mercredi 7 mai 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2202575 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | AMRANE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 mars 2022, M. C A et Mme B A, représentés par Me Amrane, demandent au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des cotisations sociales mises à leur charge au titre des années 2014 et 2015 ;
2°) de prononcer le sursis à paiement et au recouvrement des impositions en litige.
Les requérants soutiennent que :
- c'est à tort que l'administration s'est fondée sur l'existence de factures fictives pour refuser la déductibilité de la taxe sur la valeur ajoutée portée sur ces factures ;
- les rehaussements du résultat imposable à l'impôt sur les sociétés ne sont pas justifiés ;
- la majoration pour manquement délibéré n'est également pas justifiée ;
- M. A ne peut être regardé comme le bénéficiaire de revenus distribués par le seul courrier de la société G2S Transferts le désignant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 octobre 2022, l'administrateur général de la direction de contrôle fiscal Île-de-France conclut au rejet de la requête, en faisant valoir que les moyens développés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Meyrignac ;
- et les conclusions de M. Delmas, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite de la vérification de comptabilité de la société à responsabilité limitée (SARL) G2S Transferts, qui exerçait une activité de transports publics de marchandises, M. et Mme A ont fait l'objet d'un contrôle sur pièces au titre des années 2013, 2014 et 2015, à l'issue duquel ils ont été rendus destinataires d'une proposition de rectification du 30 août 2017. Des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des cotisations sociales au titre des années 2014 et 2015 ont été mises en recouvrement les 31 mai et 30 juin 2020. La réclamation présentée le 28 juillet 2021, a été rejetée par décision du 14 janvier 2022. Par la requête susvisée, M. et Mme A demandent la décharge de ces impositions.
Sur la charge de la preuve :
2. Aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré () ".
3. Les requérants qui n'ont pas présenté d'observations sur la proposition de rectification du 30 août 2017 dans le délai de trente jours à compter de la notification de celle-ci, supportent, en conséquence, la charge de la preuve de l'exagération des impositions en litige.
Sur le bien-fondé des impositions en litige :
4. Aux termes de l'article 12 du code général des impôts : " L'impôt est dû chaque année à raison des bénéfices ou revenus que le contribuable réalise ou dont il dispose au cours de la même année ". Aux termes de l'article 109 de ce même code : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital ; 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices () ". Aux termes de l'article 110 du même code : " Pour l'application du 1° du 1 de l'article 109 les bénéfices s'entendent de ceux qui ont été retenus pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés () ". Enfin, aux termes de l'article 47 de l'annexe II audit code : " Toute rectification du bénéfice imposable à l'impôt sur les sociétés au titre d'une période sera prise en compte au titre de la même période pour le calcul des sommes distribuées ".
5. En premier lieu, lorsqu'un contribuable a fait l'objet de rectifications en matière de taxe sur la valeur ajoutée et d'impôt sur les bénéfices, ses bases d'imposition à l'impôt sur les sociétés peuvent être rehaussées d'un profit sur le Trésor chaque fois que le droit qui lui est ouvert de déduire de ces bases la taxe sur la valeur ajoutée rappelée aboutirait, à défaut de la constatation à due concurrence d'un tel profit, à ce que le contribuable soit imposé à l'impôt sur les sociétés sur une assiette plus réduite que celle sur laquelle il aurait été imposé s'il avait acquitté régulièrement la taxe sur la valeur ajoutée.
6. L'administration fait valoir dans ses écritures qu'en l'absence de conséquences à l'impôt sur le revenu et aux prélèvements sociaux à la suite des rappels de taxe sur la valeur ajoutée déduite au titre des factures à l'en-tête de la société CD Transferts, la demande des requérants sur ce point est sans objet. Toutefois, de tels rappels ont une incidence sur le profit sur le Trésor réintégré aux bases d'imposition de la société concernée à l'impôt sur les sociétés et par suite sur le montant des revenus regardés comme distribués à M. A et imposés entre les mains des requérants à l'impôt sur le revenu.
