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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2202199

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2202199

lundi 3 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2202199
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantVI VAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 mars 2022 et un mémoire complémentaire enregistré le 21 mars 2023, M. F B A, représenté par Me Vi Van, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler les arrêtés en date du 4 mars 2022 par lesquels le préfet de police de Paris, l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination, l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois, l'a signalé aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen (SIS) pour la durée de l'interdiction de retour ;

3°) d'enjoindre au préfet de procéder à son effacement aux fins de non-admission dans le SIS et de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le reversement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, cette dernière renonçant le cas échéant à percevoir la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle ; dans l'hypothèse où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée, de mettre cette même somme à la charge de l'Etat en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'absence d'examen personnalisé de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- le refus de délai de départ volontaire est fondé sur une obligation de quitter le territoire français dont il excipe de l'illégalité ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation ;

- il méconnaît les dispositions du 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français repose sur une obligation de quitter le territoire français dont il excipe de l'illégalité ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation, d'une erreur de fait ainsi que d'un examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 avril 2022, le préfet de police de Paris, représenté par Me Orier, conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 20 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique tenue le 21 mars 2023 en présence de Mme Riellant, greffière d'audience :

- le rapport de Mme D

- les observations de Me Vi Van, représentant M. A, également présent, qui retire les conclusions concernant l'aide juridictionnelle, reprend les autres conclusions que la requête par les mêmes moyens en faisant plus particulièrement valoir que, contrairement à ce qu'indique le préfet, M. A n'a pas fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français mais d'une décision de transfert vers l'Italie ; lors de son audition, il a indiqué exercer une activité professionnelle et aucun des éléments dont il a alors fait état n'apparaissent dans la motivation des décisions contestées, alors même que la vie professionnelle et privée est un élément important d'appréciation, ce qui démontre l'absence d'examen sérieux de sa situation ; il justifie de six ans de présence en France à ce jour, de cinq ans à la date des décisions contestées, il a produit des preuves de sa présence en France pour chaque année concernée, la fiche telemofpra démontre qu'il a présenté une demande d'asile dès son arrivée, il joint le billet de train par lequel il est entré en France en mai 2017, il justifie d'une activité professionnelle depuis juin 2020 auprès du même employeur, il souhaitait déposer une demande de titre de séjour au titre du travail et s'était rapproché de la Cimade et de son conseil, lorsqu'il s'est fait interpellé lors d'un simple contrôle d'identité ce qui l'a empêché de mener à bien ces démarches ; il est titulaire d'un passeport en cours de validité, dont il n'a pas pensé à faire état lors de son audition par les services de police qui lui ont seulement demandé s'il avait une pièce d'identité ; il a déclaré une adresse stable à Maisons-Alfort qui apparaît sur l'ensemble des fiches de paie et des documents justificatifs produits pour preuve de sa présence en France, de sorte qu'il justifie de garanties de représentation suffisantes ; le préfet ne peut pas fonder l'interdiction de retour sur la soustraction à une précédente mesure d'éloignement, une telle mesure ne lui ayant jamais été notifiée, seulement une décision de transfert et devait prendre en compte la durée de son séjour en France et son intégration professionnelle particulièrement réussie ; enfin, il ne constitue pas une menace pour l'ordre public

- le préfet de police de Paris n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'aide juridictionnelle :

1. Le requérant déclare à l'audience par la voie de son conseil qu'il se désiste des conclusions de sa requête tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Ce désistement est pur et simple. Rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.

Sur les autres conclusions :

2. Par deux arrêtés du 4 mars 2022, le préfet de police de Paris, sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1, du 3° de l'article L. 612-2, des 5° et 8° de l'article L. 612-3 ainsi que des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a obligé M. F B A, ressortissant ivoirien né le 30 mai 1985, à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office, l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois et l'a signalé aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen (SIS) pour la durée de l'interdiction de retour. Par la requête susvisée, M. A demande l'annulation de l'ensemble de ces décisions.

3. En premier lieu, les arrêtés attaqués ont été signés par Mme C E, adjointe au chef de section des reconduites à la frontière, à laquelle le préfet de police a consenti une délégation de signature par un arrêté n° 2021-00991 du 27 septembre 2021, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris. Par suite le moyen tiré de l'incompétence doit être écarté.

