vendredi 28 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2202722 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | CABINET ARCO-LEGAL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 mars 2022, M. C B, représenté par Me Kessentini, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 15 mars 2022 par lequel le préfet de police de Paris lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ;
2°) d'annuler l'arrêté du 15 mars 2022 par lequel le préfet de police de Paris a prononcé à son égard une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 24 mois et a signalé son profil en non admission dans le système d'informations Schengen ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français et le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office :
- l'auteur de cette décision n'a pas justifié de sa compétence ;
- cette décision méconnaît son droit à la défense et au principe de la bonne administration, dès lors que les deux arrêtés pris à la même heure à la même date pour un même destinataire sont " brouillés " et illisibles ;
- le principe du contradictoire a été méconnu, au sens des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ; l'intéressé n'a pu faire valoir ses observations préalablement ;
- elle n'est pas suffisamment motivée en droit et en fait ;
- cette décision est entaché d'un défaut d'examen ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ; le requérant n'est pas condamné, pour des faits justifiant son inscription au fichier des auteurs d'infractions sexuelles ou violentes ; une personne non condamnée ne saurait être regardée comme menaçant l'ordre public ; il est bien titulaire d'un passeport tunisien ; il justifie d'un domicile en France ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, au regard du respect dû à la présomption d'innocence car il n'a pas été jugé ou condamné pour les faits reprochés ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, car il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ; cette mesure est disproportionnée car il est bien intégré dans la société française et il est éligible à une admission exceptionnelle au séjour en raison d'une présence en France de plus de dix ans ;
En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français et la mesure de signalement au système d'informations Schengen :
- cette décision n'est pas suffisamment motivée ;
- le préfet a commis une erreur d'appréciation ; il n'est pas l'auteur d'infraction et il n'a pas adopté un comportement portant atteinte à l'ordre public ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français est disproportionnée, compte tenu de ce qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public et qu'elle porte atteinte à sa vie privée ;
- concernant le signalement au système d'informations Schengen, cette mesure n'est pas justifiée car le requérant est victime d'une usurpation d'identité.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mars 2022, le préfet de police de Paris, représenté par le cabinet Arco-Legal, conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
La présidente du Tribunal a désigné M. A pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, M. A a lu son rapport, en informant en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative de ce que le présent jugement est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation dirigées contre la mesure de signalement de son interdiction de retour sur le territoire français au système d'informations Schengen qui ne constitue pas une mesure faisant grief, en l'absence des parties qui n'étaient ni présentes ni représentées.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C B, ressortissant tunisien né le 29 octobre 1967 à Sfax (Tunisie), est entré sur le territoire français, selon ses déclarations, en 2007. M. B a été interpellé le 14 mars 2022 dans le cadre d'un contrôle d'identité. Par un premier arrêté du 15 mars 2022, le préfet de police de Paris lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office. Par un second arrêté, le préfet de police de Paris a prononcé à son égard une interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois.
Sur les conclusions aux fins d'annulation dirigées contre l'arrêté du 15 mars 2022 portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi :
2. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signé par Mme D en sa qualité d'adjointe à la cheffe de la division des reconduites à la frontière à la préfecture de police. Par un arrêté n° 2021-00539 du 9 juin 2021 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n°75-2021-292 du 9 juin 2021, le préfet de police a donné à Mme D, attachée de l'administration de l'Etat, délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions attaquées portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office auraient été signées par une autorité incompétente ne peut qu'être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre (). ". Aux termes de l'article 51 de la Charte : " 1. Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux États membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union (). ".
