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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2202713

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2202713

lundi 28 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2202713
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantCABINET MDMH (SELARL)

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Melun a rejeté la requête de M. C, qui contestait le refus de la commission de recours de l'invalidité de lui accorder une pension militaire d'invalidité pour son hypoacousie bilatérale. Le tribunal a rappelé qu'en matière de pensions militaires, il statue en plein contentieux et doit apprécier les droits de l'intéressé. Il a appliqué les articles L. 2 et L. 3 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre, qui imposent au demandeur de prouver l'imputabilité de l'infirmité au service, sans que la seule survenance pendant le service ne suffise. La solution retenue est le rejet de la requête, confirmant ainsi la décision de la commission de recours de l'invalidité.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 mars 2022, M. A C, représenté par la SELARL MDMH, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 19 janvier 2022 par laquelle la commission de recours de l'invalidité a rejeté son recours administratif préalable obligatoire à l'encontre de la décision du 9 avril 2021 par laquelle la ministre des armées a rejeté sa demande de pension militaire d'invalidité ;

2°) d'enjoindre à l'État de procéder au versement d'une pension militaire d'invalidité ;

3°) de mettre à la charge de l'État les entiers dépens.

Il soutient que la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que son infimité, l'hypoacousie bilatérale, et son aggravation sont uniquement imputables au service.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 mai 2024, la ministre des armées conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme F,

- et les conclusions de Mme Marion Leboeuf, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B s'est engagé dans l'armée de terre dans le cadre d'un contrat d'engagement de trois ans à compter du 1er février 1977 et a été rayé des contrôles de l'armée le 1er février 1980. Le 20 décembre 1979, il a demandé l'attribution d'une pension militaire d'invalidité. Par une décision du 8 juillet 1981, le ministre de la défense a rejeté cette demande au motif que l'infirmité constaté avait entraîné un degré d'invalidité inférieur à 10%. Le 16 septembre 2019, M. B a redéposé une nouvelle demande en vue de l'attribution d'une pension militaire d'invalidité compte tenu de l'aggravation de son infirmité. Par une décision du 9 avril 2021, le ministre des armées a rejeté cette demande. M. C a formé un recours administratif préalable obligatoire à l'encontre de cette décision auprès de la commission de recours de l'invalidité. Par une décision du 19 janvier 2022, la commission de recours de l'invalidité a rejeté son recours. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cette décision.

2. Lorsqu'il est saisi d'un litige en matière de pensions militaires d'invalidité, il appartient au juge administratif, en sa qualité de juge de plein contentieux, de se prononcer sur les droits de l'intéressé en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, et aussi, le cas échéant, d'apprécier, s'il est saisi de moyens en ce sens ou au vu de moyens d'ordre public, la régularité de la décision en litige.

3. Aux termes de l'article L. 2 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre, alors en vigueur : " Ouvrent droit à pension : / 1° Les infirmités résultant de blessures reçues par suite d'événements de guerre ou d'accidents éprouvés par le fait ou à l'occasion du service ; / 2° Les infirmités résultant de maladies contractées par le fait ou à l'occasion du service ; / 3° L'aggravation par le fait ou à l'occasion du service d'infirmités étrangères au service ". Aux termes de l'article L. 3 du même code : : " Lorsqu'il n'est pas possible d'administrer ni la preuve que l'infirmité ou l'aggravation résulte d'une des causes prévues à l'article L. 2, ni la preuve contraire, la présomption d'imputabilité au service bénéficie à l'intéressé à condition : / 1° S'il s'agit de blessure, qu'elle ait été constatée avant le renvoi du militaire dans ses foyers ; / 2° S'il s'agit d'une maladie, qu'elle n'ait été constatée qu'après le quatre-vingt-dixième jour de service effectif et avant le trentième jour suivant le retour du militaire dans ses foyers ; / 3° En tout état de cause, que soit établie, médicalement, la filiation entre la blessure ou la maladie ayant fait l'objet de la constatation et l'infirmité invoquée ". Pour l'application de ces dispositions, une infirmité doit être regardée comme résultant d'une blessure lorsqu'elle trouve son origine dans une lésion soudaine, consécutive à un fait précis de service. Dans le cas contraire, elle doit être regardée comme résultant d'une maladie.

4. Il résulte des dispositions des articles L. 2 et L. 3 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre, dans leur rédaction applicable au litige, que le demandeur d'une pension, s'il ne peut prétendre au bénéfice de la présomption légale d'imputabilité au service, d'apporter la preuve de cette imputabilité par tous moyens de nature à emporter la conviction des juges. Cette preuve ne saurait résulter de la seule circonstance que l'infirmité soit apparue durant le service, ni d'une hypothèse médicale, ni d'une vraisemblance, ni d'une probabilité, aussi forte soit-elle, ni des conditions générales de service partagées par l'ensemble des militaires servant dans la même unité et soumis de ce fait à des contraintes et des sujétions identiques. Si ces principes n'interdisent pas aux juges du fond, faisant usage de leur pouvoir souverain d'appréciation, de puiser dans l'ensemble des renseignements contenus au dossier une force probante suffisante pour former leur conviction et décider en conséquence que la preuve de l'imputabilité doit être regardée comme établie, c'est à la condition de motiver expressément leur décision sur ce point en mentionnant les éléments qui leur semblent justifier en l'espèce une dérogation à ces principes.

