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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2202786

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2202786

vendredi 28 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2202786
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantDMOTENG KOUAM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 20 mars 2022 et le 5 mai 2022, M. A D, représenté par Me Dmoteng Kouam, demande au tribunal :

1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 18 mars 2022 par lequel la préfète de l'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français et a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que le préfet ne pouvait prendre une obligation de quitter le territoire français sans que sa demande de titre de séjour n'ait été examiné ;

- elle méconnaît l'autorité de la chose jugée attachée au jugement du 18 décembre 2020 par laquelle le tribunal administratif de Melun a annulé l'arrêté préfectoral du 23 octobre 2018 ; l'intéressé est dans l'attente de la décision du préfet qui réexamine sa situation, dès lors qu'il a répondu par lettre avec accusé de réception en date du 1er juin 2021 à la demande de pièces complémentaires adressées par le préfet le 19 janvier 2021 ;

- elle méconnaît les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que l'intéressé s'est maintenu sur le territoire français en vertu du jugement rendu le 18 décembre 2020 qui lui donnait droit à s'y maintenir jusqu'à la date du nouvel examen de sa demande de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne pour la sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il réside en France depuis le 20 décembre 2014, qu'il s'est marié le 19 novembre 2016 avec une ressortissante congolaise titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 18 septembre 2023.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 avril 2022, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. D n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. C pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, M. C a lu son rapport en l'absence des parties qui n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, ressortissant congolais né le 7 juillet 1969 à Kinshasa (République démocratique du Congo), est entré le 20 décembre 2014 sur le territoire français, selon ses déclarations. Le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile par une décision du 29 juin 2015, confirmée le 14 mars 2016 par la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 23 octobre 2018, la préfète de Seine-et-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français sous un délai de trente jours. M. D a été interpellé le 18 mars 2022 à la gare d'Orry-la-Ville, et a été placé en retenue administrative aux fins de vérification de son droit de séjour et de circulation. Par un arrêté du 18 mars 2022, la préfète de l'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. D, de prononcer l'admission provisoire de l'intéressé à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Par un jugement n° 1900518 du 18 décembre 2020, dont il en ressort des pièces du dossier qu'il n'aurait pas acquis un caractère définitif, le tribunal administratif de Melun a annulé l'arrêté du 23 octobre 2018 portant refus de délivrance d'un titre de séjour au motif que le préfet de Seine-et-Marne a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne pour la sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et a enjoint à cette autorité de procéder au réexamen de la situation du requérant. Le Tribunal a alors retenu qu'en raison de ce que M. D qui " est entré en France en 2014, est marié depuis le 19 novembre 2016 à Villeparisis avec Mme E B, ressortissante congolaise résidant régulièrement en France " et qu'il " réside chez elle depuis l'année 2015 avec les enfants de celle-ci dont il s'occupe notamment lorsqu'elle n'est pas disponible " ", le préfet de Seine-et-Marne a porté au droit du requérant à mener une vie privée et familiale normale une atteinte disproportionnée. En outre, ce jugement indiqué que " les éléments relatifs au départ du domicile conjugal de M. D en novembre 2020 sont postérieurs à la date de la décision attaquée ", si bien que la circonstance que l'intéressé avait rompu la communauté de vie qui l'unissait à Mme E B était sans incidence sur la légalité du refus de séjour attaqué. Enfin, ce jugement a enjoint au préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de la situation administrative de M. D dans un délai de trois à compter de sa notification.

4. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".

5. D'autre part, aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'administration sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Aux termes de l'article R. 432-2 de ce même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R.* 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que pour exécuter le jugement n° 1900518 du 18 décembre 2020 ayant prononcé l'annulation de l'arrêté du 23 octobre 2018 portant refus de délivrance d'un titre de séjour et faisant obligation à M. D de quitter le territoire français, le préfet de Seine-et-Marne a invité l'intéressé par une lettre du 19 janvier 2021 à lui transmette une liste de pièces. En réponse à cette lettre, M. D soutient avoir adressé au préfet de Seine-et-Marne une lettre, dont l'administration a accusé réception le 1er juin 2021. Cette lettre doit être regardée comme étant une demande de titre de séjour formulé par l'intéressé dans le cadre de l'exécution du jugement précité, nonobstant la circonstance qu'elle ait été émis au-delà du délai d'injonction. Ainsi, le silence conservé par l'administration au terme du délai susmentionné prévu à l'article R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à compter du 1er juin 2021 a fait naître une décision implicite de rejet de cette demande de titre de séjour. Par suite, le préfet de Seine-et-Marne doit être regardé comme s'étant prononcé à la date d'expiration de ce délai sur le droit au séjour de M. D au titre de l'injonction au réexamen de la situation de ce dernier prononcé par le tribunal administratif de Melun. Il s'ensuit que le droit de M. D à disposer d'une autorisation provisoire de séjour pendant le temps du réexamen de sa situation par le préfet de Seine-et-Marne, qu'il tenait des dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile suite à l'annulation par le juge de l'arrêté du 23 octobre 2018, avait cessé à cette date. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'encontre de la décision en litige est en l'espèce inopérant.

7. En deuxième lieu, l'autorité de chose jugée qui s'attache au dispositif du jugement n° 1900518 du 18 décembre 2020 et au motif qui en est le soutien nécessaire faisait obstacle à ce que l'autorité préfectorale prît une nouvelle décision faisant obligation à M. D de quitter le territoire français sur le fondement de la décision de refus de titre de séjour du 23 octobre 2018 dont l'illégalité avait été relevée par le jugement du tribunal administratif de Melun.