4. Ainsi que la Cour de justice de l'Union européenne l'a jugé dans ses arrêts C-166/13 et C-249/13 des 5 novembre et 11 décembre 2014, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français ni sur chacune des décisions qui l'assortissent dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal de l'audition conduite par un brigadier de police en fonction à Paris le 14 mars 2022 à 19h25 que M. B a été entendu sur sa situation familiale, l'irrégularité de sa situation administrative et la perspective de son éloignement. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux ni qu'il ait été empêché de s'exprimer avant que ne soit pris l'arrêté litigieux. Il n'est par ailleurs ni établi, ni même allégué, que M. B aurait disposé d'autres informations pertinentes à cet égard qui auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction de des décisions attaquées. Enfin, la seule circonstance que l'arrêté lui faisant obligation de quitter le territoire français et l'arrêté lui faisant interdiction de retourner sur le territoire français aient été édictés à la même date est sans incidence sur son droit à la défense et sur le principe du droit à une bonne administration au sens de la Charte susmentionnée. Dès lors, d'une part, M. B ne saurait être regardé comme ayant été privé du droit d'être entendu tiré de son droit à une bonne administration et de son droit à la défense qu'il tient du principe général du droit de l'Union européenne tel qu'il est notamment énoncé au paragraphe 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. D'autre part, pour les mêmes motifs, l'intéressé n'est pas davantage fondé à soutenir que le principe du contradictoire au sens de cette Charte aurait été méconnu.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Cette garantie procédurale ne peut être écartée que dans les cas énumérés aux 1° à 4° de l'article L. 121-2, et en particulier " en cas d'urgence " ou " lorsque leur mise en œuvre serait de nature à compromettre l'ordre public ". Selon l'article L. 122-1 de ce code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-1 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. () ".
6. M. B soutient que l'autorité préfectorale a méconnu le principe du contradictoire au sens des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a pu présenter toute observation lors de son audition du 14 mars 2022 à 19h25 lorsqu'il a été interrogé sur une éventuelle mesure d'éloignement à laquelle il a répondu " Je ne souhaite pas rentrer en Tunisie, je veux faire ma vie ici ". Il n'est par ailleurs ni établi, ni même allégué, que M. B aurait disposé d'autres informations pertinentes à cet égard qui auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction de cette décision. Dans ces conditions, l'intéressé a été en mesure de présenter ses observations. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté.
7. En quatrième lieu, d'une part, l'arrêté en litige vise expressément les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que M. B est dépourvu de document de voyage et ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français. Ainsi, l'arrêté en litige comporte les motifs de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français. D'autre part, l'arrêté en litige cite l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique que M. B sera reconduit à destination du pays dont il a la nationalité, ou qui lui a délivré un titre de voyage en cours de validité, ou encore de tout autre pays dans lequel il établit être légalement admissible. Ainsi, l'arrêté en litige comporte les motifs de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office. Enfin, contrairement à ce que soutient le requérant, l'arrêté en litige est à la fois lisible et intelligible. Par suite le moyen tiré de ce que les deux décisions attaquées seraient insuffisamment motivées ne peut qu'être écarté.
8. En cinquième lieu, il ne ressort ni des termes de cet arrêté, ni des autres pièces versées au dossier, que le préfet de police de Paris n'aurait pas procédé, compte tenu des informations en sa possession à la date de sa décision, à un examen particulier de la situation personnelle de M. B. La seule circonstance que le préfet n'ait pas retranscrit l'ensemble des éléments d'information qui ont été communiqués à l'administration, notamment lors de l'audition, ne saurait être regardée comme une défaillance de l'instruction. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation personnelle doit être écarté comme manquant en fait.
9. En sixième lieu, Aux termes de l'article L. 611-1 de ce code prévoit que " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".
