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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2202693

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2202693

jeudi 27 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2202693
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantLEBOUL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 mars 2022 et 8 septembre 2022, M. B A, représenté par Me Leboul demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 mars 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a lui interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet, sous une à astreinte de 50 euros par jour de retard, de réexaminer sa demande dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, durant cet examen, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 300 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Concernant la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est insuffisamment motivée et sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen particulier ;

- elle méconnaît son droit d'être entendu qui est un principe général du droit de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'erreur de fait ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur les conséquences sur sa situation personnelle ;

Concernant la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :

- la décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions de l'article L.211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et 3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Concernant la décision fixant le pays de retour :

- la décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

Concernant la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnait l'article L.612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur les conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 7 septembre 2022 , le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun moyen n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, né le 11 octobre 1977 et de nationalité algérienne, est entré en France, selon ses déclarations, en 2009. Il a fait l'objet, le 20 novembre 2020, d'une première décision portant obligation de quitter le territoire français et s'est, depuis, maintenu irrégulièrement sur le territoire français. Par un arrêté du 17 mars 2022 dont il demande l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter, sans délai, le territoire français, a fixé le pays de renvoi et prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, le préfet des Hauts-de-Seine a pris la décision contestée portant obligation de quitter le territoire français en indiquant de manière suffisamment précise et non stéréotypée, les considérations de droit et de fait se rapportant à la situation personnelle de l'intéressé. En particulier, cette décision fait état de la date et des conditions d'entrée sur le territoire de l'intéressé, de la décision l'obligeant à quitter le territoire à laquelle il n'a pas déféré, de sa situation de famille, à savoir qu'il est célibataire et sans charge familiale. Cette motivation doit être regardée comme suffisante au regard des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté. Eu égard à ce qui a été dit, le moyen tiré de ce que le préfet des Hauts-de-Seine n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A doit également être écarté.

3. En deuxième lieu, M. A ne saurait utilement se prévaloir des stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, qui concerne uniquement les institutions, organes et organismes de l'Union. Il résulte, toutefois, de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient ainsi aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

4. Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne.

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal de police du 17 mars 2022, que le requérant a pu présenter les observations qu'il estimait utiles sur sa situation lors de son interpellation et de sa mise en garde à vue alors qu'il a été en particulier interrogé sur sa situation administrative en France et sur les possibilités d'un retour dans son pays d'origine. Il n'allègue pas avoir sollicité en vain un entretien auprès des services préfectoraux, ni même avoir été empêché de présenter des observations ou des documents avant que ne soit prise la décision contestée. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué a été édicté en méconnaissance de son droit d'être entendu.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / () ".

7. M. A déclare être entré en France en 2009 alors qu'il était âgé de 32 ans, et avoir épousé en 2011 une ressortissante algérienne avec laquelle il est resté marié deux ans. Il indique que tous les membres de sa famille résident en France depuis le décès de ses grands-parents et de son père en Algérie et qu'il souffre d'une maladie chronique à savoir, selon un rapport de consultation établi le 15 septembre 2017, d'un rhumatisme goutteux évoluant depuis 2003. Il produit à l'appui de ses allégations des contrats de travail récents ainsi que diverses attestations établies par son frère et sa sœur.

8. Toutefois, il est constant que M. A est en situation irrégulière et n'a pas déféré à l'obligation de quitter le territoire français qui lui a été notifié en 2020. Il a déclaré, lors de son audition devant les services de police le 17 mars 2022, être célibataire, sans enfant à charge, sans ressources et sans emploi. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions de séjour en France de l'intéressé, la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui n'est pas entachée d'erreur de fait, n'a pas porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a, par suite, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes raisons, elle n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment qu'aucun des moyens soulevés par M. A à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est fondé. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision fixant le délai de départ ne peut, dès lors, qu'être écarté.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour / () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement / () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité () ".

11. La décision attaquée, qui vise les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et se réfère explicitement aux dispositions du 5° de l'article L. 612-3 de ce code, précise que l'intéressé ne justifie d'aucune circonstance particulière pour s'être maintenu irrégulièrement sur le territoire français et pour s'être soustrait à une précédente mesure d'éloignement prise le 20 novembre 2020 notifiée le 28 novembre suivant. Par suite, le moyen tiré d'un défaut de motivation de cette décision doit être écarté.

12. En troisième lieu, et eu égard à ce qui a été dit aux points précédents, le préfet des Hauts-de-Seine, qui a fondé sa décision sur les dispositions du 5° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a pu, sans entacher sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation, refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. A eu au fait que l'intéressé était en situation irrégulière et s'était soustrait à une précédente mesure d'éloignement.

13. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 8, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a, par suite, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

14. Il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français sur laquelle la décision attaquée est fondée n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen soulevé contre la décision fixant le pays de destination, par la voie de l'exception de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

15. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-7 de ce code : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour / () ". Aux termes de l'article L. 612-8 du même code : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français / () ".

16. En premier lieu, pour justifier l'interdiction faite à M. A de retourner en France pendant deux ans, le préfet des Hauts-de-Seine s'est fondé sur le motif tiré de ce que l'intéressé ne justifiait d'aucune circonstance humanitaire particulière, qu'il ne disposait pas de fortes attaches sur le territoire et qu'il avait déjà fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 20 novembre 2020 à laquelle il ne s'est pas conformée. Par suite, la décision en litige est suffisamment motivée.

17. En deuxième lieu, et eu égard à ce qui a été dit au point 8, M. A ne justifie d'aucune circonstance humanitaire au sens et pour l'application des dispositions précitées de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, la durée de deux ans de l'interdiction de retour ne présente pas un caractère disproportionné. Par suite, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'a pas davantage entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

19. L'exécution du présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'injonction présentées par M. A.

Sur les frais liés au litige :

20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme que M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Copie en sera adressée pour son information au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 11 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. L'hirondel, président,

Mme Morisset, conseillère,

M. Cabal, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 octobre 2022.

La rapporteure,

A. C

Le président,

M. L'HIRONDEL La greffière,

L. DARNAL

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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