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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2202459

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2202459

vendredi 28 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2202459
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantFAUVEAU IVANOVIC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 mars 2022, Mme C B, représentée par Me Fauveau Ivanovic, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 16 février 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français, lui a fixé un délai de départ volontaire de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office ;

3°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours sous une astreinte de 150 euros par jour de retard, ou à défaut de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- cette décision méconnaît le droit à être entendu et le caractère contradictoire de la procédure préalable garantie par le paragraphe 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ; elle méconnaît le caractère contradictoire de la procédure prévu par les articles L. 121-1 et L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle n'est pas suffisamment motivée en vertu du droit national notamment l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration et l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle n'est pas suffisamment motivée au sens du droit européen notamment des dispositions de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et de l'article 12 de la directive 2008/115 du 16 décembre 2008 ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de la situation personnelle de la requérante ; en cas de renvoi en République démocratique du Congo, elle sera exposée à des risque de traitements inhumains et dégradants ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle méconnaît les stipulations de l'article 7 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ; elle a quitté son pays alors qu'elle avait deux ans, pays où elle n'a plus d'attache familiale ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation :

En ce qui concerne la décision fixant le pays d'éloignement :

- cette décision est illégale car la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de la situation personnelle de la requérante ; elle était réfugiée au Mali, et ne peut rentrer en République démocratique du Congo ;

- elle méconnaît le principe de non refoulement garanti par l'article 33 de la convention de Genève de 1951 ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 19 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 78 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 5 de la directive du 16 décembre 2008 imposant aux états membres le respect du principe de non refoulement ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle méconnait les dispositions de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ; elle a été victime de violences interethniques à l'âge de deux ans en République démocratique du Congo ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mars 2022, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par Mme B n'est fondé.

Par une décision du 20 avril 2022, le président du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif de Melun a admis Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. A pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les observations de Me Fauveau Ivanovic, représentant Mme B qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et soutient, en outre, que le titre de séjour de Mme B fait application de la convention de Genève et non des instruments spécifiques de l'Organisation de l'unité africaine.

Le préfet de Seine-et-Marne n'était ni présent ni représenté.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B, ressortissante congolaise née le 8 août 1995 à Kinshasa (République démocratique du Congo), est entrée sur le territoire français, selon ses déclarations, le 25 août 2017 afin d'y solliciter l'asile. Le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile par une décision du 18 septembre 2018, confirmée le 26 avril 2019 par la Cour nationale du droit d'asile. La requérante a présenté une demande de réexamen de sa demande d'asile. Le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile par une décision du 20 octobre 2021, confirmée le 28 décembre 2021 par la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 16 février 2022, le préfet de Seine-et-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lui a fixé un délai de départ volontaire de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Si Mme B sollicite, dans le cadre de sa requête, son admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle, il ressort des pièces du dossier que son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale a été prononcée par une décision du président du Bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal administratif de Melun en date du 20 avril 2022. Dès lors ses conclusions tendant à ce que le tribunal l'admette à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet et il n'y a, par suite, pas lieu de statuer dessus.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre (). ". Aux termes de l'article 51 de la Charte : " 1. Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux États membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union (). ".

4. D'une part, lorsqu'il oblige un étranger à quitter le territoire français sur le fondement de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet se situe dans le champ d'application de la directive susvisée du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier. Il lui appartient de faire application des principes fondamentaux du droit de l'Union européenne, dont celui du droit à une bonne administration. Parmi les principes que sous-tend ce dernier, figure le principe du droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement soit prise à son encontre, tel qu'il est énoncé notamment au 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Ainsi que la Cour de justice de l'Union européenne l'a jugé dans ses arrêts C-166/13 et C-249/13 des 5 novembre et 11 décembre 2014, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français ni sur chacune des décisions qui l'assortissent dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement. En outre, ainsi que l'a jugé la Cour de justice de l'Union européenne dans son arrêt C-383/13 du 10 septembre 2013, selon le droit de l'Union européenne, une violation des droits de la défense, en particulier du droit d'être entendu, n'entraîne l'annulation de la décision prise au terme de la procédure administrative en cause que si, en l'absence de cette irrégularité, cette procédure pouvait aboutir à un résultat différent.

5. D'autre part, l'étranger qui présente une demande d'asile ne saurait ignorer qu'en cas de rejet de sa demande, il pourra, si la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire lui a été définitivement refusé et qu'il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, faire l'objet d'une mesure d'éloignement du territoire français prise, comme en l'espèce, sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 de ce code. Il lui appartient, lors du dépôt de sa demande d'asile, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur à la préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles, et notamment celles de nature à permettre à l'administration d'apprécier son droit au séjour au regard d'autres fondements que celui de l'asile. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de la reconnaissance de la qualité de réfugié, n'impose pas à l'autorité administrative de le mettre à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique sur l'obligation de quitter le territoire français qui est pris en conséquence du refus définitif de reconnaissance de la qualité de réfugié ou de l'octroi du bénéfice de la protection subsidiaire.

