifs spécial du 1er mars 2021, la préfète du Val-de-Marne a délégué sa signature à M. A, en sa qualité de sous-préfet de Nogent-sur-Marne, à l'effet de signer tous les actes relevant des attributions de l'Etat dans l'arrondissement de Nogent-sur-Marne, au nombre desquels figure la décision contestée. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision litigieuse manque en fait et ne peut qu'être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
4. Contrairement à ce que soutient M. B, la décision contestée comporte l'ensemble des textes applicables à sa situation, notamment le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle comporte également l'énoncé des considérations de fait qui la fondent, tenant notamment aux conditions de séjour et à la situation personnelle et familiale de l'intéressé. Par conséquent, la décision attaquée est suffisamment motivée et le moyen doit être écarté.
5. En troisième lieu, il ressort des termes de la décision contestée que la préfète du Val-de-Marne s'est fondée sur l'ensemble des éléments qui avaient été portés à sa connaissance par l'intéressé lui-même, lequel n'établit pas la transmission d'autres éléments d'information qui auraient été omis par la préfète. Dès lors, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation particulière.
6. En quatrième lieu, d'une part, aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ". En application de ces dispositions, la préfète du Val-de-Marne, qui n'a pas produit d'observations en dépit de la mise en demeure qui lui a été adressée le 22 novembre 2022, est réputée acquiescer aux faits avancés par M. B, non contredits par les pièces du dossier.
7. D'une part, aux termes de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article 8 de la même convention : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. Tout d'abord, si M. B fait valoir les craintes de persécutions en cas de retour en Inde, il ne fournit aucune précision au soutien du moyen invoqué, permettant d'en apprécier le bien-fondé, de sorte que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
9. Ensuite, il ressort des pièces du dossier que M. B a épousé une compatriote en situation irrégulière et qu'un enfant est né de cette union le 14 septembre 2020. Toutefois, à supposer même que la préfète du Val-de-Marne soit réputée avoir acquiescé à ces faits, en application de l'article R. 612-6 du code de justice administrative, compte tenu du jeune âge de l'enfant et de la situation administrative de l'intéressé et de son épouse, rien ne ferait obstacle à la reconstitution de la cellule familiale dans le pays d'origine. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier et, il n'est pas même allégué, que le requérant dispose d'attaches personnelles en France, ni qu'il en soit dépourvu dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de 29 ans. Dans ces conditions, en prenant la décision attaquée, la préfète du Val-de-Marne n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée familiale normale et, par suite, n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 de la Convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".
11. Ainsi qu'il a été énoncé au point 9, compte tenu du jeune âge de l'enfant de l'intéressé, rien ne ferait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue dans le pays d'origine, de sorte que la mesure contestée n'a pas pour effet de séparer l'enfant de ses parents. Par conséquent, en prenant la décision attaquée, la préfète du Val-de-Marne n'a pas méconnu les stipulations précitées de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
12. En sixième lieu, d'une part, il ressort des termes de la décision attaquée que, pour prendre la mesure contestée, la préfète du Val-de-Marne s'est fondée notamment sur les faits tenant à la réalisation par l'intéressé de 948 heures de travail en 2018, 651 heures en 2019 et 195 heures entre les mois de janvier et juin 2021, sur l'absence de validation de certains bulletins de salaire par la caisse nationale d'assurance vieillesse et sur l'absence de validation de ces mêmes bulletins par des virements bancaires. Si M. B conteste l'exactitude matérielle de ces faits, il ne fait valoir que la transmission de l'ensemble des justificatifs à la préfecture ainsi qu'une demande réceptionnée par la caisse nationale d'assurance vieillesse le 28 janvier 2022. Ce faisant, il ne fait état d'aucun fait précis auquel la préfète du Val-de-Marne serait réputée avoir acquiescé, en application de l'article R. 612-6 précité, et ce en dépit du supplément d'instruction ordonné en ce sens par le greffe du tribunal le 4 mai 2023. Dans ces conditions, les seuls éléments dont se prévaut l'intéressé sont insuffisants pour remettre en cause l'exactitude matérielle des faits invoqués par la préfète dans la décision attaquée, de sorte que le moyen invoqué doit être écarté.
13. D'autre part, si M. B conteste l'exactitude matérielle du motif tiré de la fraude, il ne ressort pas des termes, au demeurant généraux et peu circonstanciés de la décision attaquée, que la préfète se soit fondée sur un tel motif pour prendre la mesure contestée. Ainsi, le moyen tiré de l'erreur de fait doit également, à cet égard, être écarté.
14. En dernier lieu, si le requérant fait valoir son insertion professionnelle, fait auquel la préfète du Val-de-Marne doit être réputée avoir acquiescé, en application de l'article R. 612-6 précité, il ressort des pièces du dossier que celle-ci demeure récente à la date de la décision contestée, eu égard au contrat à durée indéterminée dont il est titulaire depuis le 21 février 2019. En outre, il ne fait valoir aucun motif exceptionnel ni considération humanitaire. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que la préfète du Val-de-Marne aurait entaché la décision litigieuse d'une erreur manifeste dans l'appréciation portée sur sa situation.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour sont rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
16. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points précédents, les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée, du défaut de motivation en fait, du défaut d'examen sérieux de sa situation et de l'erreur manifeste d'appréciation, invoqués de manière identique par le requérant, doivent être écartés, la seule circonstance invoquée par M. B tenant à la détention d'un passeport valide et d'une résidence stable étant sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.
17. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français sont rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays de renvoi :
18. Il résulte de ce qui a été énoncé précédemment que les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ne sont pas entachées d'illégalité. Par conséquent, M. B n'est pas fondé à invoquer, par voie d'exception, l'illégalité de ces décisions à l'appui de ses conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision fixant le pays de renvoi.
19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 2 août 2021 de la préfète du Val-de-Marne sont rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la préfète du Val-de-Marne.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et de l'outre-mer.
Délibéré après l'audience du 27 juin 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Lopa Dufrénot, présidente,
Mme Delon, conseillère,
Mme Leconte, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2023.
La rapporteure,
E. DELON
La présidente,
M. LOPA DUFRÉNOTLa greffière,
C. TRÉMOUREUX
La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026