10. Si M. B soutient qu'il est bien titulaire d'un passeport tunisien valide, il n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il a franchi des frontières française ou européenne avec un visa d'entrée. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions portant obligation de quitter le territoire français et lui fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office seraient entachées d'erreur de fait ne peut qu'être écarté. En outre, il ressort de l'arrêté en litige que seules les décisions lui ayant refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire et lui ayant interdit de retourner sur le territoire français prennent en compte la circonstance qu'il n'a pas respecté ses obligations de pointage auprès des services de police au titre de son signalement au fichier des auteurs d'infractions sexuelles ou violentes et la circonstance qu'un tel comportement serait de nature à établir que sa présence représenterait une menace pour l'ordre public. Ainsi, si M. B soutient qu'il n'a pas été condamné pour une infraction justifiant son inscription au fichier des auteurs d'infractions sexuelles ou violentes, cet argument est sans incidence sur la légalité des deux décisions attaquées précités lui faisant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de sa reconduite d'office. De même, il ne justifie pas d'un domicile stable par la seule production d'un contrat de séjour auprès du centre d'hébergement Masséna qui fut conclu pour une durée maximale d'une année le 25 février 2019.
11. En septième lieu, les mesures d'éloignement prises en application de l'article L. 611-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile constituent des mesures de police administrative. Par suite, M. B ne saurait utilement se prévaloir à l'encontre de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français du principe de la présomption d'innocence qui s'applique aux mesures de sanction administrative.
12. En huitième lieu, M. B fait valoir qu'il est présent en France depuis plus de dix ans et qu'il pourrait prétendre à une admission exceptionnelle au séjour. Toutefois, le requérant ne saurait utilement se prévaloir à l'encontre de la décision attaquée lui faisant obligation de quitter le territoire français de ce qu'il pourrait prétendre à un titre de séjour en vertu d'une admission exceptionnelle au séjour, dès lors que ce type d'admission au séjour ne constitue pas un cas de délivrance d'un titre de séjour de plein droit.
13. En dernier lieu, si M. B se prévaut de la longévité de son séjour en France, il n'établit pas y avoir fixé le centre de sa vie privée et familiale. En outre, le requérant n'établit pas bénéficier sur le territoire français d'une insertion économique. Enfin, il ne démontre pas être dépourvu de toute attache familiale ou privée dans son pays d'origine où il n'est pas contesté qu'il a vécu jusqu'à son départ pour la France en 2007 à l'âge de 39 ans. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de sa décision d'éloignement et de sa décision fixant le pays de renvoi sur la vie privée et familiale de M. B ne peut qu'être écarté. En outre, pour ces mêmes motifs, ces décisions ne sauraient être regardées comme constituant des mesures aux effets disproportionnés.
14. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 15 mars 2022 lui faisant obligation de quitter le territoire français et de la décision du même jour fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.
Sur les conclusions aux fins d'annulation dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
15. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".
16. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signé par Mme D en sa qualité d'adjointe à la cheffe de la division des reconduites à la frontière à la préfecture de police. Par un arrêté n° 2021-00539 du 9 juin 2021 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n°75-2021-292 du 9 juin 2021, le préfet de police a donné à Mme D, attachée de l'administration de l'Etat, délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée portant interdiction de retourner sur le territoire français aurait été signée par une autorité incompétente ne peut qu'être écarté.
17. En deuxième lieu, il résulte des dispositions précitées que l'autorité compétente doit, en cas de refus de délai de départ volontaire, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf circonstances humanitaires. La motivation de la durée de l'interdiction doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi. Il incombe ainsi à l'autorité compétente de faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe la durée de sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifient sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
18. En l'espèce, l'arrêté en litige fait référence aux dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que M. B allègue être entré sur le territoire français en 2007, et y séjournerait depuis cette année 2017, qu'il est célibataire et sans enfant à charge de famille. En outre, l'arrêté en litige mentionne que le comportement du requérant représente une menace pour l'ordre public dès lors qu'il n'a pas satisfait le 14 mars 2022 à ses obligations judiciaires résultant de son inscription au fichier des auteurs d'infractions sexuelles ou violentes. Enfin, si l'arrêté en litige ne se prononce pas sur ce qu'il se serait soustrait ou non à une précédente mesure d'éloignement cette circonstance est sans incidence sur la motivation de la décision en litige dès lors que le préfet ne s'est pas fondé sur une telle considération pour édicter la mesure en litige. Par suite, l'arrêté en litige atteste de la prise en compte par l'autorité préfectorale, au vu de la situation de l'intéressé, des quatre critères énoncés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision en litige doit être écarté comme manquant en fait.
