mardi 22 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2203076 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | BARATA CHARBONNEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 mars 2022 et le 30 mars 2023, la société L'Atelier, représentée par l'AARPI Barata-Charbonnel, dans le dernier état de ses écritures, demande au tribunal :
1°) à titre principal, d'annuler la décision implicite de rejet de la demande indemnitaire du 9 décembre 2021 née du silence gardé par la préfète du Val-de-Marne, de condamner l'État (préfète du Val-de-Marne) au versement de la somme de 216 975 euros en réparation du préjudice subi du fait de l'illégalité fautive de l'arrêté du 31 décembre 2018 portant fermeture administrative de son établissement du 1er au 22 janvier 2019, ainsi que des intérêts et leur capitalisation y afférents à compter du 9 décembre 2021 ;
2°) à titre subsidiaire, de désigner un expert aux frais de l'État afin d'évaluer les préjudices économiques liés aux frais et au manque à gagner, ainsi que les préjudices moraux d'atteinte à la réputation ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros pour l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté du 31 décembre 2018 était entaché de vices de procédures et était infondé ;
- l'illégalité de l'arrêté du 31 décembre 2018 est fautive et de nature à engager la responsabilité de l'État ;
- ses préjudices s'élèvent à la somme totale de 216 975 euros :
* s'agissant du préjudice patrimonial il résulte de :
° la perte de chiffre d'affaires à hauteur de 150 000 euros ;
° la diminution de la rémunération du dirigeant à hauteur de 20 000 euros ;
° des charges fixes qu'elle a dû payer pendant les trois semaines de fermeture pour un montant de 11 000 euros ;
° du montant de la rémunération de son personnel pendant la période de fermeture pour un montant de 10 000 euros ;
° du montant des frais d'achat de marchandise, d'assurances de télécommunication de location immobilière de fournitures et de services bancaires maintenus à sa charge pendant la période de fermeture soit 11 195 euros ;
° du montant du remboursement d'un emprunt pour un montant de 4 780 euros ;
* s'agissant du préjudice extra patrimonial, il résulte de son préjudice moral et de l'atteinte à sa réputation, il en sera fait une juste appréciation à hauteur de la somme de 10 000 euros ;
- elle a droit au versement des intérêts au taux légal à compter de la notification de la demande indemnitaire préalable, ainsi qu'à leur capitalisation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 octobre 2022, la préfète du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les conclusions dirigées contre la décision du 9 février 2021 sont irrecevables et que les moyens de la requête sont infondés.
Vu :
- le jugement n° 1900150 du tribunal administratif de Melun du 30 mars 2021 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Combier,
- les conclusions de M. Grand, rapporteur public,
- les observations de Me Charbonnel, représentant la société " L'Atelier ".
Considérant ce qui suit :
1. La société L'Atelier exploite un restaurant situé 2 rue Jules Vanzuppe à Ivry-sur-Seine. Par un arrêté du 31 décembre 2018, le préfet du Val-de-Marne a prononcé la fermeture administrative de cet établissement pour une durée de trois mois à compter de sa notification, en se fondant sur l'existence, d'une part, d'infractions à la législation du travail, et d'autre part d'un risque de troubles à l'ordre public. La société demande au tribunal de condamner l'État à lui verser la somme de 216 975 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison de l'illégalité de cet arrêté du 31 décembre 2018.
Sur la responsabilité :
2. Par un jugement n° 1900150 du 30 mars 2021, devenu définitif, le tribunal administratif de Melun a annulé l'arrêté du 31 décembre 2018 au motif qu'il avait été pris sans procédure contradictoire préalable.
3. Saisi d'une demande indemnitaire, il appartient au juge administratif d'accorder réparation des préjudices de toute nature, directs et certains, qui résultent de l'illégalité fautive entachant la décision litigieuse. Si l'intervention d'une décision illégale peut constituer une faute susceptible d'engager la responsabilité de la collectivité publique, elle ne saurait donner lieu à réparation si, selon des formes et dans le cas d'une procédure régulières, la même décision aurait pu légalement être prise. La société L'Atelier est en droit d'obtenir réparation du préjudice direct et certain qui a pu résulter de l'application de cette décision illégale.
4. Le caractère direct du lien de causalité entre l'illégalité commise et le préjudice allégué ne peut notamment être retenu dans le cas où la décision portant fermeture administrative est seulement entachée d'une irrégularité procédurale et que le juge considère, au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties devant lui, que la même décision aurait pu être légalement prise par l'autorité administrative, au vu des éléments dont elle disposait à la date à laquelle la décision a été prise. En outre, la responsabilité de l'administration ne saurait être engagée pour la réparation des dommages qui ne trouvent pas leur cause dans cette illégalité mais découlent directement et exclusivement de la situation irrégulière dans laquelle la victime s'est elle-même placée, indépendamment des faits commis par la puissance publique, et à laquelle l'administration aurait pu légalement mettre fin à tout moment.
5. L'arrêté de fermeture administrative du 31 décembre 2018 se fondait en premier lieu sur le fait qu'à l'occasion d'un contrôle de police du 20 décembre 2018 avait été constatée l'infraction de travail dissimulé prévue à l'article L. 8211-1 du code du travail.
