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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2201954

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2201954

jeudi 11 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2201954
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantLEMOS PAES GONCALVES DA SILVA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 février 2022 et le 6 novembre 2023, M. B A, représenté par Me Lemos, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 novembre 2021 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement ou, à défaut, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure en l'absence de transmission de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen de sa situation, du fait de l'absence d'information sur sa situation médicale ;

- la décision attaquée méconnait l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme compte tenu de sa présence sur le territoire depuis plus de 20 ans, dont 11 ans en situation régulière.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'erreur de droit du fait de sa méconnaissance de l'article L. 611-3 alinéas 3° et 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

La préfète du Val-de-Marne à qui la requête a été communiquée n'a pas produit de mémoire en défense mais à produit des pièces enregistrées le 21 novembre 2023.

Par ordonnance du 21 novembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 21 décembre 2023 à midi.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 décembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

M. Rehman-Fawcett, a été entendu, en son rapport, au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant malien, né le 26 octobre 1960 à Kayes (Mali) déclare être entré sur le territoire français le 24 septembre 2001, sous le couvert d'un visa touristique. Une autorisation provisoire de séjour lui a été délivrée du 26 septembre 2008 au 22 mars 2009, une seconde autorisation lui a été délivrée par la suite du 24 juillet 2009 au 15 janvier 2010. Un titre de séjour " vie privée et familiale ", renouvelé par la suite, lui a été délivrée pour la période du 28 juillet 2010 au 27 juillet 2012. Ce titre de séjour a été renouvelé pour la période du 16 avril 2013 au 15 avril 2014, et par la suite pour les périodes du 18 février 2015 au 17 février 2017. Enfin, des autorisations de séjour lui ont été délivrée du 15 décembre 2017 au 1er janvier 2020. Par un arrêté du 8 novembre 2021, la préfète du Val-de-Marne a rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné à l'expiration de ce délai. M. A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

2. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, ni des termes de la décision attaquée que la préfète du Val-de-Marne n'ait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A avant de lui refuser la délivrance d'un titre de séjour.

3. En deuxième lieu, aucune disposition législative ou réglementaire ni aucun principe n'impose à l'autorité administrative de communiquer l'avis du collège de médecins de l'OFII tout comme le rapport médical sur lequel s'est fondé ce collège. En tout état de cause, la préfète du Val-de-Marne a transmis l'avis du collège de médecins de l'OFII du 24 janvier 2019. Il résulte de l'avis, qu'il s'est prononcé sur l'accès effectif de M. A au traitement approprié à son état de santé qui est disponible dans son pays d'origine. Par suite, le moyen, qui doit être regardé comme invoqué au titre d'un vice de procédure, doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ".

5. Compte tenu de la production de l'avis susmentionnée par l'administration, elle doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous les éléments permettant d'apprécier son état de santé et, le cas échéant, la possibilité qu'elle a de bénéficier d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

6. Il ressort des pièces du dossier que pour refuser la délivrance du titre de séjour en qualité d'étranger malade sollicité par M. A, la préfète du Val-de-Marne a relevé, en s'appropriant l'avis du médecin du collège de l'OFII établi le 24 janvier 2019 que si l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge, dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, qu'il pouvait effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine et que son état de santé lui permet de voyager sans risque vers son pays d'origine. M. A soutient que la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Toutefois, le requérant se borne à verser à la procédure des certificats médicaux, notamment du 15 janvier 2016 et du 8 janvier 2020, antérieurs à l'avis du collège des médecins de l'OFII et n'apporte aucun élément susceptible de remettre en cause l'avis précité quant à l'existence d'un traitement dans son pays d'origine. Si le requérant fait état d'une cardiopathie, qui selon un certificat médical établi par un cardiologue le 8 juin 2020, ne pourrait pas être traitée au Mali et contre-indiquerait tout voyage aérien, ces affirmations présentent un caractère trop succinct et ne sont pas de nature à remettre en cause les conclusions des médecins du collège de l'OFII. Par suite, M. A n'établit pas qu'il remplissait les conditions pour obtenir un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Il résulte de ce qui précède que M. A n'établit pas que la préfète aurait méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. M. A soutient qu'il réside en France depuis 2001 et qu'il dispose de l'ensemble de ses attaches privées et personnelle sur le territoire national. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le requérant n'a aucune attache familiale en France et qu'il n'établit pas être dépourvu de toute attache dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 41 ans. De plus, il ressort des pièces du dossier que le requérant n'a aucune activité professionnelle régulière ni continue sur le territoire français. Dans ces conditions, le requérant ne justifie pas de l'existence du centre d'intérêt de ses liens familiaux et privés en France, ni de son insertion professionnelle sur le territoire. Par suite, le refus d'autoriser son séjour ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Dès lors, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

10. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 8 novembre 2021 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a refusé de l'admettre au séjour.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version alors en vigueur : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 3° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans, sauf s'il a été, pendant toute cette période, titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " ; / () ".

12. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des termes de la décision attaquée, que M. A a bénéficié à compter du 26 septembre 2008 une autorisation provisoire de séjour jusqu'au 22 mars 2009. Une nouvelle autorisation de séjour lui a été délivrée pour la période allant du 24 juillet 2009 au 15 janvier 2010. Un titre de séjour " vie privée et familiale " lui a été délivrée pour la période allant du 28 juillet 2010 au 27 juillet 2011, et renouvelé du 28 juillet 2011 au 27 juillet 2012. Ce titre de séjour a par la suite été renouvelé pour les périodes du 16 avril 2013 au 15 avril 204, du 18 février 2015 au 17 février 2016, du 18 février 2016 au 17 février 2017. De plus, il a bénéficié d'autorisations provisoires de séjour du 15 décembre 2017 au 14 juin 2018, du 3 juillet 2018 au 2 octobre 2018 et jusqu'au 1er janvier 2020. Ainsi, le requérant résidait régulièrement en France depuis plus de dix ans à la date de la décision attaquée. Dès lors, il est fondé à soutenir qu'en application des dispositions précitées du 3° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne pouvait pas faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français.

13. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur l'autre moyen invoqué à l'appui des conclusions aux fins d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, que cette décision doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

14. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique seulement, par application des dispositions de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, que la préfète du Val-de-Marne procède au réexamen de la situation administrative de M. A dans un délai qu'il convient de fixer à trois mois à compter de la notification de la présente décision et qu'il le munisse, dans l'attente d'une nouvelle décision, d'une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

15. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Il suit de là que Me Lemos, son conseil, peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Lemos renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Me Lemos en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté de la préfète du Val-de-Marne du 8 novembre 2021, en tant qu'il fait obligation à M. A de quitter le territoire français dans le délai de trente jours est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne de procéder au réexamen de la demande de M. A dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et qu'il le munisse, dans l'attente d'une nouvelle décision, d'une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'État versera une somme de 1 200 euros à Me Lemos, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Lemos renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Val-de-Marne.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 6 février 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Ghaleh-Marzban, présidente,

Mme Bourdin, première conseillère,

M. Rehman-Fawcett, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2024.

Le rapporteur,

C. REHMAN-FAWCETT

La présidente,

S. GHALEH-MARZBANLa greffière,

Y. SADLI

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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