19. En troisième lieu, M. B n'apporte aucun élément permettant d'établir qu'en ne retenant pas de circonstances humanitaires justifiant qu'il ne prononce pas d'interdiction de retour à son encontre, le préfet de police de Paris aurait commis une erreur manifeste d'appréciation eu égard à la durée et les conditions de séjour en France, ainsi que sur sa situation familiale. En outre, il résulte du procès-verbal d'audition établi le 14 mars 2022 à 19h25 que M. B a reconnu qu'il faisait l'objet d'une inscription sur une fiche de recherche J1611516RJ en raison d'un défaut de présentation auprès des services judiciaires en raison de son inscription au fichier des auteurs d'infractions sexuelles ou violentes. S'il prétend ignorer l'étendue de ses obligations de présentation, il ressort des dispositions de l'article 706-47 du code de procédure pénale que l'inscription sur un tel fichier suppose la condamnation préalable par un juge pour des crimes et délits particulièrement grave. La seule circonstance que M. B conteste le bien-fondé d'une telle inscription et se borne à nier de manière générale l'existence d'une telle condamnation ne suffit pas à contredire l'appréciation du préfet de police de Paris lorsqu'il retient que la présence du requérant sur le territoire français constitue une menace pour l'ordre public. Ainsi, en fixant la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français à deux ans, le préfet de police de Paris n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation ou d'une erreur de fait. En outre, pour ces mêmes motifs, la décision attaquée ne saurait être regardées comme ayant des effets disproportionnés sur la vie privée et familiale de l'intéressé.
20. En quatrième lieu, à supposer que M. B ait entendu se prévaloir à l'encontre de la décision lui faisant interdiction de retourner sur le territoire français des moyens tirés de la méconnaissance de ses droits de la défense, de son droit à une bonne administration, de son droit à une procédure contradictoire, de la présomption d'innocence, ou du défaut d'examen de sa situation, il n'apporte pas les précisions complémentaires permettant d'apprécier le bien-fondé de ces moyens à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français. A supposer qu'il ait entendu se prévaloir des mêmes arguments qu'à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français, ces moyens doivent en tout état de cause être écartés pour les mêmes motifs de fait.
21. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 15 mars 2022 portant interdiction de retour sur le territoire français pendant vingt-quatre mois.
Sur les conclusions aux fins d'annulation dirigées contre la mesure de signalement aux fins de non admission au système d'informations Schengen :
22. Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. / Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire. ". En vertu de l'article R. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les modalités de suppression du signalement d'un étranger effectué au titre d'une décision d'interdiction de retour prise en application de l'article L. 613-5 sont celles qui s'appliquent, en vertu de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées, aux cas d'extinction du motif d'inscription au fichier des personnes recherchées.
23. Il résulte des dispositions précitées que, lorsqu'elle prend à l'égard d'un étranger une décision d'interdiction de retour sur le territoire français ou prolonge l'interdiction de retour dont cet étranger fait l'objet, l'autorité administrative se borne à informer l'intéressée de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Une telle information ne constitue pas une décision distincte de la mesure d'interdiction de retour et n'est, dès lors, pas susceptible de faire l'objet en tant que telle d'un recours pour excès de pouvoir. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de la mesure de signalement aux fins de non admission de M. B dans le système d'information Schengen sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.
24. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 15 mars 2022 par lequel le préfet de police de Paris lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office, et de l'arrêté du même jour par lequel cette autorité a prononcé à son égard une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois . Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions présentées en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de police de Paris.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 avril 2023.
Le magistrat désigné,
S. ALa greffière,
L. DARNAL
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026