vendredi 28 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2202592 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | PAEZ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 mars 2022, M. C B, représenté par Me Simon Paez, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 février 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français, a fixé un délai de départ volontaire à trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ;
2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et à se maintenir sur le territoire français jusqu'à la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- l'auteur de cette décision n'a pas justifié de sa compétence ;
- elle méconnaît les dispositions du 2 a) de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article 33 de la convention de Genève ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mars 2022, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
La présidente du Tribunal a désigné M. A pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, M. A a lu son rapport en l'absence des parties qui n'étaient ni présentes ni représentées.
L'instruction a été close à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C B, ressortissant afghan né le 25 juillet 1995 à Shebergan (Afghanistan), est entré sur le territoire français, selon ses déclarations, le 7 juin 2019 pour y solliciter l'asile. Le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile par une décision du 4 décembre 2020, confirmée par une décision du 6 janvier 2022 de la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 23 février 2022, le préfet de Seine-et-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français sur le fondement des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sous un délai de départ volontaire de trente jour, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne l'attestation de demande d'asile délivrée le 24 janvier 2022 :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 611-1 de ce code prévoit que " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; (). ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. ". Selon l'article L. 542-1 de ce code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". L'article L. 542-2 du même code prévoit que " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : () / c) une décision de rejet ou d'irrecevabilité dans les conditions prévues à l'article L. 753-5 ; / d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 ; / e) une décision de clôture prise en application des articles L. 531-37 ou L. 531-38 ; l'étranger qui obtient la réouverture de son dossier en application de l'article L. 531-40 bénéficie à nouveau du droit de se maintenir sur le territoire français ; () ".
4. Enfin, selon l'article L. 542-4 du même code : " L'étranger auquel la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé ou qui ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application de l'article L. 542-2 et qui ne peut être autorisé à demeurer sur le territoire à un autre titre doit quitter le territoire français, sous peine de faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. ".
5. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que, dans le cas particulier prévu au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une obligation de quitter le territoire français peut être décidée à l'encontre d'un étranger dont la demande d'asile a été définitivement rejetée, sans que figure nécessairement dans l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français la décision par laquelle le préfet tire, le cas échéant, les conséquences de ce constat en refusant de délivrer à l'intéressé l'attestation de demande d'asile prévue à l'article L. 542-1, en retirant cette dernière ou en lui en refusant le renouvellement. En l'espèce, si M. B a été mis en possession le 24 janvier 2022 d'une attestation de demande d'asile qui était valable du 24 janvier 2022 au 23 juillet 2022, cette attestation doit être regardée comme ayant été retirée par l'arrêté en litige du 23 février 2022 compte tenu de ce que l'obligation de quitter le territoire français qu'il porte a été prise sur le fondement des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, la seule circonstance que M. B ait pu être titulaire d'une attestation de demande d'asile en date du 24 janvier 2022 et expirant le 23 juillet 2022 est, par elle-même, sans incidence sur la légalité de l'arrêté en litige.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
6. En premier lieu, par un arrêté n° 21/BC/072 du 19 juillet 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° D77-086-19-07-2021 du même jour, le préfet de Seine-et-Marne a donné à Monsieur Cyrille Le Vély, secrétaire général de la préfecture, délégation de signature aux fins de signer les décisions litigieuses. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision faisant obligation à M. B de quitter le territoire français doit être écarté.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 521-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'enregistrement de sa demande d'asile a été effectué, l'étranger se voit remettre une attestation de demande d'asile dont les conditions de délivrance et de renouvellement sont fixées par décret en Conseil d'Etat. La durée de validité de l'attestation est fixée par arrêté du ministre chargé de l'asile. / () ". Aux termes de l'article L. 541-1 du même code : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français ". Aux termes de l'article L. 541-2 dudit code : " L'attestation délivrée en application de l'article L. 521-7, dès lors que la demande d'asile a été introduite auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, vaut autorisation provisoire de séjour et est renouvelable jusqu'à ce que l'office et, le cas échéant, la Cour nationale du droit d'asile statuent ". En outre, aux termes de l'article R. 531-35 de ce code : " Lorsque dans les cas et conditions prévues à l'article L. 531-41, la personne intéressée entend présenter une demande de réexamen, elle doit procéder à une nouvelle demande d'enregistrement auprès du préfet compétent. / Les dispositions des articles R. 531-2 à R. 531-5 sont alors applicables ". Enfin, aux termes de l'article R. 531-36 : " La demande de réexamen doit être introduite auprès de l'office français de protection des réfugiés et apatrides dans un délai de huit jours à compter de l'enregistrement ".
