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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2201895

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2201895

lundi 27 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2201895
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSELARL JOVE - LANGAGNE - BOISSAVY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 février 2022 au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise et le 19 février 2022 au greffe du présent tribunal, M. G B A demande au tribunal d'annuler l'arrêté en date du 7 janvier 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Il soutient que cette décision a été signée par une personne ne disposant pas d'une délégation régulière, qu'elle est insuffisamment motivée et qu'il risque sa vie en cas de retour au Bangladesh.

Le 14 février 2023, le préfet des Hauts-de-Seine a communiqué des pièces mais n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision de la Cour nationale du droit d'asile (Division 01) en date du 7 mars 2014 rejetant le recours formé le 10 décembre 2013 par M. G B A contre la décision du 8 novembre 2013 par laquelle le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides avait rejeté sa demande d'asile ;

- la décision de la Cour nationale du droit d'asile (2ème section, 4ème chambre) en date du 6 juillet 2016 rejetant le recours formé le 12 août 2015 par M. G B A contre la décision du 4 février 2015 par laquelle le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides avait rejeté sa demande de réexamen de sa demande d'asile ;

- l'ordonnance du président par intérim du tribunal administratif de Cergy-Pontoise en date du 7 février 2022 transmettant au tribunal administratif de Melun la requête de M. B A au motif de sa résidence déclarée à Orly (Val-de-Marne) ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions de l'article R. 776-13-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique du 15 février 2023, en présence de Mme Darnal, greffière d'audience, présenté son rapport et entendu les observations de Me Langagne, représentant M. B A, requérant, absent, qui indique qu'il a déposé une deuxième demande de réexamen de sa demande d'asile en janvier 2022.

Le préfet des Hauts-de-Seine, dûment convoqué, n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. G B A, ressortissant bangladais né le 24 août 1980 à Tangail (Division de Dacca), entré en France le 5 février 2013 pour y solliciter l'asile, a vu ses demandes rejetées par la Cour nationale du droit d'asile les 7 mars 2014 et 6 juillet 2016. Par une décision du 7 janvier 2022, le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Le 19 janvier 2022, il a déposé une deuxième demande de réexamen de sa demande d'asile. Par une requête enregistrée le 7 février 2022 au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise, il a demandé l'annulation de cette décision. Sa requête a été transmise au présent tribunal au motif déclaré de l'intéressé à Orly (Val-de-Marne), 3 rue Jean Racine, chez M. F D.

2. Aux termes de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3°; () ". Aux termes de l'article L. 614-5 du même code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 1°, 2° ou 4° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quinze jours suivant la notification de la décision. () Lorsque l'étranger conteste une décision portant obligation de quitter le territoire fondée sur le 4° de l'article L. 611-1 et une décision relative au séjour intervenue concomitamment, le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné à cette fin statue par une seule décision sur les deux contestations. ".

3. Aux termes par ailleurs de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ". Aux termes de l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : (.) 2° Lorsque le demandeur : () c) présente une nouvelle demande de réexamen après le rejet définitif d'une première demande de réexamen ; (). Les dispositions du présent article s'appliquent sous réserve du respect des stipulations de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951, et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.".

4. En premier lieu, par un arrêté PCI n° 2021-075 du 1er décembre 2021, régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de l'État dans les Hauts-de-Seine le 6 décembre 2021, Madame E, signataire de l'acte attaqué, a reçu délégation à l'effet de signer les obligations de quitter le territoire français relatives aux demandeurs déboutés du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision d'éloignement en litige a été signée par une autorité ne justifiant pas d'une délégation à cet effet doivent être écartés comme manquant en fait.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : - restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

6. La décision querellée du 7 janvier 2022 du préfet des Hauts-de-Seine mentionne de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement et notamment que les demandes d'asile de l'intéressé avaient été rejetées par la Cour nationale du droit d'asile et qu'il avait présenté une deuxième demande de réexamen de sa demande d'asile et que la décision prise ne contrevenait pas aux stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. L'autorité préfectorale n'étant pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments de la situation de l'intéressé, mais seulement ceux sur lesquels elle a fondé sa décision, par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté en litige doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

8. Si l'intéressé soutient qu'il est susceptible de faire l'objet de persécutions en cas de retour au Bangladesh, il est aussi constant que sa demande d'admission au statut de réfugié a été rejetée à deux reprises par la Cour nationale du droit d'asile qui a estimé en son temps ses craintes non fondées. M. B A n'apportant pas, dans sa requête, d'éléments probants susceptibles de contredire cette appréciation, le moyen tiré de ce que la décision fixant le Bangladesh comme pays de destination méconnaîtrait les dispositions précitées sera aussi écarté. Au surplus, la deuxième demande de réexamen de sa demande d'asile a été également rejetée par une ordonnance du président désigné de la Cour nationale du droit d'asile en date du 21 juin 2022.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête formée contre la décision par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a fait obligation à M. G B A de quitter le territoire français avec un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ne pourra qu'être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. G B A est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. G B A, au préfet des Hauts-de-Seine et à la préfète du Val-de-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mars 2023.

Le vice-président,

M. CLa greffière,

L. DARNAL

La République mande et ordonne le ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

2201895

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