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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2202760

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2202760

mardi 27 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2202760
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantLE MIGNOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 mars 2022, Mme A B, représentée par Me Le Mignot, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 février 2022 par lequel la préfète du Val-de-Marne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre, sous astreinte, au préfet de lui délivrer un titre de séjour à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

* En ce qui concerne l'ensemble de l'arrêté contesté :

- l'arrêté querellé a été pris par une autorité incompétente faute pour l'administration d'établir la délégation de signature de l'auteur de l'acte et de l'empêchement de ses supérieurs hiérarchiques ;

- cet arrêté, qui utilise des formules stéréotypées, est insuffisamment motivé ;

- en prenant l'arrêté en litige, sa situation personnelle n'a pas fait l'objet d'un examen particulier et approfondi ;

* En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour méconnaît le principe du contradictoire alors que l'avis du collège des médecins de l'OFII du 21 décembre 2021 ne lui a pas été communiqué ;

- elle viole les stipulations du point 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié pour être entachée d'erreur de fait sur son état de santé qui est d'une particulière gravité et nécessite une prise en charge et un suivi médical dans un service spécialisé

- la décision contestée est entachée d'une incompétence négative, le préfet s'étant estimé lié par l'avis du collège de médecins de l'OFII ;

- la décision contestée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et elle justifie de circonstances exceptionnelles et humanitaires compte tenu de la durée de son séjour en France, des démarches médicales qu'elle y a entreprises, du contrat de travail dont elle est titulaire et de ses attaches familiales en France ;

* En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour ;

- cette obligation méconnaît les dispositions de l'article 12 bis de l'ordonnance de 1945, repris à l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement du point 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien.

La préfète du Val de Marne, à qui la requête a été communiquée, n'a pas produit de mémoire en défense avant la clôture de l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme F,

- et les observations de Me Le Mignot, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, née le 10 janvier 1960 et de nationalité algérienne, est entrée en France le 7 mai 2014 sous couvert d'un visa de court séjour délivré par les autorités espagnoles. Elle a sollicité le 6 mars 2017 auprès du préfet du Val-de-Marne un premier certificat de résidence en qualité d'étranger malade sur le fondement du point 7 de l'article 6 de l'accord franco algérien du 27 décembre 1968, ce qui lui a été refusé par un arrêté du 9 juillet 2019. Cet arrêté a été annulé par une décision du présent tribunal du 2 février 2021. Elle a formé, le 26 mars 2021, une nouvelle demande de certificat de résidence en qualité d'étranger malade. Par l'arrêté du 11 février 2022 dont Mme B demande l'annulation, la préfète du Val de Marne lui a refusé la délivrance de ce certificat de résidence, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Sur les moyens communs aux deux décisions contestées :

2. En premier lieu, par un arrêté n°2021/656 du 1er mars 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, librement accessible au juge comme aux parties sur le site internet de la préfecture, Mme C G, préfète du Val-de-Marne, a donné délégation à Mme Mireille Larrède, secrétaire générale, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département du Val-de-Marne à l'exception de certains actes parmi lesquels ne figurent pas les décisions relatives à la police des étrangers. Si Mme B soutient que l'administration n'apporte pas la preuve de l'empêchement de la préfète du Val-de-Marne " ou de tout autre adjoint hiérarchiquement supérieur au signataire ", il appartient à la partie contestant la qualité du délégataire pour signer l'arrêté contesté d'établir que ces derniers n'étaient ni absents ni empêchés, ce que ne fait pas la requérante. Dans ces conditions, Mme E tenait de l'arrêté susmentionné du 1er mars 2021 compétence pour signer l'arrêté du 11 février 2022 refusant de délivrer un titre de séjour à Mme B et portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure de l'arrêté en litige doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il fait application notamment les dispositions de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle comporte également les considérations de fait qui en constituent le fondement, en particulier, en ce qui concerne les conditions d'entrée et de séjour de l'intéressée en France, dont son intégration professionnelle, sa situation familiale en France et dans son pays d'origine ainsi que les éléments propres à son état de santé. Par suite, la décision contestée est suffisamment motivée.

4. En troisième lieu, eu égard à ce qui a été dit au point précédent, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté en litige refusant de délivrer à Mme B un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire, ni d'aucune autre pièce du dossier que la préfète du Val-de-Marne n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de la requérante préalablement à l'édiction de cet arrêté.

