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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2202621

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2202621

mardi 13 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2202621
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantROCHICCIOLI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 mars 2022, M. B A, représenté par Me Rochiccioli , demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 décembre 2021 par lequel la préfète du Val-de-Marne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention vie-privée et familiale sur le fondement des stipulations du point 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, subsidiairement, de lui enjoindre, de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard en le munissant d'une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat au profit de son conseil une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

* Concernant la décision portante refus de délivrance d'un titre de séjour :

- il est requis du tribunal qu'il se fasse communiquer le rapport médical établi par le médecin rapporteur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) afin de vérifier que la procédure prévue par l'article R.425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été respectée ; en l'absence de production de ce rapport médical, la décision contestée devra être annulée ;

- il est également sollicité la communication de l'avis médical du collège de médecins de l'OFII ; l'absence de communication de cet avis ne permet pas de vérifier la légalité de la procédure suivie ; aussi, à défaut de production de cet avis, la décision contestée devra être annulée ;

- dans l'impossibilité de vérifier l'identité du médecin rapporteur, la décision contestée méconnaît les dispositions de l'article R.425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il n'est pas possible de vérifier si les médecins ayant siégé dans le collège ont été désignés par une décision du directeur général de l'OFII, ni si la délibération du collège des médecins a été prise collégialement conformément à ces mêmes dispositions ;

- l'OFII n'a pas transmis les éléments sur lesquels le collège de médecins s'est fondé pour conclure qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de son pays d'origine, il pourrait y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; sous réserve de la transmission de ces données par l'OFII, il est fondé à demander pour ce motif l'annulation de la décision contestée ;

- la préfète du Val-de-Marne n'a pas procédé à un examen sérieux da sa demande ;

- la décision contestée méconnaît les stipulations du point 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien compte tenu des pathologies dont il est atteint et qui nécessitent un suivi médical pluridisciplinaire régulier et l'aide quotidienne d'une infirmière ainsi que la prise régulière de médicaments alors qu'il ne peut poursuivre les soins qui lui sont nécessaires dans son pays d'origine ;

- la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

* Concernant la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile compte tenu de son état de santé ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

* Concernant la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et est insuffisamment motivée dès lors que l'arrêté préfectoral attaqué ne contient aucune motivation spécifique s'agissant de cette décision ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard du délai de départ volontaire qui doit être examiné en fonction de la situation personnelle de l'intéressé.

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, né le 30 juin 1985 et de nationalité algérienne, est entré en France le 19 mai 2019 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour délivré par les autorités espagnoles. Il a sollicité son admission au séjour sur le fondement des stipulations du point 7 de l'article 6 de l'accord franco algérien du 27 décembre 1968 modifié en qualité d'étranger malade. Par un arrêté du 23 décembre 2021 dont M. A demande l'annulation, la préfète du Val-de-Marne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco algérien du 27 décembre 1968 modifié : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. ".

3. Pour refuser de délivrer le titre de séjour présenté par M. A sur ce fondement, la préfète du Val-de-Marne a repris à son compte l'avis émis par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 18 octobre 2021, selon lequel, si l'état de santé de l'intéressé nécessitait une prise en charge médicale, le défaut d'une telle prise en charge ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité.

4. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, notamment des divers certificats médicaux et rapports d'hospitalisation produits par le requérant, que M. A souffre de tétraplégie avec des pathologies associées lourdes suite à un accident de la circulation survenu en 2010 en Algérie et qu'il doit régulièrement être hospitalisé et suivi par une équipe médicale composée de treize médecins différents. La lourde pathologie dont il est atteint nécessite des soins constants. En particulier, les documents médicaux produits établissent qu'à la date de la décision contestée, l'arrêt des soins prodigués à M. A entrainerait pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Ainsi, l'attestation du 17 décembre 2021 du chef de clinique assistante du pôle handicap rééducation de l'hôpital Raymond Poincaré de Garches fait état de la nécessité d'une assistance complète pour les activités de la vie quotidienne (alimentation, hydratation, toilette, habillage, transferts, déplacements en fauteuil, gestion des sphincters) ainsi qu'un projet de soins nécessitant des hospitalisations réitérées pour notamment le suivi des troubles vésico-sphinctérien et neuro-orthopédique. Par ailleurs, M. A a bénéficié de plusieurs opérations chirurgicales en France dont une très récente de tumeurs sur la vessie qui attestent la lourde pathologie dont restait atteint le requérant à la date de l'arrêté contesté. Dans les circonstances particulières de l'espèce, quand bien même l'arrivée en France de M. A en 2019 est récente, les certificats médicaux produits par le requérant, et qui ne sont pas utilement contestés par l'administration, apportent des éléments suffisamment probants de nature à infirmer l'appréciation portée par le collège des médecins de l'OFII sur les conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé en cas de défaut de prise en charge médicale. Par suite, la préfète du Val-de-Marne, par le motif retenu dans sa décision, a méconnu les stipulations du point 7 de l'article 6 de l'accord franco algérien du 27 décembre 1968 modifié en refusant de délivrer un titre de séjour à M. A.

5. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 23 décembre 2021 de la préfète du Val-de-Marne refusant à M. A un titre de séjour assortie d'une obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi, doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Alors que M. A n'établit pas sérieusement que les soins qui lui sont nécessaires ne pourraient lui être administrés dans son pays d'origine, la présente décision implique seulement que la préfète de Val-de-Marne réexamine la situation de M. A au vu d'un nouvel avis rendu par le collège de médecins de l'OFII. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans le délai de trois mois à compter de la notification de la présente décision, sans qu'il y ait lieu, dans circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée. La préfète du Val-de-Marne munira M. A d'une autorisation provisoire de séjour pendant ce réexamen.

Sur les frais liés au litige :

7. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à Me Rochiccioli.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 23 décembre 2021 par lequel la préfète du Val-de-Marne a refusé à M. A la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne de réexaminer la situation de M. A au vu d'un nouvel avis rendu par le collège de médecins de l'OFII dans un délai de trois mois à compter de la notification de la présente décision et de munir sans délai l'intéressé d'une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de ce réexamen.

Article 3 : L'Etat versera à Me Rochiccioli la somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : La présente décision sera notifiée à M. B A, à Me Rochiccioli et à la préfète du Val-de-Marne.

Délibéré après l'audience du 2 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. D, président,

- Mme Morisset, conseillère,

- M. Cabal, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 septembre 2022.

La rapporteure,

A. C

Le président,

M. D La greffière,

L. DARNAL

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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