5. Pour rejeter sa demande de pension militaire d'invalidité, la commission de recours de l'invalidité a relevé que le médecin chargé des pensions militaires d'invalidité avait, dans son avis du 12 mars 2021, dissocié l'infirmité initiale en une infirmité d'hypoacousie bilatérale lésionnelle et une infirmité nouvelle de baisse auditive bilatérale et que l'hypoacousie bilatérale lésionnelle n'avait été médicalement constatée que le 11 octobre 1979, soit plus de trente jours après son retour de mission et que la nouvelle baisse auditive bilatérale n'a été constaté que le 4 février 2020, soit plus de quarante ans après la radiation de M. B des contrôles. Il a en conclut que ces infirmités ne pouvaient bénéficier d'une présomption d'imputabilité au service et que la preuve d'un fait précis de service à l'origine de ces infirmités n'étaient pas rapportés.

6. D'une part, en se limitant à soutenir que son infirmité trouverait sa cause dans son exposition, sans protection auditive, à des nuisances sonores liées à des tirs durant son séjour au Tchad, qui constituent des conditions générales de service partagées par l'ensemble des militaires, M. B n'établit pas que l'hypoacousie bilatérale aurait été provoquée par une blessure identifiable résultant d'une lésion soudaine consécutive à un fait précis du service. En outre, il résulte de l'instruction que M. B, s'est plaint le 10 octobre 1979 auprès du commandant D du 3ème RIMA de ce qu'il avait ressenti lors de son congé après un séjour au Tchad du 10 avril 1979 au 2 août 1979, selon l'état signalétique et des service produit par le ministre en défense, " une très vive douleur aux oreilles ainsi que bourdonnements et sifflements " ainsi qu'il ressort du rapport rédigé par le commandant et de l'inscription au registre des constatations des blessures, infirmités et maladies survenues pendant le service, produit par le requérant, sur lequel une " hypo-acousie bilatérale de perception de type traumatisme sonore " a été inscrit. Dès lors que cette pathologie a été constatée durant le congé de l'intéressé et plus de trente jours après le renvoi dans ses foyers, il ne peut bénéficier de la présomption énoncée tant au 1° qu'au 2° de l'article L. 3 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre précité.

7. D'autre part, M. B soutient que son hypoacousie bilatérale de perception et sa nouvelle baisse de son audition sont imputables au service. Toutefois, il résulte tant de l'avis du médecin conseil en charge des pensions militaires d'invalidité du 12 mars 2021, que de l'étude relative aux traumatismes sonores aigus publiée en 2016 qui précise que les hypoacousies lésionnelles n'ont en principe pas vocation à évoluer, produites en défense par la ministre des armées, que la nouvelle baisse auditive bilatérale constatée le 4 février 2020 constitue une pathologie distincte de celle constatée le 11 octobre 1979 et dont il n'est pas allégué qu'elle serait, par elle-même, imputable au service. En tout état de cause, même à considérer la nouvelle baisse auditive constatée le 4 février 2020 comme une aggravation de l'infirmité constatée le 11 octobre 1979, il résulte, d'une part, du rapport du médecin conseil en chef établi le 22 novembre 2021 que ce dernier a relevé une absence d'élément de preuve de l'imputabilité de la maladie constatée le 11 octobre 1979 et, d'autre part, de la mention du livret médical de M. B datée du 10 octobre 1979 qu'il souffrait d'une hypoacousie progressive depuis un an. En outre, le rapport d'expertise médicale ORL réalisée le 2 février 2021 par le docteur E ne se prononce pas explicitement sur l'imputabilité au service de l'infirmité initiale. Dans ces conditions, M. B ne rapporte pas la preuve de l'imputabilité au service de l'infirmité constatée le 11 octobre 1979 de sorte que la nouvelle baisse auditive dont il se prévaut, même à la considérer comme la conséquence directe de l'hypoacousie bilatérale constatée en 1979 et non comme une nouvelle infirmité distincte, ne saurait ouvrir droit à pension au bénéfice de M. B.

8. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au ministre des armées et des anciens combattants.

Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Xavier Pottier, président,

Mme Jeanne Darracq-Ghitalla-Ciock, conseillère,

Mme Lina Bousnane, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 octobre 2024.

La rapporteure,

J. F

Le président,

X. POTTIER

La greffière,

A. STARZYNSKI

La République mande et ordonne au ministre des armées et des anciens combattants en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffère,

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