mercredi 21 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2202090 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | BEL FALEH |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 mars 2022, M. B A, représenté par Me Bel Faleh, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 29 octobre 2021 par lequel la préfète du Val-de-Marne lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que :
la décision de refus de titre de séjour et celle portant obligation de quitter le territoire français :
- méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles de l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant ;
- sont entachées d'une erreur d'appréciation sur sa situation personnelle et familiale ainsi que sur sa situation professionnelle ;
- sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle ;
la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée.
La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne qui n'a pas présenté de mémoire en défense.
Par ordonnance du 30 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 décembre 2022 à midi.
Par courrier du 13 décembre 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de prononcer une injonction d'office tendant à la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " au requérant.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 janvier 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ,
- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991,
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Bourdin a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant tunisien, entré régulièrement en France le 19 juillet 2007, a été mis en possession, le 6 juin 2019, d'une carte de séjour temporaire sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, renouvelée en dernier lieu jusqu'au 5 juin 2021. Par arrêté du 29 octobre 2021, la préfète du Val-de-Marne a refusé de renouveler ce titre de séjour, a obligé M. A à quitter le territoire français dans le délai trente jours et a fixé le pays à destination duquel ce dernier pourra être reconduit d'office. M. A demande l'annulation de cet arrêté en tant qu'il refuse le renouvellement de son titre de séjour et l'oblige à quitter le territoire français.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
3. Pour prendre l'arrêté attaqué, la préfète du Val-de-Marne s'est notamment fondée sur la circonstance que le comportement du requérant représentait une menace pour l'ordre public. L'arrêté attaqué fait état de trois condamnations pénales, non contestées par le requérant, par lesquelles l'intéressé a été condamné par le tribunal de grande instance de Créteil à deux mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits d'escroquerie commis du 1er novembre 2015 au 28 février 2016, par le tribunal de grande instance de Paris le 26 juin 2018 à une amende de 500 euros pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis, commis le 27 juin 2018 et le 5 novembre 2019 à quatre mois d'emprisonnement avec sursis assorti d'une mise à l'épreuve pendant deux ans, avec interdiction d'entrer en contact avec la victime de l'infraction, pour des faits de violences suivies d'une incapacité n'excédant pas huit jours, en présence d'un mineur, par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire liée à la victime par un pacte civil de solidarité, ces faits ayant été commis en récidive. La menace à l'ordre public invoquée par la préfète du Val-de-Marne est caractérisée, à la date de la décision contestée, par la nature des faits commis, le caractère récent des condamnations ainsi que par leur réitération. Par ailleurs, M. A ne justifie pas d'une insertion professionnelle particulière à la date de la décision attaquée, en se bornant à produire un contrat de travail en date du 20 octobre 2020 pour un emploi en contrat à durée indéterminée à temps partiel en qualité de responsable de service au sein d'une chaîne de restauration à compter du 20 novembre 2021, dont il ressort qu'il ne l'a occupé que durant deux mois et dont l'exercice effectif est postérieur à la date de la décision attaquée. De même les attestations de suivis de formation de quelques jours entre les mois d'avril 2014 et le mois de juin 2021 auprès d'une chaîne de restauration, en qualité de technicien en électricité et de conducteur de voiture de transport avec chauffeur ainsi que le relevé de carrière en date du 9 août 2021 ne témoignent pas d'une insertion professionnelle particulière du requérant en dépit de sa durée de séjour sur le territoire français.
