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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2201841

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2201841

vendredi 31 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2201841
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantDOGAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 février 2022 M. C A, représenté par Me Dogan, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 février 2022 par lequel le préfète du Val-de-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ;

2°) d'enjoindre au préfète du Val-de-Marne de réexaminer sa situation et de lui délivrer un dossier aux fins de saisine de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides au titre d'une demande de réexamen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ne sont pas suffisamment motivées ;

- l'arrêté en litige méconnait son droit à se maintenir sur le territoire français, dès lors qu'il n'est pas établi qu'une décision de rejet de la Cour nationale du droit d'asile aurait été lue en audience publique et aurait été notifiée à l'intéressé ;

- l'arrêté en litige méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne pour la sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que l'intéressé est engagé politiquement au sein du BDP, et que son épouse a subi des perquisitions en raison de son engagement pour la cause kurde.

La préfète du Val-de-Marne, représentée par le cabinet Actis, a produit des pièces complémentaires enregistrées le 13 février 2023. Ces pièces ont été communiquées au requérant.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. B pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- M. A n'était ni présent ni représenté.

- et les observations de Me Rahmouni, représentant de la préfète du Val-de-Marne qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant turc d'origine kurde né le 3 septembre 1976 à Mus (Turquie) est entré en France pour y solliciter l'asile. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision du 8 avril 2021 du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée le 28 octobre 2021 par la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 10 février 2022, la préfète du Val-de-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français sur le fondement des dispositions du 6° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lui a accordé un délai de départ volontaire de trente jour et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. Aux termes de l'article L. 611-1 de ce code prévoit que " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; (). ".

3. En premier lieu, le premier alinéa de de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. ". D'une part, M. A ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 211-1 du code des relations entre le public et l'administration à l'appui du moyen tiré du défaut de motivation de la décision litigieuse dès lors que la motivation des obligations de quitter le territoire français est explicitement prévue au premier alinéa de l'article L. 613-1 précité. D'autre part, l'arrêté en litige du 10 février 2022 de la préfète du Val-de-Marne mentionne de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision attaquée, et notamment que la demande d'asile de l'intéressé a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par une décision du 8 avril 2021 notifiée le 25 mai 2021 et par la Cour nationale du droit d'asile par une décision du 28 octobre 2021 notifiée le 9 novembre 2021, et que la décision en litige ne contrevient pas aux stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision en litige ne peut qu'être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. ". Selon l'article L. 542-1 de ce code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". L'article R. 531-19 du même code dispose que " La date de notification de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides qui figure dans le système d'information de l'office, et qui est communiquée au préfet compétent et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration au moyen de traitements informatiques, fait foi jusqu'à preuve du contraire. ". L'article R. 532-54 du même code prévoit que " Le secrétaire général de la Cour nationale du droit d'asile notifie la décision de la cour au requérant par lettre recommandée avec demande d'avis de réception et l'informe dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend du caractère positif ou négatif de la décision prise. Il la notifie également au directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides. ".

5. Il ressort des pièces du dossier, en particulier du relevé des informations de la base de données " TelemOfpra " produit en défense, dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, que la décision du 8 avril 2021 du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a été notifiée au requérant le 25 mai 2021 et que la décision de la Cour nationale du droit d'asile du 28 octobre 2021 lui a été notifiée le 9 novembre 2021. Il ressort de ce même document que le support juridictionnel du rejet du recours est une décision (mention " RJ " sur le document, par opposition à la mention " RJO " qui signifie que le rejet du recours a été prononcé par une ordonnance) dont la date, qui est celle de lecture en audience publique, est le 28 octobre 2021. En application de l'article L. 542-1 précité, la date de lecture de la décision de la CNDA est la date à laquelle prend fin le droit au maintien sur le territoire et celle à laquelle l'autorité administrative peut prendre la mesure litigieuse. Si M. A soutient que l'administration n'apporte pas la preuve que la décision de la Cour nationale du droit d'asile du 28 octobre 2021 aurait été lue en audience publique, il n'apporte lui-même aucun élément permettant de contester les mentions du relevé d'information précité. Ainsi, le requérant doit être regardé comme pouvant se maintenir sur le territoire français jusqu'au 28 octobre 2021. En outre, si M. A fait valoir que l'ordonnance du 2 décembre 2022 ne lui a pas été notifiée régulièrement, cet argument est sans incidence sur la régularité de la décision en litige dès lors que le recours devant la Cour nationale du droit d'asile contre la décision d'irrecevabilité du 31 août 2022 n'a pas d'effet suspensif. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le préfet ne justifie pas, soit de la lecture publique de la décision de la Cour portant rejet de la demande d'asile, soit de la notification d'ordonnance du président de la Cour nationale du droit d'asile portant rejet de la demande de réexamen de sa demande d'asile, doit être écarté.

6. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 10 février 2022 lui faisant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant fixation du pays de destination de la reconduite :

7. Aux termes de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes de l'article 33 de la Convention du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés : " 1. Aucun des États contractants n'expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques ".

8. En premier lieu, l'arrêté en litige vise les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et indique que M. A est un ressortissant turc, et que l'intéressé n'établit pas être exposé à des peines ou traitement contraires à la convention européenne pour la sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision en litige doit être écarté comme manquant en fait.

9 . En second lieu, M. A fait valoir qu'il encourt un risque pour sa vie et sa liberté en retournant en Turquie en raison de son engagement politique au sein du HDP. Toutefois, et alors même que sa demande de protection internationale a été rejetée par une décision du 28 octobre 2021 et une ordonnance du 2 décembre 2022 de la Cour nationale du droit d'asile, l'intéressé verse aux débats un extrait du site ANF News publié le 16 avril 2011 indiquant qu'il a fait partie d'un groupe de représentant du HDP qui a été condamné à un peine d'un an de prison au titre d'une infraction de propagande au profit d'une organisation illégale. En outre, si M. A insère dans des écritures des photographie d'une intervention des forces de police turque qu'il présente comme étant une perquisition à son domicile en présence de son épouse, les seuls éléments produits ne permettent pas d'identifier le lieu de l'intervention policière et les protagonistes. Dans ces conditions, M. A ne peut être considéré comme encourant un risque personnel et actuel au sens des stipulations citées au point 7 du présent jugement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations à l'encontre de la décision fixant le pays de destination doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 10 février 2022 lui fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.

11. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 10 février 2022 par lequel le préfète du Val-de-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la préfète du Val-de-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mars 2023.

Le magistrat désigné,

S. BLa greffière,

L. DARNAL

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2201841

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