7. Aux termes de l'article 271 du code général des impôts : " I. 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération. 2. Le droit à déduction prend naissance lorsque la taxe déductible devient exigible chez le redevable () II. 1. Dans la mesure où les biens et les services sont utilisés pour les besoins de leurs opérations imposables, et à la condition que ces opérations ouvrent droit à déduction, la taxe dont les redevables peuvent opérer la déduction est, selon le cas : a) Celle qui figure sur les factures établies conformément aux dispositions de l'article 289 et si la taxe pouvait légalement figurer sur lesdites factures () ".
8. Un contribuable n'est pas en droit de déduire de la taxe sur la valeur ajoutée dont il est redevable à raison de ses propres opérations la taxe mentionnée sur une facture établie à son nom par une personne qui ne lui a fourni aucun bien ou aucune prestation de services. Dans le cas où l'auteur de la facture était régulièrement inscrit au registre du commerce et des sociétés et assujetti à la taxe sur la valeur ajoutée, il appartient à l'administration, si elle entend refuser à celui qui a reçu la facture le droit de déduire la taxe qui y était mentionnée, d'établir qu'il s'agit d'une facture fictive ou d'une facture de complaisance. Si l'administration apporte des éléments suffisants permettant de penser que la facture ne correspond pas à une opération réelle, il appartient alors au contribuable d'apporter toutes justifications utiles sur la réalité de cette opération.
9. Dans le cadre de la vérification de comptabilité de la SARL G2S Transferts, la vérificatrice a constaté que la société a comptabilisé au compte " achat études et prestations services " des factures émises par la SARL CD Transferts et a déduit la taxe sur la valeur ajoutée correspondante au titre des exercices vérifiés, que les libellés des factures de ce fournisseur qui mentionnent seulement des " opérations de sous-traitance " et des " prestations de sous-traitance " sont généraux et imprécis et ne permettent pas de déterminer la nature des prestations fournies, les moyens matériels et humains mis en œuvre ou les chantiers concernés, qu'aucun dossier de sous-traitance n'a été produit, que les factures émises sont éditées sous un format informatique de type traitement de texte, que le coût facturé est forfaitaire et que la réalité des prestations facturées n'est pas établie.
10. M. et Mme A soutiennent que la société a présenté au service les contrats conclus avec ce sous-traitant, ainsi que des tableaux Excel indiquant le nom des clients pour lesquels ce sous-traitant a effectué des prestations, ainsi que de nombreux exemples de pièces justificatives. Toutefois, ces documents ont été produits dans le cadre des observations de la société en cause à la proposition de rectification et non au cours de la vérification, ni d'ailleurs dans le cadre de la présente instance. En outre dans le cadre de la réponse aux observations de la société en date du 28 juin 2017, l'administration a relevé, d'une part, que le contrat en date du 20 septembre 2011 conclu entre les deux sociétés prévoyait une grille tarifaire, un rapport à chaque fin de mission et que les tâches devaient être définies dans un cahier des charges ou un devis, alors qu'aucun de ces documents n'a été produit et, d'autre part, que les tableaux Excel ne permettent pas de faire le lien entre les factures émises par la société CD Transferts, les clients de la société G2C Transferts et cette dernière société, sans que les requérants ne contestent la pertinence de telles constatations. Il résulte de tout ce qui précède que l'administration établit par le faisceau d'indices précité le caractère fictif des factures établies à l'en-tête de la SARL CD Transferts. Dès lors, le profit sur le Trésor afférent à la remise en cause de la déductibilité de ces factures est justifié.
11. En deuxième lieu, aux termes du 1 de l'article 39 du code général des impôts : " Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : 1° Les frais généraux de toute nature () ".
12. Dans le cadre de la proposition de rectification adressée à la société G2S Transferts, l'administration a constaté que la forme des factures sous format informatique, avec des police et caractères similaires conduit à remettre en cause leur véracité, que les libellés des factures sont rédigés en termes généraux sans précision sur le détail des prestations, que l'objet social des sociétés sous-traitantes, portant notamment sur des activités de photocopie ou de peinture, n'a pas de lien avec l'activité de déménagement de la société G2S Transferts, qu'aucun bon de livraison, devis ou contrat de sous-traitance n'a été produit, que des paiements ont eu lieu au profit de M. A et qu'aucune des factures du prestataire Eko Fils D n'a été produite.
