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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2201854

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2201854

jeudi 8 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2201854
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantBERT LAZLI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 4 février, 19 mai et 13 octobre 2022, M. F D, représenté par Me Bert Lazli, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 février 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne, ou à tout préfet territorialement compétent, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", ou à défaut de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, en lui délivrant dans cette attente un récépissé de demande de titre de séjour avec autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à Me Bert Lazli, son avocate, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. D soutient que :

S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :

- elle a été édictée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen complet de sa situation ;

- elle est viciée, en l'absence de la saisine de la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 423-21 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, compte tenu de ses liens avec ses enfants français, de sa situation personnelle et familiale et de son ancienneté de séjour, et d'une erreur d'appréciation, dès lors qu'il ne présente pas une menace grave et actuelle à l'ordre public ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant.

S'agissant de la décision l'obligeant à quitter le territoire français :

- elle est entachée d'illégalité externe ;

- elle est illégale à raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- elle méconnaît les dispositions des 2° et 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale à raison de l'illégalité des décisions qu'elle assortit.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 avril 2022, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une lettre du 22 septembre 2022, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience et que l'instruction pourrait être close à partir du 14 octobre 2022 sans information préalable.

Une ordonnance portant clôture de l'instruction immédiate a été prise le 27 octobre 2022.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les observations de Me Bert Lazli, ainsi que celles du requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. F D, ressortissant congolais né le 11 février 1980 à Owando (République du Congo), a sollicité, le 23 juillet 2021, la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français. Par un arrêté du 4 février 2022 dont il demande l'annulation, le préfet de Seine-et-Marne a pris à son encontre une décision de refus de titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai d'un mois et fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, par un arrêté du 19 juillet 2021 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, dont les dispositions se combinent avec l'arrêté du 18 décembre 2020 portant organisation des services de la préfecture et des sous-préfectures publié au recueil des actes administratifs du 24 décembre 2020, le préfet de Seine-et-Marne a donné à M. E B, sous-préfet de l'arrondissement de Torcy, signataire de l'acte attaqué, délégation à effet de signer les arrêtés portant refus de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée vise notamment les articles L. 412-5 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application, ainsi que l'article L. 423-7 de ce code. Elle expose par ailleurs les circonstances au regard desquelles il est notamment apprécié que la présence de M. D présente une menace à l'ordre public. La décision en litige comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré du défaut de motivation, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, doit, par suite, être écarté comme manquant en fait.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de Seine-et-Marne n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation du requérant avant de prendre la décision attaquée. A cet égard, la circonstance que l'arrêté attaqué ne fait pas mention de l'intégralité des éléments de la vie personnelle de l'intéressé ne révèle pas un tel défaut d'examen. Par suite, ce moyen doit être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 412-5 du même code : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 423-7 de ce code : L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

6. Les infractions pénales commises par un étranger ne sauraient, à elles seules, justifier légalement une mesure de refus de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour et d'éloignement et ne dispensent pas l'autorité compétente d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace pour l'ordre public. Lorsque l'administration se fonde sur l'existence d'une telle menace, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision.

7. D'une part, il ressort des pièces du dossier, en particulier du bulletin n° 2 de son casier judiciaire que M. D a fait l'objet, entre 1999 et 2000, de treize condamnations, pour des faits pour partie commis en récidive. L'intéressé a ainsi été condamné, le 12 mars 1999, à un mois d'emprisonnement pour violence sur une personne chargée de mission de service public, le 3 novembre 1999, à 4 mois d'emprisonnement pour vol avec destruction et dégradation, détention non autorisée et usage illicite de stupéfiants. Puis, il a été condamné, en 2005, à 8 mois d'emprisonnement dont 6 avec sursis, pour conduite d'un véhicule sous l'empire d'un état alcoolique en récidive et conduite d'un véhicule sans permis, à 6 mois d'emprisonnement avec sursis, avec mise à l'épreuve durant trois ans, pour appels téléphoniques malveillants réitérés et dégradation ou détérioration grave d'un bien appartenant à autrui, puis en 2006, à 10 mois d'emprisonnement, pour menace de mort réitérée, dégradation ou détérioration grave d'un bien appartenant à autrui et port prohibé d'arme de catégorie 6, à 1 an et 3 mois d'emprisonnement, pour détention non autorisée de stupéfiants en récidive, usage illicite de stupéfiants, transport et acquisition non autorisés de stupéfiants, et offre ou cession non autorisés de stupéfiants en récidive, en 2007, à 6 mois d'emprisonnement pour violence suivie d'incapacité supérieure à 8 jours. A compter de 2010, il fait notamment l'objet de condamnations à 4 mois d'emprisonnement, pour conduite d'un véhicule sous l'empire d'un état alcoolique en récidive, en 2013, à 1 an et 6 mois d'emprisonnement dont 10 mois avec sursis, avec mise à l'épreuve durant 2 ans, pour violences en récidive sans incapacité supérieure à 8 jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, en 2015, à 6 mois d'emprisonnement, pour conduite d'un véhicule sous l'empire d'un état alcoolique en récidive, puis 2016, à 2 mois d'emprisonnement, pour outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique, et en 2020, à 5 mois d'emprisonnement avec sursis probatoire pendant 2 ans, pour des faits de dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui, commis en récidive en 2019 et 2020. En outre, il ressort de la fiche pénale produite aux débats qu'il a été décerné un mandat de dépôt à l'encontre de M. D le 11 octobre 2021, environ trois mois avant la date de l'arrêté attaqué, pour des faits de rébellion et outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique. Compte tenu de cette dernière circonstance et de la condamnation précitée du 11 septembre 2020, le requérant ne saurait sérieusement soutenir que plus aucun fait ne lui aurait été reproché postérieurement à sa sortie de détention en 2016. Eu égard aux très nombreuses condamnations du requérant, dont pour des atteintes à la personne, et au caractère récent des dernières procédures judiciaires le concernant, le requérant n'est pas fondé à soutenir que sa présence sur le territoire français ne constitue pas une menace réelle et actuelle pour l'ordre public.