4. Toutefois, il ressort également des pièces du dossier que M. A s'est marié le 7 septembre 2013 avec une ressortissante marocaine et que de cette union sont nés, en France, deux enfants, les 26 décembre 2013 et le 18 juin 2015. Si le divorce du couple a été prononcé le 9 juin 2016, le jugement de divorce a homologué la convention passée entre les deux époux prévoyant notamment l'exercice commun de l'autorité parentale sur leurs deux enfants, un droit de visite et d'hébergement pour le père un week-end sur deux et la moitié des vacances scolaires ainsi qu'une contribution à l'entretien et à l'éducation des enfants d'un montant de cinquante euros par enfant. Si l'arrêté contesté mentionne que l'ex-épouse du requérant s'est déclarée célibataire dans le cadre du suivi de son dossier, que le requérant ne justifie pas de l'existence de lien tant avec son ex-épouse qu'avec ses enfants et que la condamnation de 2019 lui interdit d'entrer en contact avec son ex-épouse, il ressort des pièces du dossier que, postérieurement au jugement de divorce, l'intéressé a bénéficié d'un titre de séjour au regard de ses liens personnels et familiaux en France. En outre, il produit dans le cadre de la présente instance deux attestations en date des 25 novembre 2021. La première est établie par la directrice de l'école maternelle où ont été scolarisés ses enfants et atteste que le requérant a régulièrement assuré les accompagnements à l'école de ses enfants durant les années scolaires 2016/2017 à 2020/2021. La deuxième attestation est établie par la directrice de l'école élémentaire Etienne Dolet d'Alfortville et fait état de ce que l'intéressé récupère régulièrement son fils aîné à l'école et entretient des relations avec son enseignante pour le suivi de sa scolarité. Ces éléments, bien que postérieurs à la date de la décision attaquée, rendent compte de la situation antérieure à celle-ci. De même, les différentes attestations de proches et les photos produites par le requérant confirment son implication dans l'éducation de ses enfants en dépit de la séparation du couple. Enfin, M. A produit les relevés bancaires établis entre les mois d'août 2019 et d'octobre 2021, faisant apparaître des virements réguliers sur le compte de la mère de ses enfants. Il en résulte que M. A établit entretenir des liens réguliers et stables avec ses enfants mineurs, âgés respectivement à la date de la décision de 7 ans et demi et de 6 ans et contribuer à leur entretien et à leur éducation. Il ne ressort, par ailleurs, pas des termes de la condamnation pénale en date du 5 novembre 2019 que l'intéressé aurait fait l'objet d'une interdiction d'entrer en contact avec ses enfants et il n'est d'ailleurs pas évoqué par la préfète du Val-de-Marne une restriction des droits du requérant vis-à-vis de ses enfants par rapport à ceux prévus dans la convention de divorce. De plus, le droit au séjour de ses enfants ainsi que de leur mère en France n'est pas remis en cause par l'autorité administrative. Ainsi, la préfète du Val-de-Marne n'établit pas que la condamnation pénale du 5 novembre 2019 aurait entraîné une rupture de lien de l'intéressé avec ses enfants, ni que le requérant ne participait pas à la date de la décision contestée à l'entretien et à l'éducation de ses enfants. Dans ces conditions, malgré le caractère répréhensible des faits retenus par la préfète du Val-de-Marne et en particulier de ceux objets de la dernière condamnation mentionnée dans l'arrêté litigieux, la décision de refus de titre de séjour méconnaît, compte tenu de l'intensité des liens entretenus par le requérant avec ses enfants, l'intérêt supérieur de ces derniers. Par suite, la décision portant refus de titre de séjour a méconnu les stipulations susvisées de l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits des enfants.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que la décision refusant de renouveler le titre de séjour doit être annulée ainsi que par voie de conséquence la décision du même jour portant obligation de quitter le territoire.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. Il y a lieu, par application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, et sous réserve d'un changement de circonstance de droit ou de fait, d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de délivrer à M. A une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Bel Faleh, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Bel Faleh de la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D E C I D E :
Article 1: Les décisions en date du 29 octobre 2021, par lesquelles la préfète du Val-de-Marne a refusé de renouveler le titre de séjour de M. A et lui a fait obligation de quitter le territoire français sont annulées.
Article 2: Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne, sauf changement de circonstances de droit ou de fait, de délivrer à M. A un titre de séjour portant la mention "vie privée et familiale" dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3: L'État versera la somme de 1 200 ( mille deux cents) euros à Me Bel Faleh, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Bel Faleh renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Val-de-Marne.
Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 30 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Ledamoisel, présidente,
Mme Bourdin, première conseillère,
M. Rehman-Fawcett, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 février 2024.
La rapporteure,
S. BOURDIN
La présidente,
C. LEDAMOISELLa greffière,
Y. SADLI
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026