mercredi 21 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2201998 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | MEUROU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 février 2022, M. B C, représenté par Me A, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 24 janvier 2022 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un certificat de résidence algérien de dix ans en qualité de conjoint de française ou, à défaut, de lui délivrer un certificat de résidence temporaire d'un an en qualité de conjoint de française portant la mention " vie privée et familiale " ou de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente, le tout dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation et d'une absence d'examen sérieux de sa situation ;
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des stipulations du a) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien de 1968, compte tenu de sa vie commune avec une ressortissante française ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des stipulations du point 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien de 1968 et porte atteinte au respect de sa vie privée et familiale au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision attaquée est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard du 6° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des stipulations du a) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien de 1968, compte tenu de sa vie commune avec une ressortissante française ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des stipulations du point 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien de 1968 et porte atteinte au respect de sa vie privée et familiale au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences d'une exceptionnelle gravité.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- la décision attaquée est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation, notamment parce qu'elle ne vise pas l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est contraire à l'article 3 la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par ordonnance du 17 octobre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 17 novembre 2023 à midi.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Rehman-Fawcett,
- et les observations de Me Raymond substituant M. A, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. Il ressort des pièces du dossier que M. B C, ressortissant algérien, est entré sur le territoire français le 30 mars 2019 sous couvert d'un visa touristique. Il est titulaire depuis le 2 août 2019 d'un certificat de résidence algérien d'un an portant la mention " conjoint de français " valable du 5 juillet 2019 au 4 juillet 2020. Il a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence valable dix ans portant la mention " conjoint de français ". Par un arrêté du 24 janvier 2022, la préfète du Val-de-Marne a rejeté la demande de titre de séjour de M. C, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office. M. C demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 24 janvier 2022.
Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
2. En premier lieu, d'une part aux termes de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour pour ce qui concerne les catégories visées au a), au b), au c) et au g) : a) Au ressortissant algérien, marié depuis au moins un an avec un ressortissant de nationalité française, dans les mêmes conditions que celles prévues à l'article 6 nouveau 2) et au dernier alinéa de ce même article () ". Aux termes de l'article 6 du même accord : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit () 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français () Le premier renouvellement du certificat de résidence délivré au titre du 2) ci-dessus est subordonné à une communauté de vie effective entre les époux. ".
3. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
4. Il ressort des pièces du dossier qu'à la suite d'une enquête du 3 novembre 2021 du commissariat de police de Champigny-sur-Marne au domicile du requérant, la présence de ce dernier n'a pas été constatée et que son épouse n'a pas été en mesure de présenter ses affaires aux fonctionnaires de police enquêteurs. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et des onze témoignages versés à la procédure, de proches et de voisins du requérant, que sa vie commune avec une ressortissante française, avec laquelle il est marié depuis le 8 septembre 2018, doit être tenue pour établie. Il ressort des pièces du dossier que non seulement ces onze témoignages ont été rassemblés dans un délai particulièrement bref du 7 au 20 février 2022, mais que le requérant partage un avis d'imposition avec son épouse ainsi qu'un contrat de fourniture d'électricité depuis 2018. De plus le requérant a versé à la procédure de nombreuses photographies établissant le partage d'une vie quotidienne avec son épouse et sa belle-fille. Il s'ensuit que le requérant est fondé à soutenir que la préfète du Val-de-Marne a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa vie commune et que le refus qu'il conteste méconnaît les stipulations précitées de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision lui ayant refusé le certificat de résidence sollicité, et par suite celle des décisions subséquentes prises par l'arrêté du 24 janvier 2022.
Sur les conclusions à fins d'injonction :
6. Eu égard au motif qui la fonde, l'annulation de la décision attaquée implique nécessairement qu'un certificat de résidence algérien valable dix ans portant la mention " conjoint de français " soit délivré au requérant sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative. Il y a lieu d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne ou à tout autre préfet territorialement compétent de délivrer ce titre au requérant dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
7. Pour l'application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. C de la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 24 janvier 2022 par lequel la préfète du Val-de-Marne a refusé à M. C la délivrance du titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office est annulé.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de délivrer un certificat de résidence algérien valable dix ans portant la mention " conjoint de français " à M. C dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera à M. C une somme de 1 200 (mille deux cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la préfète du Val-de-Marne.
Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 30 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Ledamoisel, présidente,
Mme Bourdin, première conseillère,
M. Rehman-Fawcett, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 février 2024.
Le rapporteur,
C. REHMAN-FAWCETT
La présidente,
C. LEDAMOISELLa greffière,
Y. SADLI
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision ;
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026