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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2201900

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2201900

jeudi 6 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2201900
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBEN GADI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 janvier 2022 au greffe du tribunal administratif de Lille et le 24 février 2022 au greffe du présent tribunal, complétée le 9 mars 2023, M. F A, représenté par Me Ben Gadi, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision en date du 3 janvier 2022 par laquelle le préfet du Pas-de-Calais lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et a prononcé contre lui une interdiction de retour pour une durée de un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de réexaminer sa situation en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai d'un mois à compter la notification du jugement à intervenir et ce, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat (préfet du Pas-de-Calais) une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l'obligation de quitter le territoire est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ainsi que d'une erreur de droit car il est entré régulièrement sur le territoire français, qu'elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, car il disposait d'un travail jusqu'à son interpellation auquel il a été mis fin en raison de son placement en rétention, que la décision lui refusant un délai de départe volontaire est également entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation car il offrait toutes les garanties de représentation, ayant un domicile et un travail et que la décision portant interdiction de retour est aussi entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée le 26 février 2022 au préfet du Pas-de-Calais qui n'a produit aucun mémoire en défense.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'ordonnance du premier vice-président du tribunal administratif de Lille du 21 février 2022 transmettant au tribunal administratif de Melun la requête de M. A au motif de sa résidence déclarée à Vincennes (Val-de-Marne), 10 avenue Georges Clémenceau.

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions de l'article R. 776-13-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique du 10 mars 2023, en présence de Mme Darnal, greffière d'audience, présenté son rapport et entendu les observations de Me Ben Gadi, représentant M. A, requérant, présent, qui rappelle qu'il est en France depuis décembre 2015, qu'il a toujours travaillé et était déclaré depuis 2021, que son employeur le soutenait, qui maintient que le refus de départe volontaire est illégal car il avait une adresse effective à Vincennes ainsi que des garanties de représentation, que l'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur de droit car ce n'est pas une obligation et qui indique aussi qu'il vit avec une ressortissante française qui est enceinte de ses œuvres.

Le préfet du Pas-de-Calais, dûment convoqué, n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. F A, ressortissant tunisien né le 29 mars 1977 à Tunis, entré en France le 4 décembre 2015 muni d'un visa de court séjour délivré par les aautorités consulaires françaises à Tunis, a été interpellé le 2 janvier 2022 lors d'un contrôle routier au péage de l'autoroute à Gravelle (Pas-de-Calais), pour conduite sans disposer d'un permis de conduire valide. Placé en retenue administrative, il a indiqué à cette occasion être arrivé en France en décembre 2015, ne pas être marié ni avoir d'enfant, ne pas avoir encore fait de demande de régularisation, résider à Vincennes (Val-de-Marne), travailler pour la société " Fibr'actif " de Paris (75016) depuis février 2021, avoir disposé lors de son embauche d'un titre de séjour italien, périmé depuis, et ne pas avoir l'intention de retourner dans son pays d'origine. Par un arrêté du 3 janvier 2022, le préfet du Pas-de-Calais lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et a prononcé à son encontre une interdiction de retour pour une durée de un an. Placé au centre de rétention le même jour, il en a été libéré par une ordonnance du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Lille en date du 5 janvier 2022 au motif qu'il présentait des garanties de représentation suffisantes et que ce placement n'était donc pas justifié. Par une requête enregistrée le 4 janvier 2022 au greffe du tribunal administratif de Lille, il a demandé l'annulation de l'arrêté du 3 janvier 2022. Si les fiches de paie du requérant mentionnent jusqu'en novembre 2021 une adresse à Annœullin (Pas-de-Calais), dans le cadre de sa requête, il a présenté un premier certificat d'hébergement daté du 4 janvier 2022 à Vincennes (Val-de-Marne), 10 avenue Georges Clémenceau, chez M. D E, et un second, daté du 9 mars 2023, toujours à Vincennes, 16 rue de Paris, chez Mme G B.

2. Aux termes de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ;() 6° L'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois a méconnu les dispositions de l'article L. 5221-5 du code du travail. () ." et de l'article L. 612-1 du même code : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. (.).

3. Aux termes par ailleurs de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ", et l'article L. 612-3 du même code précise : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; ().".

4. Aux termes enfin de l'article L. 612-6 du même code : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour.() ". Et l'article L. 612-10 précise : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

5. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A, s'il est entré régulièrement en France le 4 décembre 2015, a déclaré, lors de sa retenue administrative, avoir bénéficié en 2016 d'un titre de séjour en cinq ans en Italie obtenu de manière frauduleuse et qu'il n'a donc pas renouvelé, être revenu en France avec ceux-ci et les avoir présentés pour être engagé par la société " Fibr'actif " en février 2021 et ne pas avoir déposé de demande de titre de séjour en France alors qu'il allègue une durée de présence de six ans à la date de la décision contestée.

6. Dans ces conditions, c'est sans erreur de droit ni erreur manifeste d'appréciation, au regard des dispositions citées plus haut, que le préfet du Pas-de-Calais, par la décision contestée, par ailleurs régulièrement et complètement motivée, après avoir constaté que l'intéressé ne disposait pas de titre de séjour en cours de validité et n'en avait jamais demandé en France et qu'il avait déclaré être célibataire et sans enfants, a prononcé à son encontre une obligation de quitter sans délai le territoire ainsi qu'une interdiction de retour pour une durée de un an, dès lors qu'il ne faisait valoir aucune circonstance humanitaire particulière justifiant qu'il ne lui en soit pas édicté.

7. En deuxième lieu, aux termes d'une part de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter tout élément permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

8. Si le requérant soutient qu'à la date de la décision attaquée, il travaillait et justifiait de six années de présence en France, il est constant qu'il ne disposait d'aucune autorisation en ce sens. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet du Pas-de-Calais en lui faisant obligation de quitter sans délai le territoire français ne pourra qu'être écarté, la circonstance qu'il résiderait depuis janvier 2023 avec une ressortissante française enceinte de ses œuvres étant sans incidence, puisque postérieure d'une année à la décision contestée.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A ne pourra qu'être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. F A, au préfet du Pas-de-Calais et à la préfète du Val-de-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 avril 2023.

Le vice-président,

M. CLa greffière,

L. DARNAL

La République mande et ordonne le ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

2201900

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