mardi 20 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2202776 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | LE MIGNOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 mars 2022, Mme C B, représentée par Me Le Mignot, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 11 février 2022 par lequel la préfète du Val-de-Marne a refusé de faire droit à sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un titre de séjour à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
- elle est insuffisamment motivée dès lors qu'elle se réfère à un avis du médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration non joint à la décision attaquée et qu'à aucun moment il n'est fait état de ses attaches en France ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- elle méconnaît le principe du contradictoire dès lors que l'avis du collège des médecins ne lui a pas été communiqué ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 7 alinéa a de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 dès lors que ses revenus, accompagnés de l'aide que lui apportent ses enfants constituent des moyens de subsistance suffisants ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 6-5 du même accord en raison de l'ancienneté de son séjour en France et des attaches familiales qu'elle y possède ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour
- elle est illégale dès lors qu'elle peut bénéficier d'un titre de séjour de plein droit ;
- elle est entachée d'incompétence.
La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne qui n'a pas présenté de mémoire en défense.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 avril 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C B, ressortissante algérienne née le 28 novembre 1946, est entrée en France le 1e octobre 2014 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de court-séjour. Elle a sollicité, à la fin de l'année 2020, la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étrangère malade. Par un arrêté du 11 février 2022, la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination duquel elle pourra être éloignée d'office. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
3. Il résulte des énonciations de l'arrêté attaqué que la préfète du Val-de-Marne, après avoir rappelé les dispositions légales sur lesquelles elle fonde sa décision, précise la situation administrative de l'intéressée en France, le motif de sa demande de titre de séjour en qualité d'étrangère malade et indique, par ailleurs, que cette demande a été soumise, pour avis, au collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Pour refuser de lui délivrer ce titre de séjour, la préfète a retenu que si l'état de santé de la requérante nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle peut cependant bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine alors que son état de santé lui permet de voyager. En outre, la préfète a étendu son examen afin de vérifier si l'intéressée pouvait néanmoins prétendre à la délivrance d'un certificat de résidence algérien sur le fondement des points 6-4, 7 alinéa a) et 7 bis b) de l'accord franco-algérien en tenant compte des revenus de l'intéressée, des conditions de son entrée en France, de sa situation familiale, notamment la présence de ses deux enfants et de ses petits-enfants mineurs, des revenus de ses enfants, de son insertion dans la société française ainsi que des attaches restées dans son pays d'origine. Par suite, la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour, qui n'avait pas à reprendre l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de la requérante, comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il suit de là que le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée doit être écarté.
4. En deuxième lieu, eu égard à ce qui a été dit au point précédent, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté en litige refusant de délivrer à Mme B un titre de séjour ni d'aucune autre pièce du dossier que la préfète du Val-de-Marne n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de la requérante préalablement à l'édiction de sa décision.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ".
6. Il résulte de ces dispositions que la procédure contradictoire préalable qu'elles prévoient ne s'impose pas dans les cas où il est statué sur une demande. Ainsi, Mme B ne saurait utilement invoquer ces dispositions à l'encontre de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour qui a été prise à la suite de sa demande. Au surplus, si l'intéressée soutient que la décision attaquée serait irrégulière en l'absence de communication préalable de l'avis émis par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), aucune disposition législative ou réglementaire n'impose à l'autorité préfectorale de communiquer cet avis avant de prendre sa décision. De plus, l'intéressée n'établit pas en quoi elle aurait été empêchée de porter utilement à la connaissance de l'administration les informations pertinentes tenant à sa situation personnelle, notamment concernant son état de santé.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'alinéa a de l'article 7 de l'accord franco-algérien susvisé : " Les dispositions du présent article et celles de l'article 7 bis fixent les conditions de délivrance du certificat de résidence aux ressortissants algériens autres que ceux visés à l'article 6 nouveau, ainsi qu'à ceux qui s'établissent en France après la signature du premier avenant à l'accord : / a) Les ressortissants algériens qui justifient de moyens d'existence suffisants et qui prennent l'engagement de n'exercer, en France, aucune activité professionnelle soumise à autorisation reçoivent après le contrôle médical d'usage un certificat valable un an renouvelable et portant la mention " visiteur ". L'article 9 du même accord précise que : " () Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5, 7, 7 bis al. 4 (lettre c et d) et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises / Ce visa de long séjour accompagné de pièces et documents justificatifs permet d'obtenir un certificat de résidence dont la durée de validité est fixée par les articles et titres mentionnés à l'alinéa précédent ".
8. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est entrée en France sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de court-séjour le 1e octobre 2014. En se bornant à faire valoir qu'elle perçoit une pension de réversion d'un montant mensuel de 435 euros et qu'elle peut bénéficier de l'aide de ses enfants, de nationalité française, elle n'établit pas justifier de moyens d'existence suffisants pour l'application des stipulations précitées. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un certificat de résidence, la préfète du Val-de-Marne a méconnu les stipulations du a) de l'article 7 de l'accord franco-algérien.
9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
10. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est entrée sur le territoire français le 1e octobre 2014 à l'âge de 68 ans sous couvert d'un visa de court séjour à l'issue duquel elle s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire. Il ressort également de ces mêmes pièces que ses deux enfants et ses petits-enfants, tous de nationalité française, vivent en France et qu'elle est hébergée par l'un d'entre eux. Toutefois, elle ne conteste pas utilement qu'après avoir habité en France entre 1980 et 1985, elle est repartie vivre en Algérie jusqu'à la date de son entrée sur le territoire, soit plus de trente-sept ans. En outre, il ressort de ses écritures qu'alors qu'elle résidait en Algérie, elle a vécu séparée de ses deux enfants qui vivaient en France, l'un depuis 2002, l'autre depuis 2011. Enfin, elle n'établit pas qu'elle serait isolée dans son pays d'origine, où elle a résidé jusqu'à l'âge de soixante-huit ans, et où résident ses frères et sœurs, au seul motif qu'elle n'entretiendrait pas de bonnes relations avec eux. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
11. En sixième lieu, aux termes du 5° l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit: () / 5. Au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ".
12. Lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé. Par suite, et alors que la décision contestée n'a pas été prise sur ce fondement, le moyen tiré de ce que la décision de refus de titre de séjour est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 doit être écarté comme inopérant. Au surplus, et pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, un tel moyen ne pourrait qu'être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
13. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision de la préfète du Val-de-Marne rejetant sa demande de titre de séjour.
14. En second lieu, si la requérante allègue qu'elle ne peut faire l'objet d'une mesure d'éloignement dès lors qu'elle peut prétendre à la délivrance d'un certificat de résidence algérien sur le fondement des stipulations des articles 6-5 et 7 de l'accord franco algérien du 27 décembre 1968 modifié, ce moyen ne peut être qu'écarté eu égard à ce qui a été dit aux points 7 et 11 du présent jugement.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées. Doivent être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et ses conclusions tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B et à la préfète du Val-de-Marne.
Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 6 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. L'hirondel, président,
Mme Morisset, conseillère,
M. Cabal, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2022.
Le rapporteur,
P.Y. A
Le président,
M. L'HIRONDEL La greffière,
L. DARNAL
La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026