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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2201957

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2201957

mardi 3 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2201957
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantDIARRA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 février 2022, M. C B A, représenté par Me Diarra, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 octobre 2021 par lequel la préfète du Val-de-Marne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement sous astreinte de 80 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et lui délivrer sans cette attente une autorisation provisoire de séjour dans le délai quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 75-1, 37 et 43 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

M. B A soutient que :

La décision de refus de titre de séjour :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale en l'absence d'examen particulier de sa situation par le préfet;

- est entachée d'une erreur de droit dès lors que la préfète s'est bornée à examiner la situation du requérant au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, méconnaissant ainsi les dispositions L. 200-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors notamment qu'il vit en concubinage avec une ressortissante communautaire ;

- est entachée d'une erreur de droit dès lors que la préfète n'a pas examiné sa situation au regard de sa qualité de parent d'enfant mineur et des dispositions de l'article 7 de la directive 2004/38/CE du Parlement européen du 29 avril 2004 relative au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des Etats membres, de l'article 20 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne et des articles L.233-1 et L. 233-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur d'appréciation sur la menace à l'ordre public invoquée ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les dispositions de l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant ;

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

La décision fixant le pays de destination :

- est illégale en raison de l'illégalité des décisions de refus de titre de séjour.

La préfète du Val-de-Marne a qui la présente procédure a été communiquée n'a pas produit de mémoire en défense.

Par ordonnance du 28 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 28 avril 2023 à midi.

Par courrier du 5 juillet 2023, des pièces complémentaires ont été demandées à M. B A requérant pour compléter l'instruction, sur le fondement de l'article R.613-1-1 du code de justice administrative.

M. B A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la directive 2004/38/CE du parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bourdin,

- et les observations de Me Diarra, représentant B A, présent.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B A, ressortissant cap-verdien né le 25 octobre 1988 à Santiago (Cap-Vert), est entré en France selon ses déclarations en août 2009 sous couvert d'un visa de court séjour délivré par les autorités portugaises valable du 22 juillet au 27 octobre 2009. Par deux arrêtés du 5 avril 2013, le préfet de l'Essonne a pris à son encontre une décision portant obligation de quitter le territoire et de placement en rétention administrative, confirmés par jugement du tribunal administratif de Versailles le 8 avril 2013. Il a sollicité le 15 mars 2021 la délivrance d'un titre de séjour, sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 29 octobre 2021, la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'articles L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 (). ". Aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ". Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. Pour rejeter la demande de titre de séjour de M. B A, la préfète du Val-de-Marne a relevé que l'intéressé a commis des faits délictueux en juillet 2018 pour lesquels il a été condamné le 25 juillet 2018 par le tribunal correctionnel d'Evry, à six mois d'emprisonnement avec sursis pour s'être introduit dans le domicile d'autrui à l'aide de manœuvres, menace, voies de fait ou contrainte et violence aggravées par deux circonstances suivies d'une incapacité n'excédant pas huit jours. Ainsi la préfète a pu, sans erreur d'appréciation, estimer que la présence de M. B A sur le territoire français était constitutive d'une menace à l'ordre public.

4. Toutefois M. B A soutient sans être contredit qu'il réside habituellement en France depuis douze ans, qu'il vit avec une ressortissante portugaise depuis 2015 avec laquelle il s'est marié postérieurement à l'édiction de la décision litigieuse, qu'il est père de deux enfants de nationalité portugaise, nés en octobre 2017 et en juillet 2019 et qu'il participe à l'entretien et l'éducation de la fille aînée de sa compagne et n'a plus de liens familiaux au Cap-Vert. Le requérant indique par ailleurs que ses parents, chez qui il résidait à son arrivée en France demeurent sur le territoire national depuis de nombreuses années, ainsi que les autres membres de sa famille. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé atteste d'une vie commune avec la mère de ses enfants, depuis le mois de mai 2016, que cette dernière exerce une activité professionnelle. En outre, la préfète qui ne remet pas en cause le droit au séjour de l'épouse du requérant en tant que ressortissante communautaire, mentionne dans l'arrêté attaqué que le couple loue un appartement grâce à l'aide financière du père du requérant et sa belle-mère, tous deux en situation régulière. Il ressort de l'ensemble de ces éléments que la cellule familiale est ancrée en France depuis plus de cinq ans à la date de la décision attaquée. Par suite, la décision prise par la préfète du Val-de-Marne a porté une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale du requérant par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise.

5. Il résulte de ce qui précède que M. B A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 29 octobre 2021 par lequel la préfète du Val-de-Marne a rejeté sa demande de titre de séjour et par voie de conséquence des décisions lui faisant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Il y a lieu, sous réserve d'un changement substantiel dans la situation de droit ou de fait de l'intéressé, par application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de délivrer à M. B A une carte de séjour temporaire, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer dans cette attente une attestation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Diarra, avocat de M. B A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Diarra de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 29 octobre 2021 par lequel la préfète du Val-de-Marne a refusé de délivré un titre de séjour à M. B A, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination est annulé.

Article 2: Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de délivrer, sous réserve d'un changement de circonstance de droit ou de fait, à M. B A un titre de séjour dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer dans cette attente une attestation provisoire de séjour.

Article 3: L'État versera une somme de 1 200 euros à Me Diarra, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Diarra renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4: Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5: Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Val-de-Marne.

Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Ghaleh-Marzban, présidente,

Mme Bourdin, première conseillère,

M. Rehman-Fawcett, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2023.

La rapporteure,

S. BOURDIN

La présidente,

S. GHALEH-MARZBAN La greffière,

C. SISTAC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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