8. D'une part, pour exécuter le jugement n° 1900518 du 18 décembre 2020, le préfet de Seine-et-Marne a invité par une lettre du 19 janvier 2021 M. D à lui transmette son avis d'imposition 2019, son avis d'imposition 2020, ses relevés de compte bancaire retraçant les mouvements de son compte chaque trimestre, ses justificatifs de ressources, l'attestation d'assurance maladie de son épouse, tout document prouvant sa communauté de vie avec son épouse depuis janvier 2019 ainsi qu'une attestation de communauté de vie rédigée par son épouse. Si M. D soutient avoir répondu à cette mesure d'instruction du 19 janvier 2021 par une lettre avec accusé de réception en date du 1er juin 2021, sans toutefois préciser quelles pièces il avait annexé à cette lettre, et prétend attendre la décision préfectorale faisant suite à cette production, il doit être regardé comme ayant fait l'objet d'une décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour par le préfet de Seine-et-Marne, après un nouvel examen de sa situation par cette autorité. Par suite, la préfète de l'Oise pouvait sans méconnaître l'autorité de la chose jugée qui s'attache au dispositif du jugement n° 1900518 du 18 décembre 2020 faire obligation à M. D de quitter le territoire français.

9. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

10. S'il est constant que M. D a épousé le 19 novembre 2016 Mme E B, ressortissante congolaise titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 18 septembre 2023, il ressort du jugement n° 1900518 du 18 décembre 2020 que l'intéressé avait quitté le domicile conjugal en novembre 2020. Or, si M. D produit des avis d'imposition conjoint pour les années 2019 et 2020, ainsi que des quittances de loyer à son nom et à celui de son épouse pour juin 2020 et février 2022, il ne démontre pas par ces seules pièces la poursuite de la communauté de vie qu'il entretenait avec son épouse à compter du mois de novembre 2020. Par ailleurs, s'il ressort des pièces du dossier que Mme E B a trois enfants à charge nés d'une autre union, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D exercerait depuis son départ du domicile conjugal des actes d'éducation ou d'entretien matériel à leur bénéfice. En outre, M. D, né le 7 juillet 1969, soutient sans être contredit qu'il est présent en France depuis le 20 décembre 2014. Toutefois, la seule longévité de sa présence en France ne suffit pas à établir qu'il y a fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux. De même, si le requérant prétend exercer une activité socioprofessionnelle rémunérée dans le secteur du bâtiment, il n'apporte aucune pièce au soutien de cette allégation. De plus, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D serait bien inséré dans la société française. En outre, Enfin, il ressort du procès-verbal d'audition du 18 mars 2022 à 11h30 établi par l'officier de police judiciaire en résidence à Beauvais que M. D a déclaré n'avoir pas d'autre membre de sa famille en France et qu'il a deux enfants majeurs et mariés dans son pays d'origine. Ainsi, le requérant, dont il n'est pas contesté qu'il est entré en France à l'âge de 45 ans, n'est pas dépourvu d'attaches familiales ou privées dans son pays d'origine. Dans ces conditions, M. D n'est pas fondé à soutenir qu'en lui faisant obligation de quitter le territoire français, la préfète de l'Oise aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision en litige a été prise. Par suite, la préfète de l'Oise pouvait sans méconnaître l'autorité de la chose jugée qui s'attache aux motifs constituant le soutien nécessaire du dispositif du jugement n° 1900518 du 18 décembre 2020 faire obligation à M. D de quitter le territoire français.

11. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 de ce code prévoit que " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".

12. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D serait entré régulièrement sur le territoire français et il est constant qu'il s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. En outre, si l'intéressé a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile, il ressort de l'extrait de l'application " TelemOfpra " qui fait foi jusqu'à ce que la preuve contraire en soit apportée, que sa demande d'asile a été rejetée successivement par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par une décision du 29 juin 2015 et par la Cour nationale du droit d'asile par une décision du 14 mars 2016. Ainsi, à défaut de reconnaissance de la qualité de réfugié ou d'octroi d'une autre forme de protection internationale, M. D ne saurait soutenir que son entrée en France a été régularisée. Enfin, il ressort des pièces du dossier que par un jugement n° 1900518 du 18 décembre 2020, le tribunal administratif de Melun a annulé un arrêté du 23 octobre 2018 du préfet de Seine-et-Marne refusant à M. D la délivrance d'un titre de séjour, aux motifs que ce refus méconnaissait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne pour la sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier qu'un titre de séjour aurait été délivré à M. D. Ainsi, à défaut d'octroi d'un titre de séjour depuis son entrée irrégulière sur le territoire français, le requérant ne saurait soutenir que cette entrée a été régularisée. Dans ces conditions, la situation de M. D entre dans le champ d'application des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de cet article ne peut qu'être écarté.

13. En quatrième lieu, ainsi qu'il a été énoncé au point 10 du présent jugement, le moyen tiré de ce que la décision en litige qui obligation à M. D de quitter le territoire français méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne pour la sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

14. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 18 mars 2022 lui faisant obligation de quitter le territoire français. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E

Article 1er : M. D est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et à la préfète de l'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 avril 2023.

Le magistrat désigné,

S. CLa greffière,

L. DARNAL

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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