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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2202020

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2202020

mardi 24 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2202020
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantGIORNO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 1er mars 2022 et 6 février 2023, la société "NC Constructions", représentée par la Selarlu Julie Giorno avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 septembre 2021 par lequel le maire de Champigny-sur-Marne, a retiré le permis de construire tacite né le 24 juillet 2021, et a refusé de lui délivrer un permis de construire pour la transformation d'une coque commerciale en un établissement de restauration et l'extension d'un logement existant, par changement de destination d'un commerce en habitation, sur un terrain situé 192, avenue Maurice Thorez ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Champigny-sur-Marne une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté portant retrait du permis de construire tacite est entaché d'un vice de procédure dès lors que ses observations écrites préalablement au retrait n'ont pas été prises en compte ni même visées dans l'arrêté attaqué ;

- le dossier de demande de permis de construire n'est pas incomplet sur les éléments relatifs aux débits et besoins en eau et la puissance électrique requise dès lors que la commune, bien qu'ayant sollicité des pièces complémentaires, ne l'a pas fait dans le délai d'instruction ; en tout état de cause, la commune ne pouvait lui opposer un refus de permis de construire sans lui avoir préalablement demandé de compléter son dossier ;

- le projet ne méconnaît pas les dispositions de l'article I.3 du règlement du plan local d'urbanisme dès lors que les travaux envisagés ne consistent pas en un changement de destination mais en l'extension d'un logement préexistant ;

- il ne méconnaît pas les dispositions de l'article II.5 du règlement de la zone UP du plan local d'urbanisme dès lors que si le coefficient de biotope minimal n'est pas respecté, le projet prévoit la mise en œuvre de mesures de compensation.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 27 décembre 2022 et 14 avril 2023, la commune de Champigny-sur-Marne, représentée par la Scp Lonqueue-Sagalovitsch-Eglie-Richters et associés, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société "NC Constructions" au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par la société "NC Constructions" ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Duhamel,

- les conclusions de M. Grand, rapporteur public,

- les observations de Me Giorno, représentant la société " NC Constructions ",

- et les observations de Me Richardeau, représentant la commune de Champigny-sur-Marne.

Considérant ce qui suit :

1. La société "NC Constructions" a déposé le 28 octobre 2020 une demande de permis de construire, complétée le 24 février 2021, en vue de la transformation d'une coque commerciale en un établissement de restauration et de l'extension d'un logement existant par changement de destination de commerce en habitation, sur un terrain situé 192, avenue Maurice Thorez à Champigny-sur-Marne. Par une lettre du 9 aout 2021, le maire de Champigny-sur-Marne l'a informée de son intention de retirer le permis de construire tacite qu'elle estimait né le 24 juillet 2021. Par un arrêté du 3 septembre 2021, le maire a retiré le permis tacite, né selon lui le 24 juillet 2021, et a refusé l'autorisation sollicitée. Par un courrier reçu en mairie le 2 novembre 2021, la société "NC Constructions" a demandé au maire de Champigny-sur-Marne le retrait de cet arrêté. La société "NC Constructions" demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 3 septembre 2021 ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article R. 423-19 du code de l'urbanisme : " Le délai d'instruction court à compter de la réception en mairie d'un dossier complet. ". L'article R. 423-23 du même code dispose que : " Le délai d'instruction de droit commun est de : " () c) Trois mois pour les autres demandes de permis de construire ". Et selon l'article R. 423-28 de ce code : " Le délai d'instruction prévu par [] le c de l'article R. 423-23 est porté à : () b) Cinq mois lorsqu'un permis de construire porte sur des travaux relatifs à un établissement recevant du public et soumis à l'autorisation prévue à l'article L. 122-3 du code de la construction et de l'habitation () ". D'autre part, aux termes de l'article R. 423-42 du code de l'urbanisme : "Lorsque le délai d'instruction de droit commun est modifié en application des articles R. 423-24 à R. 423-33, l'autorité compétente indique au demandeur ou à l'auteur de la déclaration, dans le délai d'un mois à compter de la réception ou du dépôt du dossier à la mairie : / a) Le nouveau délai et, le cas échéant, son nouveau point de départ ; / b) Les motifs de la modification de délai ; / c) Lorsque le projet entre dans les cas prévus à l'article R. 424-2, qu'à l'issue du délai, le silence éventuel de l'autorité compétente vaudra refus tacite du permis. ", l'article R. 423-43 du même code précisant que: " Les modifications de délai prévues par les articles R. 423-24 à R. 423-33 ne sont applicables que si les notifications prévues par la présente sous-section ont été faites.(). ".

3. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées qu'à l'expiration du délai d'instruction tel qu'il résulte de l'application des dispositions du chapitre III du titre II du livre IV du code de l'urbanisme relatives à l'instruction des demandes de permis de construire, naît une décision de permis tacite. Une modification du délai d'instruction notifiée après l'expiration du délai d'un mois prévu à l'article R. 423-18 de ce code, délai courant à compter de la date de réception ou de dépôt du dossier de demande de permis en mairie, et non à compter de la date à laquelle ce dossier est complet, n'a pas pour effet de modifier le délai d'instruction de droit commun à l'issue duquel naît un permis tacite.

4. En l'espèce, la société NC Constructions a déposé sa demande de permis de construire en mairie de Champigny-sur-Marne le 28 octobre 2020. La commune a délivré à la société pétitionnaire un récépissé de dépôt d'une demande de permis de construire lui indiquant explicitement qu'en l'absence de réception " à la fin du premier mois suivant le dépôt " d'un courrier de la commune l'avertissant d'une majoration du délai d'instruction, le délai d'instruction de trois mois ne pourrait plus être modifié. Il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que, dans le délai d'un mois à compter du dépôt de la demande, la commune aurait informé la société pétitionnaire d'une majoration du délai d'instruction de droit commun. C'est seulement par un courrier du 10 mars 2021, soit plus d'un mois après le dépôt de la demande, que la commune a notifié une majoration à cinq mois du délai d'instruction de la demande en se fondant sur le fait qu'elle portait sur un établissement recevant du public, ce qui n'a pu avoir pour effet de modifier le délai d'instruction ainsi qu'il a été dit au point précédent, qui est donc resté à trois mois.

5. En application de l'article R. 423-19 du code de l'urbanisme, le délai d'instruction de droit commun de trois mois a donc commencé à courir à compter de la réception, le 24 février 2021, des pièces produites par la société pétitionnaire en réponse à la demande de la commune du 12 novembre 2020, date à laquelle son dossier devait être regardé comme complet. Un permis de construire tacite est ainsi né le 24 mai 2021. Dans ces conditions, l'arrêté du 3 septembre 2021 doit être regardé comme retirant un permis de construire tacite né le 24 mai 2021 et non le 24 juillet 2021 comme mentionné par erreur, et comme refusant la délivrance de l'autorisation sollicitée.

En ce qui concerne la régularité de la procédure :

6. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 () sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". " l'article L. 121-2 du même code précisant que : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles () ". Aux termes de l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. L'administration n'est pas tenue de satisfaire les demandes d'audition abusives, notamment par leur nombre ou leur caractère répétitif ou systématique. ". L'article L. 424-5 du code de l'urbanisme dispose que : " La décision de () permis de construire () tacite ou explicite, [ne peut être retirée " que [s'il est illégal] et dans le délai de trois mois suivant la date de [cette décision] ".

7. D'une part, ces dispositions impliquent que l'intéressé ait été averti de la mesure que l'administration envisage de prendre, des motifs sur lesquels elle se fonde, et qu'il bénéficie d'un délai suffisant pour présenter ses observations. D'autre part, le respect du caractère contradictoire de la procédure prévue par ces dispositions constitue une garantie pour le titulaire du permis que l'autorité administrative entend rapporter.

8. Il ressort des pièces du dossier que par un courrier du 9 août 2021, le maire de la commune de Champigny-sur-Marne a informé la société "NC Constructions" de son intention de procéder au retrait du permis de construire tacite né du silence gardé sur sa demande d'autorisation et l'a invitée à présenter ses observations dans un délai de 15 jours. La société pétitionnaire a ainsi adressé ses observations écrites les 31 août 2021 et 1er septembre 2021. La circonstance que l'arrêté de retrait attaqué ne se réfère pas à ses observations du 1er septembre n'est pas, à elle seule de nature à entacher d'irrégularité la procédure contradictoire alors que la société "NC Constructions" a été effectivement mise à même de présenter ses observations écrites avant l'édiction de l'arrêté de retrait attaqué, le 3 septembre 2021.

