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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2202410

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2202410

jeudi 27 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2202410
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantSTOFFANELLER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 mars 2022, M. A F D, représenté par Me Stoffaneller, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 décembre 2021 par lequel le préfet de Seine-et-Marne lui a refusé la délivrance d'un certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, au préfet de lui délivrer un certificat de résidence dans le délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Concernant le refus de titre de séjour :

- la décision est insuffisamment motivée et sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen particulier ;

- la décision est entachée d'erreur de fait dès lors qu'il est parent d'un enfant qui n'a pas vocation à quitter le territoire français ;

- le refus de titre de séjour méconnaît l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et son droit au respect de sa vie privée et familiale dès lors qu'il vit en France avec sa concubine, qui est en situation régulière, et son enfant ;

- elle méconnaît le pouvoir de régularisation exceptionnel du préfet ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

Concernant l'obligation de quitter le territoire français :

- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a méconnu les stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale de New-York du 26 janvier 1990 relative aux droits de l'enfant ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation sur les conséquences de la décision sur sa situation personnelle ;

Concernant la décision fixant le pays de retour :

- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 juin 2022, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun moyen n'est fondé.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention internationale de New-York du 26 janvier 1990 relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; - le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique

Considérant ce qui suit :

1. M. F A D né le 24 décembre 1989 en Algérie, déclare être entré sur le territoire français en août 2018. Il a sollicité son admission au séjour en qualité de parent d'enfant français le 29 juillet 2021. Par un arrêté du 14 décembre 2021, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer le certificat de résidence qu'il sollicitait, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours vers le pays dont il a la nationalité ou tout pays dans lequel il est légalement admissible. Dans la présente instance, M. D demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la légalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée vise les textes dont elle fait application notamment les dispositions applicables de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle comporte également les considérations de faits qui en constituent le fondement. Elle précise notamment les conditions d'entrée et de séjour de l'intéressé, sa situation matrimoniale ainsi que sa situation professionnelle, et ses attaches dans son pays d'origine. Par suite, la décision contestée, qui ne consiste pas en une reproduction d'une formule stéréotypée, est suffisamment motivée.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / 4) au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. Lorsque la qualité d'ascendant direct d'un enfant français résulte d'une reconnaissance de l'enfant postérieure à la naissance, le certificat de résidence d'un an n'est délivré au ressortissant algérien que s'il subvient à ses besoins depuis sa naissance ou depuis au moins un an () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ().

4. Par ailleurs, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / () ".

5. Pour refuser la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des stipulations de l'article 6-4 de l'accord franco-algérien susvisé, le préfet de Seine-et-Marne a relevé que M. D ne produisait aucun justificatif de la nationalité française de son enfant.

6. Si M. D fait valoir que sa compagne vit régulièrement en France et que son enfant B née en 2019 n'a pas vocation à quitter le territoire français, il ne démontre pas la nationalité française de cette dernière justifiant l'obtention du titre de séjour qu'il a sollicité. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée a été prise en méconnaissance des stipulations du point 4 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

7. Par ailleurs, M. D déclare être entré en France en 2018, et ne démontre d'aucune intégration particulière. Il n'établit pas, en outre, participer activement à l'éducation et à l'entretien de son enfant, ni avoir des relations avec lui. Dans ces conditions, il n'est également pas fondé à soutenir que le refus de titre de séjour qui lui a été opposé porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise. L'arrêté du préfet n'est, par suite, pas contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et au point 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Elle n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Enfin, le préfet, en prenant la décision contestée, n'a pas méconnu l'étendue de sa compétence.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / () ".

9. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux point 6 et, 7 le refus opposé à la demande de titre de séjour de M. D ne porte pas au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au but poursuivi. Le préfet de Seine-et-Marne n'a pas, par suite, en prenant cette décision, méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes raisons, cette décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

10. Aux termes du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale de New-York du 26 janvier 1990 relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. "

11. Si M. D soutient que l'intérêt supérieur de l'enfant est de vivre avec ses deux parents, et qu'il s'occupe de son enfant ainsi que de ceux de sa concubine, il ne démontre pas, ainsi qu'il a été dit, participer activement à l'éducation et à l'entretien de l'enfant, pas plus qu'il n'établit la moindre relation avec son enfant. Il y a lieu dès lors d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations.

Sur la légalité de la légalité de la décision fixant le pays de destination :

12. Il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français sur laquelle la décision attaquée est fondée n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen soulevé contre la décision fixant le pays de destination, par la voie de l'exception de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D doivent être rejetées. Doivent être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera adressée pour son information au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 11 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. E, président,

Mme Morisset, conseillère,

M. Cabal , conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 octobre 2022.

La rapporteure,

A. C

Le président,

M. E La greffière,

L. DARNAL

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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