mercredi 21 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2202285 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | PIERROT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 7 et 22 mars 2022, M. B A, représenté par Me Pierrot, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 22 janvier 2022 par lesquelles la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français, ou subsidiairement la seule obligation de quitter le territoire français ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans le délai d'un mois suivant le jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans les mêmes conditions de délais et d'astreinte
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
- la décision attaquée est entachée d'une insuffisance de motivation et d'une absence d'examen de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'un vice de procédure l'avis du collège des médecins n'y étant pas joint ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, car la préfète s'est crue à tort liée par l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, son état de santé nécessitant une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et dont il ne peut bénéficier dans son pays d'origine ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision attaquée est privée de base légale compte tenu de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
La préfète du Val-de-Marne à qui la requête a été communiquée n'a pas produit de mémoire en défense mais a produit des pièces enregistrées le 16 mars 2022, en l'espèce l'avis du collège de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Par ordonnance du 3 novembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 18 novembre 2023 à midi.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
M. Rehman-Fawcett, a été entendu, en son rapport, au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant guinéen, déclare être entré en France le 10 octobre 2013. Le 19 mars 2017, il a été interpellé dans le cadre d'un contrôle d'identité. Par une décision du même jour du préfet de police, il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement. Il a été interpellé le 1er mai 2019 pour des faits de mise en danger de la vie d'autrui à la suite d'un accident de circulation. Par une décision du 2 mai 2019 du préfet de la Seine-Saint-Denis, il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, d'une décision fixant le pays de renvoi et d'une décision d'interdiction de retour sur le territoire français de deux ans. Le 10 septembre 2019, il a sollicité son admission au séjour pour raison de santé. Par un avis du 12 février 2020, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a considéré que l'état de santé du requérant nécessitait une prolongation de ses soins d'une durée de six mois. Le 4 août 2020, le requérant a déposé une nouvelle demande de séjour pour raison de santé. Par un avis du 30 octobre 2020, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a considéré que son état de santé nécessitait une prolongation de ses soins. Il a bénéficié d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " du 30 octobre 2020 au 29 avril 2021. Il a bénéficié d'un récépissé de demande renouvellement de carte de séjour du 28 mai 2021 au 27 novembre 2021. Par un avis du 30 septembre 2021, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a considéré que son état de santé ne nécessitait plus de prise en charge médicale. Par un arrêté du 31 janvier 2022, la préfète du Val-de-Marne a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit. M. A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
3. M. A soutient que l'arrêté litigieux est insuffisamment motivé en droit et ne répond pas à sa situation. Il ressort de l'arrêté attaqué qu'il comporte les considérations de fait et de droit qui constituent le fondement du refus de séjour. Par suite, et alors que la préfète n'était pas tenue de faire état de l'ensemble des éléments de la situation particulière du requérant, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écartée comme manquant en fait.
4. En deuxième lieu, il ne résulte ni des termes de la décision attaquée, ni des pièces du dossier que la préfète du Val-de-Marne n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation du requérant.
5. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des pièces du dossier que la préfète du Val-de-Marne se serait sentie liée par l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
6. En quatrième lieu, aucune disposition législative ou réglementaire ni aucun principe n'impose à l'autorité administrative de joindre l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à l'arrêté par lequel elle statue sur la demande de titre de séjour de l'intéressé. En tout état de cause, la préfète du Val-de-Marne a transmis l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 30 septembre 2021 dans le cadre de la présente instance. Par suite, le moyen invoqué au titre d'un vice de procédure doit être écarté.
7. Compte tenu de la production de l'avis susmentionnée par l'administration, elle doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous les éléments permettant d'apprécier son état de santé et, le cas échéant, la possibilité qu'elle a de bénéficier d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
8. M. A soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, son état de santé nécessitant une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et dont il ne peut bénéficier dans son pays d'origine. Il ressort cependant des pièces du dossier, et notamment d'un certificat médical du 31 mars 2021 versé au dossier de l'instance par le requérant, qu'un médecin praticien infectiologue a conclu que " au total l'évolution de cette tuberculose a été totalement favorable et on peut considérer que Monsieur A est désormais guéri avec un recul d'1 an sans argument pour une rechute ". L'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 30 septembre 2021 conclut que l'état de santé du requérant ne nécessite pas de prise en charge médicale. Dans ces condition, l'erreur manifeste d'appréciation alléguée n'est pas établie, il convient dès lors de l'écarter.
9. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
10. Le requérant soutient que la décision de refus de titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle, compte tenu de la durée de sa résidence sur le territoire français, de ses liens familiaux et de son intégration professionnelle. Si le requérant se prévaut de son intégration, il ressort cependant des pièces du dossier que ce dernier a commencé à travailler en qualité d'agent de service seulement à compter du mois de mai 2020, soit moins de deux ans avant la date de la décision attaquée. Si le requérant se prévaut de ses attaches familiales en France et notamment de la présence de son fils âgé de deux ans et de sa vie commune avec la mère de celui-ci, il ne verse à la procédure aucune pièce susceptible d'établir la réalité de cette vie commune, alors qu'il résulte au contraire d' une attestation d'hébergement que le requérant habite dans la commune de Chevilly-Larue dans le Val-de-Marne, tandis que son fils et sa mère résident à la Courneuve dans le département de Seine-Saint-Denis. De même, le requérant ne verse aucune pièce permettant d'établir qu'il participe à l'entretien et l'éducation de son enfant. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que la préfète du Val-de-Marne aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme, par suite ce moyen doit être écarté.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
11. En premier lieu, les moyens soulevés contre la décision portant refus de lui délivrer un titre de séjour étant écartés, M. A n'est pas fondé à invoquer le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire.
12. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 8 et 10 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
13. En troisième lieu, le requérant invoque l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle de la décision portant obligation de quitter le territoire, sans pour autant apporter des précisions sur les conséquences qu'il allègue. En tout état de cause, il ressort de ce qui été dit aux points 8 et 10 du présent jugement que l'erreur manifeste d'appréciation alléguée n'est pas établie.
14. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : ()/ 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".
15. Tel qu'il a été exposé au point 8 du présent jugement, il ressort des pièces du dossier que le requérant ne présente aucun état de santé nécessitant une prise en charge médicale, il convient dès lors d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 611-3 précité.
16. En dernier lieu, aux termes de l'articles 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi []. ". Aux termes de l'article 3 de la même convention : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
17. Si le requérant soutient que l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre méconnaît les articles 2 et 3 précités de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il n'assortit toutefois ce moyen d'aucun élément qui permet d'étayer cette allégation. En tout état de cause, ainsi qu'il a été exposé au point 8 du présent jugement, le requérant ne présente aucun état de santé nécessitant une prise en charge médicale. Dans ces conditions, il convient d'écarter ce moyen.
18. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, que la requête de M. A doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles qui tendent à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Val-de-Marne.
Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 30 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Ledamoisel, présidente,
Mme Bourdin, première conseillère,
M. Rehman-Fawcett, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 février 2024.
Le rapporteur,
C. REHMAN-FAWCETT
La présidente,
C. LEDAMOISEL La greffière,
Y. SADLI
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision ;
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026