13. En se bornant à soutenir que le conseil de la société a produit les factures comptabilisées dans le cadre des observations de la société à la proposition de rectification, alors notamment qu'elles n'ont pas été produites dans le cadre de la présente instance, les requérants à qui incombe la charge de la preuve ne remettent pas en cause les constatations du service de ce que ces dépenses n'avaient pas été engagées pour les besoins d'opérations imposables de ladite société. C'est donc à bon droit que les montants correspondants à ces dépenses ont été considérés comme constituant des revenus distribués au sens de l'article 109-1-1° du code général des impôts.
14. En troisième lieu, en vertu de l'article 117 du code général des impôts : " Au cas où la masse des revenus distribués excède le montant total des distributions tel qu'il résulte des déclarations de la personne morale visées à l'article 116, celle-ci est invitée à fournir à l'administration, dans un délai de trente jours, toutes indications complémentaires sur les bénéficiaires de l'excédent de distribution. En cas de refus ou à défaut de réponse dans ce délai, les sommes correspondantes donnent lieu à l'application de la pénalité prévue à l'article 1759 ".
15. En l'espèce, par un courrier du 22 janvier 2017, le conseil de la société G2S Transferts dont M. A était le gérant a indiqué à l'administration que celui-ci " se déclare comme le seul bénéficiaire des revenus distribués qui seraient taxables à l'issue de la procédure ". Les requérants soutiennent que ce courrier ne suffit pas à faire regarder M. A comme bénéficiaire des revenus distribués en cause.
16. Toutefois, d'une part, l'administration a constaté le versement par la société à M. A d'une somme de 15 000 euros intervenue le 18 novembre 2014 et a considéré qu'il s'agissait de revenus distribués au sens de l'article 109-1-2° du code général des impôts. D'autre part, s'agissant des rehaussements d'impôt sur les sociétés, l'administration a considéré que M. A était le seul maître de l'affaire. Il résulte de l'instruction qu'au titre des années en litige, l'intéressé était gérant et associé à hauteur de 50 % de la société G2S Transferts, détenait la signature sur le compte bancaire de la société, ce qui lui a permis d'établir des chèques à son nom, était le principal interlocuteur des clients et sous-traitants et a signé seul les déclarations fiscales et les procès-verbaux d'assemblée générale. En se bornant à soutenir que M. A n'a pas été le bénéficiaire des revenus distribués en cause sans apporter la moindre pièce justificative, ni préciser l'identité du véritable bénéficiaire des revenus en cause, les requérants ne contestent pas utilement, alors que la charge de la preuve leur incombe, que celui-ci a été le bénéficiaire de ces revenus distribués.
Sur la majoration pour manquement délibéré :
17. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".
18. Les requérants soutiennent que les majorations ne sont pas justifiées dès lors qu'elles sont fondées sur le rejet des factures produites alors que la matérialité des prestations a été démontrée et que le service vérificateur s'est mépris en considérant que les montants et frais en cause n'avaient pas été engagés dans l'intérêt de l'entreprise. Toutefois, ainsi qu'il a été dit auparavant, ces moyens ne sont pas fondés et ne permettent donc pas de remettre en cause l'application de la majoration de l'article 1729 du code général des impôts.
Sur les conclusions tendant au bénéfice du sursis de paiement :
19. Le présent jugement se prononçant sur le fond de l'affaire, les conclusions de la requête tendant au sursis de paiement des impositions contestées se trouvent, en tout état de cause, privées d'objet.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par M. et Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié M. C A et Mme B A et à l'administrateur général de la direction de contrôle fiscal Île-de-France.
Délibéré après l'audience du 16 avril 2025, à laquelle siégeaient :
M. Le Broussois, président,
M. Meyrignac, premier conseiller,
Mme Jean, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2025.
Le rapporteur,
P. Meyrignac Le président,
N. Le Broussois
La greffière,
L. Darnal
La République mande et ordonne à la ministre chargée des comptes publics en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026