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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2202000

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2202000

vendredi 2 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2202000
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantGIUDICELLI-JAHN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 février 2022, Mme A C, représentée par Me Giudicelli-Jahn, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er février 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

4°) de condamner l'Etat aux entiers dépens.

Mme C soutient que :

Les décisions de refus de titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire :

- sont insuffisamment motivées ;

- sont illégales en l'absence d'examen particulier de sa situation par le préfet ;

La décision de refus de titre de séjour :

- méconnaît l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- méconnaît l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au regard de son insertion professionnelle et de sa situation personnelle ;

- méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation;

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

La décision fixant le pays de destination :

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

Par un mémoire en défense, enregistrés le 22 avril 2022, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête

Il soutient que les autres soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, substituant la base légale de la décision portant refus de titre de séjour, qui aurait dû être fondée sur le pouvoir dont dispose le préfet de régulariser de manière discrétionnaire une demande de titre de séjour " salarié " d'un ressortissant marocain et non sur les dispositions de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, inapplicables aux ressortissants marocains sollicitant un tel titre de séjour (CE, 31 janvier 2014, Min. de l'Intérieur c/ M. B, req. n°367306).

Par ordonnance du 30 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 30 décembre 2022 à midi.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- l'accord franco-marocain en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Bourdin.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, ressortissante marocaine née le 19 février 1997 à Oujda (Maroc), entrée en France le 15 septembre 2018 sous couvert d'un visa de type C, a sollicité le 9 décembre 2021 la délivrance d'un titre de séjour mention " salarié ", sur le fondement des dispositions de l'article 3 de l'accord franco-marocain et de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 1er février 2022, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligée à quitter le territoire dans le délai 30 jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions de refus de titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes du I de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " I. - L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ". Aux termes de l'article L. 613-1 de ce code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ".

3. En l'espèce, d'une part, la décision de refus de titre de séjour comporte les considérations de droit qui en constituent le fondement. Elle vise notamment les dispositions de l'article 3 de l'accord franco-marocain en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987, celles de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et notamment son article 8. En outre, elle rappelle la nationalité, la date et les conditions d'entrée et de séjour en France de la requérante ainsi que les motifs pour lesquels le préfet estime que l'intéressée ne remplit pas les conditions pour bénéficier du titre de séjour sollicité, étant rappelé que la divergence d'appréciation sur la situation professionnelle et l'insertion sociale de la requérante ne constitue pas un vice de légalité externe. D'autre part, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que l'obligation de quitter le territoire français vise les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'avait pas à faire l'objet d'une motivation de fait distincte de la décision refusant à Mme C la délivrance d'un titre de séjour.

4. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes des décisions attaquées, ni des éléments du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de la requérante.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

5. En premier lieu, aux termes de l'article 9 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux États sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ". Aux termes de l'article 3 du même accord : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " () ".

6. Aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : () ; /1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; /2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail. ". Aux termes de l'article L. 5221-5 du même code : " Un étranger autorisé à séjourner en France ne peut exercer une activité professionnelle salariée en France sans avoir obtenu au préalable l'autorisation de travail mentionnée au 2° de l'article L. 5221-2. () ". Aux termes de l'article R. 5221-15 de ce même code : " La demande d'autorisation de travail mentionnée au I de l'article R. 5221-1 est adressée au moyen d'un téléservice au préfet du département dans lequel l'établissement employeur a son siège ou le particulier employeur sa résidence. ". En vertu de l'article R. 5221-17 du même code : " La décision relative à la demande d'autorisation de travail mentionnée à l'article R. 5221-11 est prise par le préfet. Elle est notifiée à l'employeur ou au mandataire qui a présenté la demande, ainsi qu'à l'étranger ".

7. Mme C soutient que le préfet a méconnu les dispositions précitées de l'accord franco-marocain dès lors qu'elle dispose d'un contrat de travail à durée indéterminée signé le 1er janvier 2020 pour un emploi de secrétaire. Toutefois, alors qu'il est constant qu'elle ne résidait pas de manière régulière sur le territoire national au moment de sa demande de titre, la requérante ne justifiait en outre pas d'une autorisation de travail visée par l'autorité compétente. Par suite, le préfet de Seine et Marne n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article 3 de l'accord franco-marocain.