8. D'autre part, en tout état de cause, alors que M. D est père de deux enfants de nationalité française, nées en 2012 et 2013, il est constant que l'autorité parentale est exclusivement exercée par leur mère, dont il est séparé, en vertu d'un jugement du juge aux affaires familiales du 4 octobre 2016. Or, en dépit de l'affirmation par le requérant de l'octroi du bénéfice d'un droit de visite, il ne peut être regardé comme en justifiant par la production de deux photographies sur lesquelles il ne figure pas, ou encore par un certificat de scolarité produit pour chacune de ses enfants. En outre, ni ces éléments, ni aucun autre produit aux débats, ne démontre le maintien de liens affectifs avec ses filles, qu'au demeurant l'intéressé lui-même présente comme " ténus ". Ainsi, le requérant justifie avoir effectué sept virements au profit de la mère de ses enfants entre avril et octobre 2021, au titre de la pension alimentaire due à celle-ci, sans produire aucun autre élément probant pour démontrer sa contribution à l'éducation et à l'entretien de celles-ci, depuis leur naissance ou au moins deux ans, au sens de l'article 371-2 du code civil.

9. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. M. D établit avoir effectué en France une formation en apprentissage entre 1995 à 1998, puis avoir continué à y résider de façon habituelle à compter de sa majorité, sous couvert des titres de séjour entre le 11 février 1998 et le 29 juillet 2015. Toutefois, à supposer même qu'il serait entré en France le 1er janvier 1985 ainsi qu'il le soutient, il ne produit aucun élément probant pour justifier de son séjour régulier dès cette date, et, par ailleurs, ne peut utilement se prévaloir des nombreuses périodes passées en détention, lesquelles, compte tenu des condamnations prononcées à son encontre, peuvent s'évaluer à un total d'approximativement cinq années. Par ailleurs, si l'intéressé invoque la présence en France de sa mère, de ses sœurs et de ses filles, de nationalité française, il ressort des pièces du dossier qu'il avait 41 ans à la date de l'arrêté attaqué, qu'il était célibataire et que le maintien de liens affectifs avec ses filles n'est pas démontré, ainsi qu'il a été dit au point 8. Eu égard aux très nombreuses condamnations prononcées à son encontre, en dépit de l'ancienneté de séjour du requérant et de la présence en France de plusieurs membres de sa famille, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

12. En sixième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 7, le préfet n'a pas n'a pas fait une inexacte appréciation des faits de l'espèce en estimant que la présence du requérant sur le territoire français constituait une menace pour l'ordre public. Par ailleurs, pour les mêmes motifs qu'énoncés plus haut, le requérant ne saurait utilement faire valoir que la même autorité aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de faire usage de son pouvoir de régularisation à son égard, compte tenu de sa situation personnelle, et alors qu'il ne justifie pas remplir, contrairement à ce qu'il allègue, les conditions pour l'obtention d'un titre sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, non plus que sur le fondement de l'article L. 423-21 du même code, alors que ces dernières dispositions concernent les étrangers âgés de 16 à 19 ans. Les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de l'erreur d'appréciation doivent, par suite, être écartés.

13. En septième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

14. Pour les mêmes motifs qu'exposés au point 8, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait porté atteinte à l'intérêt supérieur des enfants du requérant et, ainsi, méconnu les stipulations précitées.

15. En dernier lieu, compte tenu de ce qui précède, le requérant n'entrant pas dans le champ des dispositions auxquelles renvoie l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la consultation de la commission du titre de séjour prévue à cet article n'était pas requise. Le moyen tiré du vice de procédure à cet égard doit, par suite, être écarté.

S'agissant de la décision l'obligeant à quitter le territoire français :

16. Premièrement, le requérant n'assortit pas ses écritures, relatives à une " illégalité externe " de la décision attaquée, de précisions suffisantes.

17. Deuxièmement, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, le requérant ne peut se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour pour demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

18. Troisièmement, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 2° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ; () / 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ; () ".

19. D'une part, M. D, ainsi qu'il a été dit au point 11, atteste, par les pièces versées aux débats, d'une présence durable sur le territoire national à compter de ses 15 ans, sans pour autant justifier y avoir résidé habituellement avant l'âge de 13 ans, à supposer même qu'il soit entré en France le 1er janvier 1985, faute de produire un quelconque élément probant entre cette date et l'année de ses 15 ans. D'autre part, pour les mêmes raisons qu'exposées au point 8, le requérant ne rapporte pas la preuve qu'il contribue à l'entretien et à l'éducation de ses filles françaises au sens et pour l'application des dispositions susvisées. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions figurant au 2° et 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté dans ses deux branches.

20. Quatrièmement, pour les mêmes motifs qu'énoncés précédemment, l'obligation de quitter le territoire français ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de M. D au respect de sa vie privée et familiale, ni à l'intérêt supérieur de ses deux filles. Il s'ensuit que les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant, et de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

21. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que M. D ne peut se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant refus de séjour, non plus que de celle l'obligeant à quitter le territoire français pour demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination.

22. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. D à fin d'annulation doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de celles présentées par ce dernier à fin d'injonction et au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F D, au préfet de Seine-et-Marne et à Me Bert Lazli.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer ainsi qu'au centre pénitentiaire de Meaux Chauconin Neufmontiers.

Délibéré après l'audience du 17 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Lopa Dufrénot, présidente,

Mme Leconte, conseillère,

Mme Delon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 8 décembre 2022.

La rapporteure,

S. ALa présidente,

M. CLa greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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