6. Aux termes de l'article L. 8211-1 du code du travail : " Sont constitutives de travail illégal, dans les conditions prévues par le présent livre, les infractions suivantes : 1° Travail dissimulé () / 4° Emploi d'étranger non autorisé à travailler () ". Aux termes de l'article L. 8272-2 du même code : " Lorsque l'autorité administrative a connaissance d'un procès-verbal relevant une infraction prévue aux 1° à 4° de l'article L. 8211-1 ou d'un rapport établi par l'un des agents de contrôle mentionnés à l'article L. 8271-1-2 constatant un manquement prévu aux mêmes 1° à 4°, elle peut, si la proportion de salariés concernés le justifie, eu égard à la répétition ou à la gravité des faits constatés, ordonner par décision motivée la fermeture de l'établissement ayant servi à commettre l'infraction, à titre temporaire et pour une durée ne pouvant excéder trois mois. Elle en avise sans délai le procureur de la République. ".
7. Il résulte de l'instruction et notamment du procès-verbal du 20 décembre 2018 que sur les sept employés présents trois n'avaient pas fait l'objet d'une déclaration préalable à l'embauche, dont deux étaient dépourvus de titres les autorisant à travailler sur le territoire français. Si le juge des référés du tribunal administratif de Melun a, compte tenu des pièces produites devant lui, suspendu l'arrêté litigieux par une ordonnance du 22 janvier 2019, ordonnance produite dans la présente instance par la société requérante, au motif notamment que sur les trois salariés dont l'illégalité de la situation avait été relevée, seule la situation de l'une d'entre elle méconnaissait les dispositions du code du travail, cette ordonnance qui revêt un caractère provisoire n'est pas revêtue de l'autorité de la chose jugée. Par ailleurs, au soutien de son allégation selon laquelle ce motif serait infondé, la requérante se borne à renvoyer à sa requête enregistrée sous le numéro 1900150, qu'elle produit dans la présente instance, et qui a conduit à ce que le jugement d'annulation du 30 mars 2021 soit rendu. Toutefois, ce faisant, alors qu'elle ne produit dans la présente instance aucune des pièces qu'elle avait produites au soutien de cette requête, et alors au demeurant que le juge du fond, saisi du moyen selon lequel les faits reprochés n'étaient pas établis, ne l'a pas accueilli, la société requérante n'établit donc pas que la sanction administrative prévue par les dispositions de l'article L. 8272-2 du code du travail était infondée ou disproportionnée. Il résulte de ce qui précède que la société requérante ne démontre pas que l'arrêté attaqué ne serait pas justifié au fond.
8. En second lieu, l'arrêté de fermeture administrative attaqué se fonde aussi, d'une part sur la circonstance que selon les constatations des services de police du 20 décembre 2018 l'établissement exploité par la société requérante méconnaissait un arrêté du 5 juin 2018 portant fermeture administrative de l'établissement édicté par le maire de la commune d'Ivry-sur-Seine sur le fondement de l'article R. 123-52 du code de la construction et de l'habitation en raison de l'absence d'autorisation d'ouverture en méconnaissance de l'article R.123-43 du même code ainsi que de l'avis défavorable de la commission communale de sécurité du 29 mai 2018 et de l'existence d'un risque incendie mettant en cause la sécurité du public. L'arrêté attaqué se fonde, d'autre part, sur un arrêté du 21 septembre 2018 pris par le maire sur le fondement de ses pouvoirs de police générale et sur l'existence d'un risque pour l'hygiène publique, suite au rapport établi le 20 septembre 2018.
9. Si la société requérante, par renvoi à sa requête enregistrée sous le n° 1900150 déjà évoquée, soutient qu'elle avait remédié aux non-conformités fondant les arrêtés des 5 juin et 21 septembre 2018 évoqués au point précédent, elle ne produit dans la présente instance aucune pièce au soutien de cette allégation, alors qu'il résulte de l'article 2 de l'arrêté municipal du 21 septembre 2018 que la réouverture de l'établissement est conditionnée à la levée des anomalies constatées et qu'il résulte aussi de l'article 2 de l'arrêté municipal du 5 juin 2018 que la réouverture au public est conditionnée à l'intervention d'un arrêté municipal après mise en conformité de l'établissement et visite de la commission de sécurité compétente. La société requérante n'établit donc pas que la décision de fermeture litigeuse n'était pas susceptible d'être légalement fondée sur ce second motif.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les préjudices qu'auraient subis la société requérante du fait de l'illégalité externe de l'arrêté de fermeture administrative attaqué ne peuvent être regardés comme la conséquence du vice dont cette décision était entachée.
11. Par suite sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir ni d'ordonner l'expertise sollicitée, la société " L'Atelier " n'est pas fondée à demander la condamnation de l'État à lui verser la somme de 216 975 euros assortie des intérêts au taux légal capitalisés.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise, à ce titre, à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société " L'Atelier " est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société " l'Atelier " et au ministre de l'Intérieur.
Copie pour information en sera délivrée à la préfète du Val-de-Marne.
Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Gougot, présidente,
M. Duhamel, premier conseiller,
M. Combier, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.
Le rapporteur,
D. COMBIER
La présidente,
I. GOUGOT
La greffière,
M. A
La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026