Sur les moyens propres à la décision portant refus de délivrance d'un certificat de résidence :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". La décision en litige a été prise consécutivement à une demande de certificat de résidence présentée par Mme B le 26 mars 2021. Par suite, cette décision se trouve hors du champ d'application de ces dispositions. Dès lors, le moyen tiré du non-respect de la procédure contradictoire préalable est inopérant et ne peut qu'être écarté. Au surplus, alors même que l'avis émis par le collège des médecins ne lui a pas été communiqué, la requérante ne précise pas en quoi elle aurait été empêchée de porter utilement à la connaissance de l'administration les informations pertinentes tenant à sa situation personnelle, notamment concernant son état de santé.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays () ".

7. En vertu des articles R. 425-11 et R. 425-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des articles 3 et 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dont l'avis est requis préalablement à la décision du préfet relative à la délivrance du certificat de résidence prévu au point 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, doit émettre son avis dans les conditions fixées par l'arrêté du 27 décembre 2016 précité, au vu notamment du rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. S'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, aux conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge administratif de prendre en considération l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire.

8. Après avoir rappelé que le collège des médecins de l'OFII avait émis le 21 décembre 2021 un avis sur la demande de l'intéressée, la préfète du Val-de-Marne a repris à son compte les termes de cet avis et a rejeté la demande de certificat de résidence présentée par Mme B en se fondant sur les motifs tirés de ce qu'au vu des pièces du dossier, si l'état de santé l'intéressée nécessite une prise en charge médicale, le défaut d'une telle prise en charge ne devrait cependant pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et que son état de santé peut lui permettre de voyager sans risque vers son pays d'origine.

9. Mme B n'a pas explicitement demandé la levée du secret médical dans les conditions rappelées au point 7 afin que soit produit le dossier médical sur lequel ce collège s'est fondé pour émettre son avis. Il ressort des pièces du dossier que la requérante souffre d'une surdité profonde bilatérale depuis l'âge de huit ans après avoir contracté une méningite alors qu'elle vivait en Algérie. Le 26 décembre 2012, elle a subi dans son pays d'origine une opération consistant en la pose d'un implant cochléaire. La suite de cette opération a été marquée par un dysfonctionnement de l'implant et par une paralysie faciale dont elle souffre désormais. Le 12 mars 2015, alors qu'elle séjournait en France, l'implant a été extrait. Au cours de la même année, elle a bénéficié de la pose d'un nouvel implant. Depuis lors, elle a notamment suivi des soins de rééducation orthophonique et d'injection de toxine botulique. Il ne ressort toutefois pas de l'ensemble de ces circonstances, compte tenu de la pathologie dont est atteinte la requérante et des soins qui lui sont prodigués en France, que le défaut de prise en charge médicale aurait, au sens des dispositions précitées, des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressée. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la préfète du Val-de-Marne, dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle se serait estimée liée par l'avis émis par le collège des médecins de l'OFII, a fait une inexacte application des dispositions du point 7 l'article 6 de l'accord franco algérien du 27 décembre 1968 en lui refusant de lui délivrer un titre de séjour sur ce fondement.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / () ".

11. Il ressort des énonciations de la décision contestée et qui ne sont pas utilement contestées par la requérante que Mme B, qui est célibataire et sans enfant, est hébergée par un compatriote en situation régulière. Elle n'établit pas, par ailleurs, être dépourvue d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 54 ans et où vivent ses deux frères. Par ailleurs, si elle justifie d'une activité salariée au sein de la SARL Atome TCE pour un emploi en contrat à durée indéterminée (CDI) à temps partiel, cette seule circonstance n'est pas de nature à justifier d'une insertion particulière. Enfin, alors que la décision de refus de séjour n'a ni pour objet, ni pour effet d'obliger Mme B à regagner son pays d'origine, la requérante ne peut, en tout état de cause, compte tenu de ce qui a été dit au point 9, soutenir qu'elle justifie de circonstances exceptionnelles et humanitaires, au seul motif, à le supposer établi, qu'elle ne pourrait poursuivre les soins dont elle a besoin en Algérie. Dans ces conditions, la décision attaquée ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'elle poursuit. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

Sur les moyens propres à la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".

13. Compte tenu de ce qui a été dit précédemment, Mme B ne peut utilement soutenir qu'en raison de son état de santé, elle entre dans la catégorie des étrangers visés à l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne pouvant faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français.

14. En second lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour doit être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées. Doivent être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et ses conclusions tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme A B et à la préfète du Val-de-Marne.

Délibéré après l'audience du 13 septembre 2022 , à laquelle siégeaient :

M. L'hirondel , président,

Mme Morisset , conseillère,

M. Cabal, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2022.

La rapporteure,

A. F

Le président,

M. L'HIRONDEL La greffière,

M. D

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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