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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2202544

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2202544

jeudi 27 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2202544
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantROCHICCIOLI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 mars 2022, M. C B, représenté par Me Rochiccioli, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 novembre 2021 du préfet de la Seine-et-Marne en tant qu'il a refusé de faire droit à sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et lui a accordé un délai de départ volontaire de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-et-Marne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois suivant la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours et de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il est présent sur le territoire français depuis plus de douze ans et qu'il travaille en qualité d'agent d'entretien au sein de la même société depuis 2013 ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision accordant un délai de départ volontaire de trente jours :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il aurait dû bénéficier d'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours en raison de la durée de sa présence en France.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mai 2022, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de M. Zanella, rapporteur public,

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant congolais né le 16 décembre 1960, est entré en France le 31 décembre 2009 muni d'un visa de court séjour. Il s'est vu refuser le bénéfice de l'asile par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 14 mai 2010, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 8 mars 2011. Il a fait l'objet d'une première décision de refus de titre de séjour, assortie d'une obligation de quitter le territoire français prise par le préfet de police de Paris le 12 avril 2011. Le 28 mai 2020, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Saisie de sa demande, la commission du titre de séjour a émis, à la suite d'une audience tenue le 28 octobre 2021, un avis favorable à la délivrance d'un titre de séjour sous réserve que l'intéressé fournisse un contrat de travail et trois bulletins de salaire. Par un arrêté du 26 novembre 2021, le préfet de la Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination duquel il pourra être éloigné d'office. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté en tant qu'il lui a refusé un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé à trente jours le délai de départ volontaire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué vise les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application ainsi que la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8. Il précise, par ailleurs, pour refuser de délivrer le titre de séjour, les principaux éléments de la situation personnelle et familiale du requérant. Par suite, il est suffisamment motivée en droit et en fait.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

5. Il résulte de ces dispositions qu'en présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement de l'article L. 435-1du code précité, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là-même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré sur le territoire français le 31 décembre 2009 alors qu'il était âgé de 49 ans afin de solliciter la reconnaissance du statut de réfugié. Cependant, après que sa demande d'asile eût été définitivement rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 8 mars 2011 et avoir fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français prise par le préfet de police de Paris le 12 avril 2011, à laquelle il n'a pas déféré, il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français jusqu'à la date de sa demande de titre de séjour formée le 28 mai 2020. Si le requérant allègue être présent sur le territoire français depuis le mois de janvier 2010, soit depuis plus de onze ans à la date de l'arrêté contesté, il a résidé en France, ainsi qu'il résulte de ce qui a été dit ci-avant, pendant près de neuf ans en situation irrégulière sans avoir tenté de faire régulariser sa situation. En se bornant à produire deux attestations de bénévolat datées de 2017 et 2018, M. B, qui est célibataire et sans enfant à charge, ne justifie pas davantage de l'intensité des liens qu'il aurait tissés en France. S'il soutient travailler en tant qu'agent d'entretien depuis 2013 dans la même société, il n'apporte aucun élément au soutien de son allégation de nature à établir la réalité de cet emploi alors qu'il ne déclare aucun revenu, les seuls éléments financiers qu'il produit portant sur des transferts d'argent dont il a bénéficié depuis son pays d'origine. Enfin, il n'est pas contesté qu'il a gardé des attaches dans son pays d'origine où réside son enfant, âgé de vingt-et-un ans. Dans ces conditions, faute de justifier des motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de Seine-et-Marne, qui n'est pas lié par l'avis émis par la commission du titre de séjour, n'a pas méconnu ces dispositions ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, pour les mêmes motifs qu'exposés précédemment, il n'est pas établi que la décision refusant de délivrer un titre de séjour M. B serait illégale. Par suite, M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de séjour.

11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués.".

12. Dès lors que la décision refusant la délivrance un titre de séjour est suffisamment motivée, ainsi qu'il a été dit au point 3, et que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour, le moyen tiré de l'insuffisance motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

13. En troisième lieu, et pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut être qu'écarté.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision accordant un délai de départ volontaire de trente jours :

15. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision accordant un délai de départ volontaire de trente jours.

16. En deuxième lieu, en dehors de l'hypothèse d'absence de délai de départ volontaire prévue à l'article L. 611-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou de rejet d'une demande expresse d'un délai supérieur à trente jours, la décision fixant le délai de départ volontaire n'a pas le caractère d'une décision devant être motivée au sens de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. M. B ne saurait ainsi utilement soutenir que la décision fixant à trente jours le délai de départ volontaire est insuffisamment motivée alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait sollicité le bénéfice d'un délai supérieur.

17. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. "

18. Si M. B se prévaut de sa durée de présence en France, il n'établit pas par ses allégations l'existence de circonstances exceptionnelles qui justifieraient que lui soit accordé un délai de départ volontaire supérieur à trente jours. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressée en fixant à 30 jours le délai de départ volontaire doit être écarté.

19. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision fixant à 30 jours le délai de départ volontaire doivent être rejetées.

20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B tendant l'annulation de l'arrêté du 26 novembre 2021 en tant qu'il lui a refusé un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé à trente jours le délai de départ volontaire doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

21. L'exécution du présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par M. B.

Sur les frais liés au litige :

22. Les dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme que le conseil de M. B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 11 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. L'hirondel, président,

Mme Morisset, conseillère,

M. Cabal, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 octobre 2022.

Le rapporteur,

P.Y. A

Le président,

M. L'HIRONDEL La greffière,

L. DARNAL

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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