6. Si Mme B soutient qu'elle n'a pas été mise en mesure de ses observations avant l'intervention de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français, cette mesure, prise sur le fondement des dispositions susmentionnées, fait suite au rejet par la Cour nationale du droit d'asile de sa demande d'asile. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que, dans un tel cas, aucune obligation d'information préalable ne pèse sur l'autorité administrative. Il ne ressort pas d'ailleurs des pièces du dossier et des écritures de la requérante qu'un changement avéré de circonstances aurait à cet égard affecté sa situation personnelle depuis l'enregistrement de sa demande d'asile, ni que l'intéressée aurait postérieurement sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux sur ce point, ni qu'elle aurait été empêchée de présenter ses observations, si elle l'avait souhaité, avant que ne soit prise la décision litigieuse. Dès lors, Mme B n'est pas fondée à soutenir qu'elle aurait été privée du droit d'être entendue ni que la décision aurait été prise en méconnaissance du principe du contradictoire.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ".

8. Il résulte des dispositions du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et notamment de son article L. 614-1, que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises les décisions par lesquelles l'autorité administrative oblige un ressortissant étranger à quitter le territoire français, accorde ou non un délai de départ volontaire pour exécuter cette obligation et fixe le pays de renvoi. Mme B ne peut dès lors se prévaloir de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration.

9. En troisième lieu, d'une part, Mme B ne peut utilement se prévaloir, directement ou par voie d'exception, de la méconnaissance des dispositions de la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008, dès lors que ces dispositions ont été régulièrement transposées en droit interne par la loi n° 2011-672 du 16 juin 2011. D'autre part, le premier alinéa de de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. ". Mme B ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 211-1 du code des relations entre le public et l'administration à l'appui du moyen tiré du défaut de motivation de la décision litigieuse dès lors que la motivation des obligations de quitter le territoire français est explicitement prévue au premier alinéa de l'article L. 613-1 précité. D'autre part, l'arrêté en litige du 16 février 2022 vise les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne pour la sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cet arrêté fait référence aux deux décisions en date des 18 septembre 2018 et 20 octobre 2021 de rejet de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ainsi que des deux décisions en date des 26 avril 2019 et 28 décembre 2021 de rejet de sa demande d'asile par la Cour nationale du droit d'asile, et mentionne que la décision en litige ne contrevient pas aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, l'arrêté en litige expose de façon suffisamment précise les motifs de fait et de droit qui constituent le fondement de la décision attaquée. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision en litige au titre du droit français comme du droit européen ne peut qu'être écarté.

10. En quatrième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté en litige, ni des autres pièces versées au dossier, que le préfet de Seine-et-Marne n'aurait pas procédé, compte tenu des informations en sa possession à la date de sa décision, à un examen particulier de la situation personnelle de Mme B. Par ailleurs, la requérante ne peut utilement fait valoir à l'encontre d'une décision lui faisant obligation de quitter le territoire français de ce qu'elle serait exposée à des risques de traitements inhumains et dégradants en cas de retour en République démocratique du Congo, dès lors qu'une telle décision n'a ni pour objet ni pour effet de la contraindre à retourner dans son pays d'origine.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article 7 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de ses communications. "

12. Mme B n'apporte aucun élément de nature à établir qu'elle dispose en France d'attaches familiales ou privées, et n'établit pas davantage qu'elle n'aurait plus d'attache au Mali, pays qui lui a reconnu le statut de réfugié et où elle a vécu de l'âge de deux ans à l'âge de vingt et un an. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet de Seine-et-Marne aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour ces mêmes motifs, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 7 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne peut qu'être écarté. Enfin, pour ces mêmes motifs de fait, le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de sa décision sur la situation de Mme B ne peut qu'être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 16 février 2022 lui faisant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant fixation du pays de destination de la reconduite :

14. Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français. ". L'article L. 721-4 du même code prévoit que " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes de l'article 33 de la Convention du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés : " 1. Aucun des États contractants n'expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques ".

15. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision fixant le pays de destination par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ne peut qu'être écarté.

16. En deuxième lieu, l'arrêté en litige vise les stipulations de l'article 3 de la convention européenne pour la sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En outre cet arrêté énonce que Mme B n'établit pas qu'elle serait exposée à des peines ou traitements contraires à la convention européenne pour la sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision fixant au requérant le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office doit être écarté.

17. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté en litige, ni des autres pièces versées au dossier, que le préfet de Seine-et-Marne n'aurait pas procédé, compte tenu des informations en sa possession à la date de sa décision, à un examen particulier de la situation personnelle de Mme B. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation personnelle de la requérante doit être écarté comme manquant en fait.

18. En quatrième lieu, la décision en litige dispose que si Mme B n'a pas quitté le territoire français à l'expiration du délai de départ volontaire qui lui est consenti, son éloignement sera mis à exécution à destination du pays dont elle possède la nationalité, ou à destination de tout pays dans lequel elle est légalement admissible. Il ressort des pièces du dossier que la requérante étant de nationalité congolaise (République démocratique du Congo) et ayant la qualité de réfugiée au Mali, elle est susceptible d'être renvoyée d'office en République démocratique du Congo, ou au Mali.

19. S'agissant du Mali, Mme B fait valoir qu'elle a été victime d'une tentative de mariage forcée et d'une tentative d'excision au Mali. Toutefois, d'une part, sa demande de protection internationale concernant la Mali a fait l'objet d'un rejet tant de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides que de la Cour nationale du droit d'asile. D'autre part, elle n'établit pas par les seuls éléments qu'elle verse aux débats qu'elle ferait l'objet d'un risque réel et personnel de traitements inhumains ou dégradants, ou d'une menace pour sa vie ou sa liberté telle que les autorités maliennes ne pourraient lui offrir une protection effective contre ces risques et menaces. Par suite, Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a fixé le Mali comme pays de renvoi au titre de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne pour la sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de celles de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou encore des stipulations de l'article 3 de la convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.

20. S'agissant du renvoi en République démocratique du Congo, Mme B fait valoir que sa famille a été exposée à des violences interethniques dans ce pays quand elle avait deux ans et qu'elles persistent. La requérante verse aux débats une carte d'identité de réfugié au Mali attribuée sur le fondement des dispositions de la loi n° 98-040 du 20 juillet 1998 portant statut de réfugié au Mali qui mettent en œuvre au Mali les stipulations de l'article premier de la convention de Genève. En outre, si sa demande d'asile a été rejetée par deux fois tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides que par la Cour nationale du droit d'asile, il n'est pas contesté que Mme B ne remplissait pas les conditions d'examen d'un transfert en France de la protection internationale dont elle bénéficiait au Mali, et que l'Office et la Cour se sont prononcés sur l'exposition de Mme B à un risque de traitements inhumains et dégradants au Mali, et non en République démocratique du Congo. Enfin, si la carte d'identité valant autorisation de séjour au Mali de la requérante a expiré le 12 novembre 2018, et qu'il n'est pas établi que Mme B bénéficierait toujours du statut de réfugiée dans ce pays, aucun élément du dossier ne permet de considérer que cette dernière ne bénéficierait plus de la qualité de réfugiée dans ce pays, et qu'elle ne serait plus exposée à un risque actuel de traitements inhumains ou dégradant en cas de retour en République démocratique du Congo. Par suite, en fixant la République démocratique du Congo comme étant un des pays dans lequel Mme B était susceptible d'être renvoyée d'office, le préfet de Seine-et-Marne a méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne pour la sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, ainsi que les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors la décision en litige doit être annulée en tant qu'elle fixe la République démocratique du Congo comme pays de renvoi de la requérante.

21. En cinquième lieu, eu égard aux précédentes énonciations, en procédant au renvoi vers le Mali de Mme B, le préfet de Seine-et-Marne n'a pas méconnu le principe de non refoulement d'une réfugiée. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 33 de la convention de Genève, de l'article 19 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, de l'article 78 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne, et de l'article 5 de la directive du 16 décembre 2008 ne peuvent qu'être écartés.

22. Il résulte de ce qui précède que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision du 16 février 2022 en tant qu'il fixe la République démocratique du Congo comme pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

23. Le présent jugement, qui ne prononce l'annulation de la décision fixant le pays de destination de la reconduite d'office de Mme B qu'en tant qu'il désigne le pays dont elle possède la nationalité, n'implique aucune mesure d'exécution particulière au sens des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative. Les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par Mme B doivent, par suite, être rejetées.

Sur les frais d'instance :

24. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie principalement perdante, la somme que Mme B demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de Mme B tendant à ce qu'elle soit admise à titre exceptionnel au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La décision fixant la République démocratique du Congo comme pays à destination duquel Mme B pourra être éloignée d'office est annulée.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au préfet de Seine-et-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 avril 2023.

Le magistrat désigné,

S. ALa greffière,

L. DARNAL

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2202459

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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