8. En deuxième lieu, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, au sens de l'article 9 de cet accord. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation d'un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié. En outre, le préfet dispose du même pouvoir d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir général de régularisation que lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, il est loisible au préfet d'apprécier dans chaque cas particulier, compte tenu de l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle de l'étranger, au regard de sa vie privée et familiale, l'opportunité de prendre une mesure de régularisation favorable à l'intéressé.

9. Il ressort de la décision attaquée que le préfet a examiné la demande de titre de séjour de Mme C non seulement au regard des stipulations de l'accord franco marocain, mais également des dispositions de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile non applicables en l'espèce. Il y a donc lieu de substituer à ce dernier fondement le pouvoir général de régularisation dont dispose le préfet lorsqu'il est saisi d'une demande de titre sur ce fondement. En l'espèce, Mme C fait valoir que le préfet n'a pas tenu compte de son insertion professionnelle effective et stable, ni de sa situation personnelle compte tenu de sa durée de présence en France et de son insertion sociale. Si Mme C justifie d'un contrat de travail à durée indéterminée signé le 1er janvier 2020 avec la société Pro-Bat Construction dont elle est par ailleurs actionnaire et des bulletins de salaires établis depuis sa date d'embauche, cette expérience professionnelle pour des fonctions de secrétaire d'une durée de 24 mois à la date de la décision attaquée, d'abord dans le cadre d'un temps partiel puis à compter du 1er juin 2021, dans le cadre d'un temps plein, ne constitue pas une circonstance exceptionnelle. Par ailleurs, elle ne justifie pas d'une insertion sociale particulière en France alors qu'elle est hébergée par son employeur, qu'elle ne réside en France que depuis 3 ans et 5 mois à la date de la décision attaquée et ne justifie pas avoir effectivement suivi le cursus indiqué dans les deux certificats d'inscription au conservatoire national des arts et métiers pour l'année scolaire 2019/2020. De même, elle n'établit en quoi l'obtention d'un brevet de technicien dans une filière " systèmes solaires thermiques " dans son pays d'origine constituerait un particulier atout pour l'entreprise. Enfin, elle est célibataire et sans enfant à charge en France. Par suite, Mme C ne justifie pas de motifs exceptionnels et humanitaires et n'apporte pas d'élément établissant que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.

10. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. Si Mme C justifie travailler en tant que secrétaire depuis le 1er janvier 2020 dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée, elle ne justifie d'une présence en France que depuis 3 ans et 5 mois à la date de la décision attaquée et n'établit pas avoir suivi une scolarité régulière en France, par la seule production de certificats d'inscription au conservatoire national des arts et métiers au titre de l'année scolaire 2019/2020. Il ressort également des pièces du dossier que Mme C est célibataire, sans charge de famille en France et n'établit ni même n'allègue être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où réside sa mère, où elle suivi ses études et a vécu jusqu'à l'âge de 21 ans. Dans ces conditions, le préfet de Seine-et-Marne n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.

12. En quatrième lieu, Mme C soutient que la décision lui refusant le titre de séjour sollicité méconnaîtrait les dispositions de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, elle n'assortit son moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé et, en tout état de cause, elle ne peut utilement se prévaloir de ces dispositions à l'encontre d'une décision portant refus de titre de séjour.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

13. La décision de refus de titre de séjour n'étant pas annulée, Mme C n'est pas fondée à invoquer la nullité de la décision portant obligation de quitter le territoire en conséquence de l'annulation de la première décision.

En ce qui concerne le pays de destination :

14. La décision portant obligation de quitter le territoire n'étant pas annulée, Mme C n'est pas fondée à invoquer la nullité de la décision fixant le pays de destination par voie de conséquence de l'annulation de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire national.

15. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au préfet de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 12 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Dewailly, président,

Mme Bourdin, première conseillère,

M. Lacote , conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juin 2023.

La rapporteure,

S. BOURDIN

Le président,

S. DEWAILLY La greffière,

C. SISTAC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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