8. Il ressort des pièces du dossier que, le 24 janvier 202, les services de la préfecture de Seine-et-Marne ont délivré à M. B une attestation de demande d'asile, valable jusqu'au 23 juillet 2022, qui est nécessaire pour pouvoir introduire une demande de réexamen de sa demande d'asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. En outre, il ressort du relevé " telemofpra " produit par le préfet en défense et qui fait foi jusqu'à la preuve du contraire, qu'il n'est fait mention d'une demande de réexamen que le 22 février 2022 auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Ainsi, M. B n'établit pas avoir introduit une demande de réexamen de sa demande d'asile auprès de l'OFPRA, dans le délai de huit jours à compter de l'enregistrement de sa demande en préfecture, prévu par les dispositions précitées de l'article R. 531-36 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. De plus, et comme qu'il a été dit plus haut, l'attestation de demande d'asile précitée doit être regardé comme ayant été retirée implicitement mais nécessairement par l'arrêté en litige. Par suite, M. B ne bénéficiait plus du droit de se maintenir sur le territoire français à la date d'édiction de la décision en litige. Dès lors, le moyen tiré de ce que les dispositions de l'article L. 541-1 et de l'article L. 541-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile auraient été méconnues ne peut qu'être écarté.
9. En troisième lieu, M. B soutient que la décision en litige est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article 33 de la convention de Genève. A cette fin, il se prévaut des déclarations du porte-parole du gouvernement taliban émises le 30 août 2021 selon lesquelles les afghans déboutés du droit d'asile en occident seront traduit à leur retour en Afghanistan devant un tribunal islamique et souligne que compte tenu de son profil " occidentalisé " il sera persécuté. Toutefois, le droit au maintien de M. B sur le territoire français a pris fin à la lecture de la décision de la décision de la Cour nationale du droit d'asile le 6 janvier 2022. En outre, si le requérant se prévaut du changement des circonstances géopolitiques dans son pays d'origine, et notamment de la prise du pouvoir en Afghanistan par le mouvement taliban, il ne verse pas aux débats d'élément de nature à corroborer la thèse selon laquelle son profil de personnalité serait identifié par les nouveaux maîtres du pouvoir comme étant " occidentalisé ", qu'il serait perçu comme un collaborateur du régime antérieur ou des forces armées étrangères l'ayant soutenu, ou encore qu'il appartiendrait à un groupe socioculturel persécuté par le nouveau régime. Enfin, M. B n'établit pas davantage que son retour dans sa province d'origine l'exposerait à un risque de violence aveugle et indiscriminée. Ainsi, le requérant, dont la demande d'asile a été rejetée une première fois par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile, ne démontre pas, par les seules pièces qu'il produit, qu'il serait exposé à un risque personnel et grave de persécution au sens de l'article premier de la convention de Genève ou que sa vie ou sa liberté seraient particulièrement menacées en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, en lui faisant obligation de quitter le territoire français, le préfet de Seine-et-Marne n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard du principe de non refoulement des candidats à l'asile garanti par les stipulations de l'article 33 de la convention de Genève.
10. Au surplus, si le requérant se prévaut de ce qu'en dépit de la clôture d'examen de son dossier devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, en raison de sa tardiveté à introduire une demande de réexamen, il aurait finalement obtenu la réouverture de l'examen de cette demande, il ne l'établit pas par les seules pièces qu'il produit au dossier. Toutefois, il lui demeure loisible, s'il s'y croit fondé, de présenter une demande de suspension de l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet.
11. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 23 février 2022 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction, ainsi que celles présentées en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D E C I D E
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de Seine-et-Marne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 avril 2023.
Le magistrat désigné,
S. ALa greffière,
L. DARNAL
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N° 220259
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026