En ce qui concerne les illégalités justifiant la décision de retrait :

9. Aux termes de l'article R. 423-22 du code de l'urbanisme : " Pour l'application de la présente section, le dossier est réputé complet si l'autorité compétente n'a pas, dans le délai d'un mois à compter du dépôt du dossier en mairie, notifié au demandeur ou au déclarant la liste des pièces manquantes dans les conditions prévues par les articles R. 423-38 et R. 423-41 ". L'article R. 423-38 du même code précise que : " Lorsque le dossier ne comprend pas les pièces exigées en application du présent livre, l'autorité compétente, dans le délai d'un mois à compter de la réception ou du dépôt du dossier à la mairie, adresse au demandeur ou à l'auteur de la déclaration une lettre recommandée avec demande d'avis de réception, indiquant, de façon exhaustive, les pièces manquantes ".

10. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité compétente pour instruire la demande, si elle s'estime insuffisamment informée, non de rejeter celle-ci, mais de demander au pétitionnaire de compléter son dossier, lequel, à défaut est réputé complet un mois après son dépôt en vertu de l'article R. 423-22 du code de l'urbanisme.

11. Pour retirer le permis tacite puis refuser de délivrer le permis de construire sollicité, le maire de Champigny-sur-Marne s'est notamment fondé, sur l'incomplétude du dossier de demande d'autorisation en relevant que les services extérieurs n'avaient pas pu se prononcer sur le projet, en l'absence de précisions relatives aux débits et besoins en eau liés à cette opération et sur la puissance électrique requise. Toutefois, si la commune de Champigny-sur-Marne a demandé à la société pétitionnaire de compléter le dossier de demande d'autorisation par un courrier du 12 novembre 2020, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'à cette occasion, le service instructeur lui aurait demandé des précisions sur les débits et besoins en eau et sur la puissance électrique requise. La société "NC Constructions" est par conséquent fondée à soutenir que le motif tiré du caractère incomplet du dossier ne pouvait justifier légalement l'arrêté attaqué.

12. Mais le maire s'est également fondé, pour édicter l'arrêté attaqué, notamment sur le fait que le plan de masse ne mettait pas en évidence un aménagement minimal de biotope sur la parcelle de 50 % de la totalité du terrain, en méconnaissance du titre II. 5 de règlement de la zone UP du plan local d'urbanisme.

13. Aux termes des dispositions de l'article II. 5 du règlement de la zone UP du plan local d'urbanisme dans sa rédaction alors applicable : " Le coefficient de biotope minimal est fixé à 0,5 ". Selon le lexique de ce même règlement, le coefficient de biotope est " une règle imposant une part minimale de surfaces non imperméabilisées ou éco aménageables pondérées en fonction de leur nature, afin de contribuer au maintien de la biodiversité en ville avec ce nouveau concept de végétalisation des constructions dans la ville. Concrètement, les nouvelles constructions et les réhabilitations importantes doivent intégrer dans leur projet un coefficient de végétalisation ou " coefficient de biotope ".

14. Il ressort des pièces du dossier, en particulier des plans de masse joints au dossier de demande du permis de construire que le coefficient de biotope minimal, fixé à 0.5 dans le secteur UPa sur lequel est situé le terrain d'assiette du projet, n'est pas respecté. En se bornant à soutenir que pour compenser le taux de biotope inférieur aux exigences réglementaires, des mesures de compensation visant à créer des espaces végétalisés, les portant ainsi de 29 à 58 m², et à la plantation d'un arbre, devaient être prises, sans démontrer que ces mesures de compensation suffiraient à atteindre le coefficient minimal de biotope exigé, la société requérante ne démontre pas l'illégalité de ce motif de retrait. Par suite, le maire de la commune était fondé à retirer le permis de construire tacitement accordé et à refuser la demande de permis de construire pour ce motif.

15. Il ressort des pièces du dossier que le maire de Champigny-sur-Marne aurait pris la même décision en ne se fondant que sur ce seul motif tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article II. 5 du règlement de la zone UP du plan local d'urbanisme dans sa rédaction applicable, qui était de nature à lui seul à justifier la décision de retrait et le refus d'autorisation.

16. Il résulte de tout ce qui précède que par les seuls moyens qu'elle invoque, la société NC Constructions n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué et de la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Champigny-sur-Marne, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la société "NC Constructions" demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société " NC Constructions " les sommes demandées par la commune de Champigny-sur-Marne au même titre.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de la société "NC Constructions" est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Champigny-sur-Marne présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société "NC Constructions" et à la commune de Champigny-sur-Marne.

Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gougot, présidente,

M. Duhamel, premier conseiller,

M. Combier, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.

Le rapporteur,

B. DUHAMEL

La présidente,

I. GOUGOTLa greffière,

M.NODIN

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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