4. En deuxième lieu, les arrêtés litigieux énoncent les considérations de droit et de fait qui fondent les décisions contestées qui sont, par suite, suffisamment motivées.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant avant d'édicter à son encontre les décisions attaquées.

6. En quatrième lieu, il est constant que les arrêtés litigieux énoncent que le requérant a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement en faisant référence à une obligation de quitter le territoire français du 17 août 2017, alors qu'il ressort des pièces du dossier que la mesure ainsi visée était en fait une décision de remise aux autorités italiennes. Cette circonstance est toutefois sans incidence sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, prise sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, permettant à l'autorité préfectorale de prendre une telle mesure à l'encontre d'un étranger dont la demande d'asile a été définitivement rejetée, comme c'est le cas en l'espèce. Par ailleurs, et en tout état de cause, une décision de remise aux autorités d'un autre Etat membre de l'Union européenne constitue une mesure d'éloignement au sens des dispositions des articles L. 612-2, L. 612-3 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'erreur de fait commise par le préfet de police sur le type de mesure d'éloignement dont le requérant a précédemment fait l'objet aurait eu une incidence sur le sens des décisions attaquées portant refus de délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français.

7. En cinquième lieu, M. A fait valoir qu'il dispose d'un passeport en cours de validité et d'une adresse réelle et stable et qu'il justifie ainsi de garanties de représentation suffisantes qui auraient dû lui permettre de bénéficier d'un délai de départ volontaire. Toutefois, le refus de départ volontaire est également fondé sur sa soustraction, qui n'est pas contestée, à une précédente mesure d'éloignement. En tout état de cause, le préfet fait valoir, dans son mémoire en défense, que le requérant a déclaré lors de son audition qu'il n'entendait pas se conformer à une éventuelle mesure d'éloignement prise à son encontre, ainsi qu'en atteste le procès-verbal de son audition. Ce faisant le préfet de police doit être regardé comme se prévalant des dispositions du 4° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et comme sollicitant une substitution de motif. Le mémoire en défense ayant été communiqué, le requérant a été mis en mesure de présenter des observations, et il ressort des pièces du dossier que la même décision de refus de délai de départ volontaire aurait été prise si ce dernier motif, qui suffisait à établir le risque de soustraction à l'obligation de quitter le territoire français du 4 mars 2022 au sens du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et donc à fonder le refus de délai de départ volontaire, avait été retenu ab initio par le préfet. Par suite, il y a lieu de procéder à la substitution de motif sollicitée et de rejeter le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 8° de l'article L. 612-3 et celle du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En sixième lieu, M. A soutient être entré en France en mai 2017, être intégré professionnellement en travaillant depuis 2021 auprès du même employeur. Il est toutefois constant que M. A est célibataire et sans enfant à charge. Il ne fait état d'aucun lien familial en France et ne soutient ni n'établit qu'il serait isolé dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-deux ans. M. A ne dispose par ailleurs pas de domicile personnel, n'est titulaire que d'un contrat de travail à durée déterminée auprès d'une entreprise d'intérim et reconnaît que ses missions professionnelles sont discontinues. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police aurait porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale en l'obligeant à quitter sans délai le territoire français et en lui faisant interdiction de retour sur le territoire français durant douze mois. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. En septième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point précédent du présent jugement, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en prenant les décisions contestées à l'encontre du requérant le préfet de police aurait commis une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle du requérant.

10. En dernier lieu, l'ensemble des moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français étant rejeté, l'exception d'illégalité de cette mesure d'éloignement soulevée au soutien des conclusions dirigées contre le refus de délai de départ volontaire et l'interdiction de retour sur le territoire français ne peut qu'être écartée.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des arrêtés préfectoraux du 4 mars 2022 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent également être rejetées les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant au bénéfice de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E

Article 1er : Il est donné acte du désistement de M. A en ce qui concerne sa demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F B A et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 avril 2023.

La présidente

Signé : C. DLa greffière,

Signé : N. Riellant

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N. Riellant

N°2202199

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